Menu Close
Le bois mort compose la base d’un réseau alimentaire abritant un très grand nombre d’espèces. Raúl Ortega / Shutterstock

Le bois mort n’est pas un déchet, pourquoi l’enlever nuit à la forêt

Le bois constitue un matériau essentiel qui permet aux arbres de se dresser vers le ciel pour éviter la concurrence des autres plantes. Sans lumière, il n’y a en effet pas de photosynthèse : la formation de troncs hauts et puissants représente ainsi un trait commun dans la course évolutive des arbres pour occuper une place appropriée au sein de la canopée.

Au cours de l’évolution, le bois a acquis des substances résistantes, difficiles à décomposer pour les champignons et les bactéries. Il lui faut résister aux intempéries et aux attaques d’une multitude d’organismes au cours des centaines, voire des milliers, d’années de la vie d’un arbre.

La décomposition du bois représente ainsi un processus lent qui prend généralement des années ou des décennies selon le type de climat.

Une source de nutriments pour toute la forêt

Qu’il soit présent dans les troncs, les branches ou les racines, le bois forme le constituant principal de l’arbre (plus de 95 % de sa biomasse). Il contient de nombreux éléments chimiques, pratiquement tous ceux nécessaires à la vie : azote, phosphore, potassium, fer, manganèse… Si leur concentration n’est pas très élevée, la quantité totale de nutriments est toutefois très importante, le bois représentant la principale composante de la biomasse forestière.

La vitesse de décomposition relativement lente du bois constitue d’autre part un avantage : elle permet la libération de ces nutriments petit à petit, favorisant leur réabsorption par les plantes vivantes, assurant un recyclage efficace. Le bois constitue donc un réservoir de nutriments qui maintient la fertilité du sol forestier.

Mais le bois ne fournit pas seulement des nutriments au sol. Il représente également une source de nourriture directe pour de nombreux organismes, champignons ou insectes. Ces derniers viennent nourrir à leur tour nombre d’animaux (oiseaux, mammifères, reptiles…).

On le comprend, le bois mort compose la base d’un réseau alimentaire abritant un très grand nombre d’espèces. La majeure partie de la biodiversité des forêts est ainsi liée, directement ou indirectement, à la présence de ce bois mort et sa décomposition.

Le rôle structurel du bois

Le bois est l’une des structures clés de l’écosystème forestier. Les troncs et les branches tombés modifient les conditions environnementales à petite échelle, comme l’ensoleillement, la vitesse du vent ou l’humidité relative de l’air et du sol. Cela génère une grande variété de microhabitats dans lesquels différentes espèces animales ou végétales pourront s’installer.

Ce rôle structurel du bois intervient également dans la protection contre les herbivores, en agissant comme une barrière physique pour favoriser la régénération des forêts. Il fournit également de la matière organique au sol, ce qui améliore sa texture, sa porosité et de nombreux autres paramètres physiques indispensables à la croissance des plantes.

Le bois mort n’a rien d’un déchet

Si le bois mort est essentiel au fonctionnement de la forêt, il est toutefois très courant dans la gestion forestière de l’enlever, en particulier après des perturbations telles que les incendies, les ravageurs ou les tempêtes.

Nous nous sommes tellement habitués à ce traitement que les citoyens eux-mêmes réclament souvent l’enlèvement des arbres morts après de telles perturbations. Cette activité qui contribue à l’exploitation du bois est pratiquée depuis des décennies sur tous les continents, et notamment dans la région méditerranéenne.

Si les raisons invoquées pour retirer le bois après une perturbation peuvent varier selon les régions du monde, l’une des principales justifications reste la vente.

Mais, dans de nombreux cas, cette finalité commerciale demeure absente ou empêchée : le bois est de qualité insuffisante, la zone est protégée… et pourtant le bois est récolté. On avance que l’enlèvement du bois aidera les travaux futurs dans la zone (en facilitant le passage du personnel et des machines), évitera le risque d’accidents dus à la chute d’arbres, réduira le risque d’incendie et celui de parasites qui peuvent affecter les parties non brûlées ou partiellement brûlées.

Forêt de pins des Canaries brûlée après un incendie dans le parc national de Teide à l’été 2012. lunamarina/Shutterstock

Laisser du bois mort là où il est

Toutes ces raisons ont été fortement remises en cause par des études récentes menées dans différentes parties du monde ; elles ont montré que les arguments utilisés pour retirer le bois après des perturbations dépendent du contexte et ne sont pas toujours justifiés.

Par exemple, la relation de cause à effet entre la présence de bois et l’augmentation de l’incidence des incendies n’a pas été démontrée ; il existe même des preuves d’un risque accru d’incendie après l’enlèvement du bois, notamment lorsque des matériaux inflammables (copeaux de bois, fines brindilles) sont générés.

Le risque de voir apparaître des insectes xylophages dépend également du type de perturbation. Dans le cas des incendies de forêt (la perturbation la plus courante dans le bassin méditerranéen), les arbres brûlés ne constituent pas un substrat pour les insectes nuisibles – ceux-ci se nourrissent d’arbres vivants, mais affaiblis – de sorte que l’élimination généralisée des arbres morts n’est pas justifiée.

Enfin, les accidents peuvent être évités en adoptant des mesures de sécurité, comme l’abattage des arbres morts dans les zones les plus visitées et fréquentées, ou la réalisation de travaux de restauration lorsque le risque de chute d’arbres est moindre.

La recherche écologique montre ainsi clairement que le bois mort reste un élément essentiel du fonctionnement des forêts, qui favorise leur régénération après des perturbations et accélère la récupération des services écosystémiques qu’elles fournissent. Il faut donc faire évoluer les politiques de gestion du bois mort pour lui permettre, totalement ou en partie, de rester là où il est.

This article was originally published in Spanish

Want to write?

Write an article and join a growing community of more than 146,400 academics and researchers from 4,376 institutions.

Register now