La recherche démontre que l’usage du cannabis chez des personnes atteintes de troubles de stress post-traumatique pourrait diminuer l’éventualité d’une dépression ou d’un suicide. La Presse Canadienne/Ryan Remiorz

Le cannabis pourrait aider à traiter le trouble de stress post-traumatique

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT), trouble réactionnel qui peut apparaître à la suite d’un événement traumatique, atteint environ un Canadien sur dix à un moment donné de son existence.

Le TSPT peut susciter de l’agitation, des retours en arrière, des troubles de la concentration, de l’insomnie et des cauchemars et ces symptômes peuvent conduire à un risque accru de consommation abusive et de dépendance à la drogue, ainsi que des risques de dépression et de suicide.

De nombreux patients ont du mal à se débarrasser de ces symptômes en ayant recours à des traitements conventionnels comme les médicaments antidépresseurs ou antipsychotiques, et les psychothérapies cognitives axées sur les traumatismes.

Pas étonnant, donc, que certains se tournent vers des méthodes alternatives afin de gérer leur angoisse – telles que le cannabis sur prescription. La preuve en est l’augmentation spectaculaire des vétérans de l’armée canadienne remboursés pour leurs prescriptions de cannabis, très souvent à la suite d’un diagnostic de TSPT.

Nous sommes présentement en attente des résultats d’essais cliniques du cannabis pour le traitement des TSPT. Les études antécédentes associent le cannabis à une santé mentale détériorée chez les patients atteints de troubles TSPT, mais il est difficile de déterminer si le cannabis aggrave ces symptômes, ou si les patients souffrant d’une santé mentale détérioriée en abusent. La plupart des données dont nous disposons sur le cannabis comme traitement du TSPT proviennent de témoignages positifs de patients.

En tant qu’épidémiologistes et chercheurs spécialisés sur l’usage des drogues, nous avons étudié le lien entre le cannabis et les TSPT en utilisant les données disponibles de Statistique Canada sur la santé mentale.

Dans une étude récente publiée dans le Journal of Psychopharmacology, nous avons établi que les trouble de stress post-traumatique augmentaient les risque d’épisodes dépressifs majeurs par un facteur d’environ sept à un chez les Canadiens qui ne faisaient pas usage de cannabis, et d’environ cinq à un en ce qui concerne les idées suicidaires. Mais parmi ceux qui faisaient usage de cannabis, il n’y avait pas de lien avec l’un ou l’autre.

L’interaction du cannabis avec notre corps

La consommation de drogues, cannabis compris, est fréquente chez les rescapés d’un traumatisme. Il serait facile de faire une croix sur le cannabis en le classant dans la catégorie des brèves évasions, susceptible d’aggraver les symptômes à long terme. Mais le rapport entre le cannabis et le TSPT est plus complexe qu’il n’y paraît.

Un vétéran des Marines apporte son soutien à l’usage du cannabis pour les gens souffrant de TSPT, à l’extérieur du capitole de Des Moines dans l’état de l’Iowa en 2015. (Michael Zamora/The Des Moines Register via AP)

Nos corps produisent naturellement des molécules qu’on appelle des cannabinoïdes endogènes qui se logent dans des récepteurs cannabinoïdes du corps et du cerveau. Ce système endocannabinoïde contribue à la stabilité des processus de notre corps, y compris la régulation des fonctions de notre cerveau qui ont tendance à être affectées par des expériences traumatisantes, comme la peur, la mémoire et le sommeil.

Certaines composantes de la plante du cannabis, dont la molécule fort connue appelée le tétrahydrocannabinol (le THC, qui provoque l’ivresse) ainsi que le cannabidiol (le CBD, un composant qui ne provoque pas l’ivresse, mais qui peut potentiellement traiter l’épilepsie, l’inflammation, la nausée et l’anxiété), sont également des cannabinoïdes car leur structure est similaire aux cannabinoïdes endogènes.

Même si le THC et le CBD ne sont pas produits spontanément par notre organisme, ils peuvent interagir avec le système endocannabinoïde pour y influencer un certain nombre de processus biologiques.

Nous cherchons encore à découvrir si et comment le cannabis a une influence sur l’évolution du TSPT. L’imagerie cérébrale suggère que les patients atteints de TSPT disposent d’une abondance de récepteurs cannabinnoïdes, tout en ne produisant pas suffisamment de cannabinoïdes endogènes pour les incruster dans leur cerveau. Ce qui pourrait vouloir dire qu’un supplément de cannabinoïdes issus de plantes, comme le THC pourrait aider certains processus cérébraux à fonctionner normalement.

Une diminution de la dépression et du suicid

Selon les données de Statistique Canada, un individu sur quatre environ atteint de TSPT fait usage de cannabis, alors qu’il s’agit d’une personne sur 9 dans la population en général.

Dans notre étude, nous avons élaboré des modèles statistiques afin de quantifier le lien entre le fait de souffrir du TSPT et d’avoir eu des épisodes récents de dépression majeure ou d’idées suicidaires. Notre hypothèse étant que si le cannabis aide à atténuer les symptômes TSPT, nous verrons une association bien plus faible entre le TSPT et les indicateurs de détresse mentale dans la population faisant usage du cannabis.

Effectivement, en suivant notre hypothèse tout en la modérant avec d’autres facteurs (l’âge, le sexe, le revenu, l’usage d’autres substances, d’autres problèmes psychologiques), nous avons pu en confirmer la validité.

Une cliente hume un échantillon de marijuana chez Evergreen Cannabis à Vancouver, C-B. (AP Photo/Elaine Thompson)

Dans une analyse de suivi des 420 individus souffrant de TSPT, nous les avons classés selon leur usage du cannabis : « pas de cannabis », « consommation à faible risque », et « consommation à risque élevé » (c’est-à-dire ceux dont les tests ont révélé un abus ou une dépendance à la drogue).

Nous avons conclu que les usagers de la catégorie dite à faible risque étaient moins susceptibles de souffrir d’épisodes dépressifs majeurs, ou d’idées suicidaires. En revanche, nous avons relevé une tendance à une augmentation de ces problèmes chez les usagers de la catégorie de consommation à risque élevé.

Des signes prometteurs

Les gens atteints de TSPT sont plus enclins à la dépression et aux idées suicidaires. Mais nous avons constaté que les indicateurs de santé mentale s’amélioraient chez ceux qui consommaient du cannabis dans la catégorie de faible risque.

Il y a certaines limites à notre analyse qui nous interdisent de comprendre si le cannabis était la cause de la baisse des tendances dépressives ou suicidaires.

Par exemple, nos données enregistrent les informations des participants sur l’année précédente, ce qui veut dire que nous ne pouvons pas déterminer la séquence des événements : cannabis d’abord, ou TSPT, ou les épisodes psychologiques majeurs.

Nous ne disposions pas d’information détaillée sur la façon dont les participants consommaient du cannabis : par exemple, le type et le dosage de la drogue utilisée, la fréquence d’utilisation et la méthode de consommation. Ces détails sont cruciaux pour poursuivre des recherches dans ce domaine.

La pertinence de notre étude réside dans sa capacité à décrire les schémas des symptômes TSPT en combinaison avec l’usage du cannabis et ce, sur un échantillon statistique représentatif de la population canadienne. Si nos études suggèrent que le cannabis pourrait être d’utilité thérapeutique dans le traitement du TSPT, le cannabis n’est pas sans danger, y compris des troubles d’accoutumance résultant de sa consommation.

Nous avons découvert des signes prometteurs sur le potentiel de thérapies à base de cannabis, mais nous avons hâte d’entreprendre d’autres travaux qui nous permettront de mieux comprendre comment l’utiliser de façon plus étendue dans le traitement du TSPT et de la maladie mentale.

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This article was originally published in English