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Des habitants portent des masques pour se protéger des nuages de poussière saharienne qui étouffent la ville de Mbour, au Sénégal, le 25 février 2020. Jerome Gilles/NurPhoto via Getty Images

Le changement climatique impacte la santé au Sénégal : voici comment y remédier

Le changement climatique est devenu une préoccupation majeure touchant tous les secteurs de la vie : agriculture, élevage, santé… À l'occasion de la réunion sur le climat (COP28) à Dubaï, la question de l'impact du changement climatique sur la santé a été largement débattue. Une étude récente a été menée sur l’impact du changement climatique sur la santé de la population au Sénégal. Ndèye Daba Fall, l’une des auteurs de la recherche, répond à nos questions.

Quelles sont les manifestations les plus visibles du changement climatique au Sénégal ?

Le changement climatique est défini comme étant des modifications du climat qui sont souvent liées, de manière directe ou indirecte, à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s'ajouter à la variabilité naturelle du climat.

Au Sénégal, les manifestations les plus visibles du changement climatique sont observées à travers les pluies en baisse d’environ 300 mm en 30 ans ou les pluies intenses et de courtes durées, l’avancée de la mer et l’érosion côtière (comme l'évolution de la brèche ouverte sur la Langue de Barbarie à Saint Louis), la désertification qui menace 30 % des terres arables et les inondations dans plusieurs localités du Sénégal.

Quel est l'impact du réchauffement climatique sur la santé des populations au Sénégal ?

D’après les résultats obtenus à travers notre recherche, nous avons constaté que le changement climatique a des impacts négatifs directs et indirects sur la santé de la population au Sénégal.

L’impact direct se manifeste par le biais de l’augmentation du dioxyde de carbone qui est un gaz sans couleur ni odeur découvert en 1750 par le physicien écossais Joseph Black. C’est l’un des gaz à effet de serre, (gaz qui absorbent une partie des rayons solaires en les redistribuant sous la forme de radiations au sein de l’atmosphère terrestre), les plus dominants dans l’atmosphère et aide à la respiration des êtres vivants et la photosynthèse des plantes. En effet, l’être vivant, en respirant, transforme l’oxygène en dioxyde de carbone, tandis que les plantes transforment le dioxyde de carbone en oxygène permettant ainsi de garder l’équilibre de la vie sur terre.

Cependant, une accumulation élevée de dioxyde de carbone peut déplacer l'oxygène de l'air et priver le corps d'oxygène entraînant une perte de conscience, une fatigue, des nausées et des vomissements, un effondrement ou même la mort.

L’impact indirect s’exprime par les facteurs économiques et sociaux. Sur le plan économique, l’impact s’opère à travers le Produit intérieur brut et l’aide publique au développement. Le Produit intérieur brut (PIB) contribue négativement (- 0.055) sur l’espérance de vie à la naissance au Sénégal. Cette baisse impacte négativement la santé de la population. L’aide publique au développement impacte de façon positive (0.016) et significative la santé de la population au Sénégal.

Et sur le plan social, il se manifeste par l’inscription à l’école secondaire, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans, le taux de dépendance démographique, la croissance de la population et les dépenses de consommation finale des ménages. Le taux brut d’inscription à l’école secondaire affecte négativement (-0.061) et significativement la santé de la population. Il est plus facile d'expliquer les enjeux du changement climatique à une population instruite.

Aussi, le taux de dépendance démographique (nombre de personnes prises en charge par les personnes qui travaillent) a des conséquences positives (0.794) et significatives sur l’espérance de vie à la naissance. Par contre, le taux de mortalité infantile des moins de 5 ans impacte négativement (- 0.223) et significativement la santé de la population. De même la croissance de la population a un impact négatif (- 0.082) et significatif sur la santé de la population au Sénégal.

Comment avez-vous mesuré ces impacts sur la santé des populations au Sénégal ?

Pour mesurer les impacts du réchauffement climatique sur la santé des populations au Sénégal, la variable espérance de vie à la naissance a été utilisée comme instrument de mesure de la santé qui est en moyenne et d’après notre article, de 59,36 ans au Sénégal.

En effet, les indicateurs de mortalité tels que l’espérance de vie et le taux de mortalité sont les meilleurs reflets de l’état de santé d’un pays. Les variables qui permettent de capter ces impacts sur la santé des populations au Sénégal sont le Produit intérieur brut, l’aide publique au développement, la production céréalière, le taux d’inscription à l’école secondaire et le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans.

Les autres variables sont le taux de dépendance démographique , la croissance de la population, les dépenses de consommation finale des ménages, les émissions de dioxyde de carbone et la pluviométrie. Ces données énumérées qui nous servent d’indicateurs ont été adoptées, suite à une recherche approfondie que nous avons eu à mener mais aussi de la disponibilité des données existant au Sénégal.

Les données utilisées pour mesurer ces impacts proviennent de la base de données de 2022 de la Banque mondiale. Le nombre d’observation est de 40 ans allant de 1980 à 2019. Nous avons employé la méthode des moindres carrés ordinaires pour l’estimation économétrique.

Quel rôle l'individu peut-il jouer pour limiter l'impact du changement climatique sur sa santé ?

Les populations peuvent jouer un rôle important pour essayer de limiter les impacts de ces changements sur leur santé. Elles peuvent en effet :

  • essayer de comprendre, quelle que soit leur langue, en quoi consiste le changement climatique et aider leur entourage à le comprendre ;

  • privilégier les transports moins polluants comme les transports en commun tels que les bus, qui peuvent accueillir un grand nombre de personnes et sont moins polluants au lieu de mettre plusieurs petites voitures en circulation ;

  • réduire leur consommation individuelle d'électricité : éteindre par exemple les lampes en sortant ;

  • avoir une alimentation saine et biologique, si possible ;

  • réduire les déchets comme l’utilisation des plastiques, réutiliser les objets et ou les recycler.

En somme, sachant le rôle que peut jouer le changement climatique sur la santé humaine, chaque individu doit essayer, à son niveau et selon ses moyens, de lutter contre le dérèglement climatique dans la mesure où ces impacts atteignent tout le monde quel que soit son lieu de résidence, que l’on soit riche ou pauvre.

Latif Dramani, professeur d'économie à l'université Iba Der Thiam de Thiès et coordonnateur du Centre de recherche en économie et finance appliquée de Thiès (CREFAT) est co-auteur de l'étude.

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