Le Goop Lab sera lancé le 24 janvier 2020 : il sera probablement rempli de pensées magiques et d'histoires de santé non prouvées - ce qui en fait un énorme conflit d'intérêts pour Gwyneth Paltrow. Shutterstock

Le Goop Lab de Gwyneth Paltrow : une infopub pour son entreprise douteuse

La semaine dernière, Netflix a diffusé pour la première fois la bande-annonce de la nouvelle série de Gwyneth Paltrow The Goop Lab. Il s’agit d’une série de six épisodes qui, selon les bandes-annonces, se concentre sur les approches de bien-être qui sont « hors normes », « non réglementées » et vaguement « inquiétantes ». (Lire : non éprouvées par la science).

La réaction des professionnels de la santé et des défenseurs de la science a été immédiate et généralisée. Et pour de bonnes raisons. Comme l'a noté l’obstétricienne et gynécologue Dr Jen Gunter dans le magazine Bustle, la bande-annonce reflète bien l’image de Goop : « De belles informations présentées pour appuyer des thérapies non scientifiques, non prouvées, potentiellement nocives… »

Nous savons que la propagation de ce genre de désinformation sur la santé engendre de fausses croyances et des comportements nocifs pouvant avoir un impact important et préjudiciable sur la santé publique.

C’est l'âge de la désinformation et cette émission est susceptible d’amplifier le bruit et la confusion du public sur la façon de vivre sainement.

Mais ce qui a été largement négligé dans la première vague de critiques est la question des conflits d’intérêts. Les producteurs de cette émission – c’est-à-dire Gwyneth Paltrow et son entreprise Goop – bénéficient directement non seulement de la popularité de la série mais aussi de la légitimation de la pseudoscience. Cette série est, en fait, une infopublicité pour la marque Goop, construite autour de produits et d’idées qui ne sont pas appuyés par la science.

La bande annonce du Goop Lab sur Netflix.</movie.

Marketing et pseudo-science

Pour être honnête, je n’ai pas encore vu un épisode complet de la série. Mais étant donné le contenu de la bande-annonce et l’historique de Goop en matière de propagation de conseils nuisibles à la santé, il y a peu de raisons d’être optimiste sur la place de la science dans la série. Quoi qu’il en soit, la simple existence de la série permettra à Paltrow et Goop de consolider la marque, dont la valeur est estimée à 250 millions de dollars US.

La série est une occasion de promouvoir la pensée magique et la pseudo-science, ce qui aidera à vendre les produits de Goop. C’est comme si Netflix diffusait une émission appelée The Coca-Cola Beverage Lab ou The Starbucks Coffee Adventure.

Ce qui pousse les gens à se tourner vers des pratiques de santé alternatives comme celles mise de l’avant par Goop est la frustration face à l’influence de l’industrie pharmaceutique, et sa recherche de profits, sur le système de santé conventionnel.

Cette préoccupation est compréhensible. Plusieurs articles ont mis en relief les comportements répréhensibles de grandes sociétés pharmaceutiques et leurs conséquences néfastes sur la recherche, la pratique clinique et les lignes directrices cliniques.

La sensibilisation à ces questions a contribué à une diminution de la confiance envers la profession médicale et à des comportements néfastes comme l’hésitation à se faire vacciner.

Pour les défenseurs des approches alternatives au bien-être, la médecine conventionnelle est corrompue. Et plusieurs en sont venus à croire des versions extrêmes de cette théorie du complot.

Un sondage réalisé aux États-Unis, en 2013, auprès de 1351 adultes a révélé que 37 pour cent d’entre eux croient (et 31 pour cent pensent que cela pourrait être vrai) que la « Food and Drug Administration empêche délibérément le public d’obtenir des traitements naturels pour le cancer et d’autres maladies en raison des pressions exercées par les sociétés pharmaceutiques ». Goop a également encouragé ces idées radicales en publiant l’article d’une médecin qui prétend que les traitements contre le sida sont aussi un complot de Big Pharma.

Le Goop Lab met en vedette Gwyneth Paltrow et Elise Loehne. (Netflix)

L’industrie de la médecine alternative

Placées ainsi en concurrence avec les traitements conventionnels, les approches alternatives apparaissent en quelque sorte non contaminées ou, du moins, moins entachées par des intérêts particuliers. Elles constituent, par conséquent, le meilleur choix. Mais cette image sans tache est manifestement faussée.

D’abord, nous devons reconnaître que la médecine parallèle est aussi une énorme industrie. Le marché mondial du « bien-être », en grande partie constitué de produits non éprouvés et de méthodes « alternatives », est estimé à plus de 4 milliards de dollars US.

La vente de plantes médicinales et de suppléments est également une industrie de plusieurs milliards de dollars. Étant donné la taille de ces marchés, il serait naïf de croire que la médecine alternative n’est pas elle aussi à la recherche de profits comme l’est l’industrie pharmaceutique.

Les conflits d’intérêts sont aussi présents dans la communauté de la santé alternative. Pour ne citer que quelques exemples, les naturopathes vendent des produits et ont un partenariat avec l’industrie des vitamines pour élargir la portée de leur pratique.

De plus, la recherche en médecine alternative a été influencée par divers biais. Et nous ne devrions pas oublier que plusieurs des produits naturels les plus couramment utilisés, notamment les suppléments et les remèdes à base de plantes, sont souvent fabriqués par cette même industrie pharmaceutique que les adeptes de médecine alternative cherchent à éviter.

Enfin, la théorie de l’action raisonnée joue un grand rôle dans ce phénomène. Lorsqu’un individu ou une entreprise a bâti sa profession ou son modèle d’affaires autour d’une vision du monde particulière, cet engagement aura un impact sur la façon dont il interprétera, utilisera et présentera au public les données probantes dans son domaine.

Pour un homéopathe, par exemple, il serait extrêmement difficile d’accepter ce que la recherche dit au sujet des traitements qu’il propose. Accepter la science lui ferait perdre son identité professionnelle, voire son gagne-pain.

Il faut combattre davantage les effets négatifs que les conflits d’intérêts peuvent avoir sur la recherche biomédicale et la pratique clinique. Mais nous devons également reconnaître que de profonds conflits d’intérêts existent dans le domaine de la médecine alternative. Nous ne devrions pas donner de passe-droit à ceux et celles qui sont engagés dans cette industrie – y compris Paltrow et Goop.

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This article was originally published in English

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