Hip Hop Management

Le MOOC, arme d’influence culturelle massive : conversation avec Gilles Garel

Gilles Garel, dans l'émission Fenêtres ouvertes sur la gestion. Author provided

S’il est bien un sujet qui a obsédé l’enseignement supérieur ces dernières années, c’est celui du MOOC. La convergence de deux optimismes explique le succès du concept.

Le MOOC, objet d’optimisme

Le premier de ces optimismes, c’était celui des professeurs. Ils voyaient en effet dans le MOOC la possibilité de faire rayonner « hors les murs » des thématiques qui leur tenaient à cœur, généralement en lien avec leurs travaux de recherche. Un MOOC c’était donc l’espoir de toucher un vaste public, dans le monde entier, bien au-delà de la traditionnelle salle de cours. Et par une sorte d’effet vertueux, l’espoir ultime était permis : un MOOC pouvait devenir le moyen de renforcer la notoriété, l’impact et l’influence des travaux de recherche de ses concepteurs.

Le second de ces optimismes, c’était celui des responsables des institutions, universités comme écoles. Le MOOC était ainsi vu comme un puissant véhicule de promotion et de publicité, sur lequel ils avaient enfin la main. L’effet « marque » permettait d’espérer la facturation de « certificats », et le MOOC pouvait donc se révéler une source potentielle et significative de revenus, en jouant sur l’effet masse.

Le MOOC, une réussite limitée

Avec le recul, quand on interroge les uns et les autres comme cela a été le cas à l’occasion de l’étude FNEGE 2017, dire que le bilan est contrasté serait un euphémisme.

D’abord, sauf cas exceptionnel, il est de notoriété publique que les inscrits peinent à « tenir » sur la durée », et que seule une très faible proportion de participants reste jusqu’au bout. Par ailleurs, au vu des coûts de production, la réalité économique du MOOC apparaît dans son plus simple appareil : le business model du MOOC, c’est la subvention. On ne saurait être plus clair… Enfin, les professeurs confient qu’un MOOC c’est d’abord une charge supplémentaire, parfois considérable, pour eux comme pour leurs institutions ; sans que les espoirs de gain d’influence ou de notoriété soient au rendez-vous même si, bien sûr, les médias trouvent toujours ici ou là quelques contes de fées à conter.

En résumé, en France comme ailleurs, les grandes gagnantes des MOOCs ce sont d’abord les entreprises qui ont su habilement stimuler la rivalité mimétique entre les institutions pour les inciter à se « lancer » pour rester « up to date ». Et comme l’appétit des plates-formes type COURSERA en matière de contenus est insatiable, entre optimismes un peu naïfs des uns et désirs de business des autres, voilà comment la bulle s’est logiquement bouclée.

Les productions et subventions ayant été elles aussi massives, les débats sur l’utilité des MOOCs, sur la nature réelle du modèle économique sous-jacent, sur les bénéficiaires du « retour sur subventions » restent encore largement confidentiels, pour ne pas dire tabous et sulfureux. Un peu comme l’est aujourd’hui le sujet du nombre de vues YouTube ou de Streams dans l’industrie musicale, toutes choses égales par ailleurs…

C’est dommage. Car en cherchant bien, au milieu du torrent de MOOCs qui abreuve désormais le marché de l’éducation, on trouve des diamants qu’il faut faire connaître. Parce qu’ils montrent ce qu’un MOOC peut et devrait idéalement toujours être : une arme de diffusion et d’influence culturelle, potentiellement massive. Comme une façon de faire vivre autrement l’Histoire, la culture, la connaissance et ainsi de renouveler les cadres de pensée et la réception même des enseignements. Ce qui naturellement ne s’improvise pas et résulte de décennies d’efforts de recherche.

Un MOOC exemplaire sur l’innovation

Avec d’autres bien sûr, c’est le cas du MOOC, exemplaire, du CNAM conçu et animé par Gilles Garel et Loïc Petitgirard : « Fabriquer l’innovation ». Un MOOC qui donne la « trace », comme on dit en ski hors-piste. Un MOOC qui montre que le contribuable, le citoyen ou l’étudiant ne sont pas forcément condamnés à la « double peine » : d’un côté, des entonnoirs à publicités comme le sont les émissions d’Arthur ou d’Hanouna ; de l’autre, des émissions culturelles assez pénibles qui n’existent que parce que les concepteurs avaient les (bons ?) réseaux pour les faire subventionner.

Bref, ici « c’est du haut de gamme, pas d’amalgame gamin… » comme dirait l’autre. Et donc tenez-vous prêts pour la saison nouvelle du MOOC « Fabriquer l’innovation ». Parce qu’elle vous emmènera forcément, comme les autres, dans des voyages spatio-temporels exceptionnels. Parce que ces promenades dans l’espace et dans le temps restent le meilleur moyen de ne jamais se laisser berner par la fable d’une innovation qui tomberait du ciel.

Présentation de Gilles Garel

Gilles Garel est professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) et à l’École polytechnique. Titulaire de la chaire de gestion de l’innovation du CNAM, il réalise des travaux en management de l’innovation et de projet depuis le début des années 1990, en relation directe avec des entreprises. Il est directeur du LIRSA du CNAM (Laboratoire Interdisciplinaire en Sciences de l’Action).

L’interview de Gilles Garel