Les centres de données du monde entier produisent à peu près la même quantité de dioxyde de carbone que le transport aérien mondial. Shutterstock

L’empreinte environnementale de l’économie numérique menace la planète

Au cours de la dernière décennie, la société moderne a porté beaucoup d’attention aux promesses de l’économie numérique. Par contre, son impact négatif sur l’environnement a très peu été mentionné.

Nos téléphones intelligents utilisent des métaux de terre rare tandis que l’infonuagique, les centres de données, l’intelligence artificielle et les cryptomonnaies consomment de grandes quantités d’électricité, souvent produite par le charbon.

Si l’on veut profiter du plein potentiel de l’économie numérique, ce sont là des questions qu’il faudra soulever. Sans intervention urgente sur l’ensemble de ce système, l’économie numérique sera incompatible avec une économie verte, ce qui entrainera une augmentation des gaz à effet de serre et l’accélération des changements climatiques, présentant une menace sérieuse pour l’humanité.

Il n’existe pas de définition universellement reconnue de l’économie numérique, mais cela comprend les activités économiques qui résultent des milliards d’interactions électroniques quotidiennes entre les individus, les entreprises, les appareils, les données, les processus, depuis les opérations bancaires en ligne jusqu’aux voitures en partage et les médias sociaux.

On y réfère parfois sous le nom d’économie du savoir, de société de l’information ou de l’économie Internet. L’économie numérique carbure aux données et procure de nombreux bénéfices à la société, par exemple pour les diagnostics médicaux.

Le charbon est toujours roi

Les éléments de terre rare constituent la colonne vertébrale des technologies digitales modernes, depuis les tablettes et les téléphones intelligents jusqu’aux téléviseurs et aux voitures électriques.

La Chine est le plus grand producteur de minéraux de terre rare, constituant près de 70 pour cent de la production annuelle mondiale. Cette production à grande échelle soulève de graves inquiétudes quant à l’émission de métaux lourds et de matériel radioactif dans l’eau, le sol et l’air près des sites d’extraction.

La recherche sur le cycle de vie des minéraux de terre rare a démontré que la production de ces métaux est insoutenable du point de vue de l’environnement, car elle consomme des quantités énormes d’énergie et émet de la radioactivité.

Données préliminaires sur la production globale de terre rare 1988-2018. » source=

On dit parfois que l’univers numérique (y compris le nuage) commence avec le charbon parce que les communications digitales requièrent une infrastructure physique immense et répartie partout, qui consomme de l’électricité. Et le charbon est l’une des principales sources d’électricité et l’un des principaux agents contributeurs aux changements climatiques. La Chine et les États-Unis sont les principaux producteurs de charbon.

Les dévoreurs d’énergie

Les centres de données – ces entrepôts qui abritent d’énormes quantité d’information – consomment environ trois pour cent de la production mondiale d’électricité, soit plus que le Royaume-Uni au complet. Ces centres produisent deux pour cent des gaz à effet de serre, soit l’équivalent de tout le trafic aérien à l’échelle mondiale.

Un rapport de Greenpeace et du North China Electric Power University a découvert que les centres de données chinois ont produit, en 2018, 99 millions de tonnes de dioxyde de carbone), soit l’équivalent de 21 millions de voitures conduites pendant un an.

Les gaz à effet de serre ne sont pas la seule forme de pollution qui doive nous inquiéter. Les déchets électroniques (e-déchets), un sous-produit de l’activité des centres de données, constituent deux pour cent des déchets solides et 70 pour cent des déchets toxiques aux États-Unis.

Globalement, le monde produit quelque 50 millions de tonnes de déchets électroniques par année, d’une valeur de 62,6 milliards de dollars américains, soit plus que le PIB de la plupart des pays. Seulement 20 pour cent de ces déchets sont recyclés.

Une mine de Bitcoin. (Shutterstock)

En ce qui concerne l’intelligence artificielle (IA), des recherches récentes ont démontré que l’entrainement d’un grand modèle d’IA, c’est-à-dire l’influx dans un ordinateur de grandes quantités de données et la demande de prédictions, peut émettre l’équivalent de 284 tonnes de dioxyde de carbone, soit cinq fois les émissions de la durée de vie d’une voiture américaine moyenne. L’empreinte numérique de l’IA constitue un problème croissant.

Le Bitcoin et les autres cryptomonnaies sont aussi un sujet d’inquiétude puisqu’ils fonctionnent avec le blockchain, un grand livre digital sans autorité centrale qui enregistre en continu les transactions entre de multiples ordinateurs. La quantité d’énergie requise pour produire l’équivalent d’un dollar en Bitcoin est le double de celle nécessaire pour extraire du cuivre, de l’or ou du platine. Une étude datant de 2014 estimait que le Bitcoin consomme autant d’énergie que l’Irlande.

Ces technologies sont inefficaces et posent une menace sérieuse à l’environnement.

Penser différemment

L’économie numérique se développe plus vite que les mesures prises visant à en contrer les effets négatifs. Il est donc nécessaire de commencer à penser différemment.

Image satellite de la mine Bayan Obo en Chine, prise le 30 juin 2006. La végétation apparait en rouge, les prés en brun pâle, les rochers en noir et l’eau en vert. (NASA Earth Observatory)

Les problèmes ne se présentent pas de façon linéaire. Nous devons continuer d’alerter l’opinion, promouvoir un leadership qui déborde les frontières ainsi qu’une économie circulaire (dédoubler l’activité économique reliée à la consommation de ressources limitées) et une approche éco-économique (une économie durable).

Nous devons également faire l’inventaire des dommages locaux et globaux causés par les appareils et plates-formes électroniques ainsi que les systèmes de données.

Afin faire avancer la discussion, il nous faut placer le monde sur une trajectoire durable. On ne doit pas seulement se demander ce que l’économie numérique peut faire pour nous, mais ce que nous pouvons faire collectivement pour que l’économie numérique soit bonne pour l’environnement.

This article was originally published in English

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