Le niveau de mercure dans les sardines du Pacifique pourrait augmenter de 14 % si les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître. Shutterstock

Les changements climatiques et la surpêche font augmenter le niveau de mercure dans le poisson

Nous vivons à une époque – l’Anthropocène – où les humains et les sociétés remodèlent et transforment les écosystèmes. La pollution, les changements climatiques d’origine humaine et la surpêche ont modifié la vie marine et les réseaux alimentaires des océans.

L’augmentation de la température des eaux amplifie l’accumulation de contaminants neurotoxiques comme le mercure organique (méthylmercure) chez certaines espèces marines. Cela affecte particulièrement les grands prédateurs, comme les épaulards piscivores qui doivent se nourrir de gros poissons pour répondre à leurs besoins en calories.

Aujourd’hui, la contamination de la vie marine et des réseaux alimentaires est en croissance à cause de l’action combinée de la pollution au mercure, des changements climatiques et de la surpêche. Cela a des implications évidentes pour les écosystèmes et l’océan, mais aussi pour la santé publique. Le risque de consommer du poisson et des fruits de mer contaminés au mercure augmente avec les changements climatiques.

Le mercure dans les mers

De 1990 à 2010, la réglementation a permis de réduire les émissions mondiales de mercure provenant de sources liées aux activités humaines, comme les centrales au charbon, mais cet élément demeure présent dans le milieu marin.

Le méthylmercure s’accumule dans le tissu musculaire des poissons dans l’ensemble du réseau alimentaire, se « bioaccumulant » chez les prédateurs de grande taille et de niveau trophique élevé. C’est pourquoi il est plus dangereux de consommer les gros poissons pélagiques – tels le thon, le marlin, le balaou et le requin – qui mangent beaucoup de poissons que les petits.

Le mercure peut entraîner des troubles neurologiques chez l’humain. Les jeunes qui sont exposés au mercure pendant le développement fœtal et l’enfance ont un risque accru d’obtenir de mauvais résultats aux tests qui mesurent l’attention, le QI, la motricité fine et le langage.

Les changements climatiques peuvent amplifier l’accumulation de méthylmercure dans les poissons et les mammifères marins au sommet de la chaîne alimentaire en raison des modifications dans la pénétration et le devenir du mercure dans les océans et dans la composition et la structure des réseaux alimentaires. Avec l’océan qui se réchauffe et s’acidifie, on risque de retrouver davantage de méthylmercure à toutes les étapes de la chaîne alimentaire.

La surpêche peut également faire croître le taux de mercure chez certaines espèces de poissons. Le saumon du Pacifique, les calmars et les poissons-fourrages, ainsi que le thon rouge de l’Atlantique et la morue de l’Atlantique sont exposés à l’augmentation de la concentration de méthylmercure causée par la hausse de la température des eaux marines.

Nos travaux de modélisation montrent que le saumon royal, la plus grande espèce de saumon du Pacifique et la principale proie des épaulards résidents du Sud qui sont en voie de disparition, sera exposé à une forte accumulation de méthylmercure en raison des modifications de son alimentation qu’entraînent les changements climatiques.

La hausse des températures des océans risque d’engendrer une augmentation du méthylmercure chez certains poissons, comme le thon. (Shutterstock)

Dans le scénario le plus pessimiste en termes de changements climatiques, où les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître et où l’augmentation des températures mondiales est de 2,6 °C à 4,8 °C d’ici 2100, la concentration de méthylmercure va augmenter de 10 pour cent chez le saumon royal. Dans le meilleur scénario, avec de faibles émissions et une hausse de la température mondiale de 0,3 à 1,7 °C d’ici la fin du siècle, les taux de mercure ne s’élèveraient que d’un pour cent.

Pour les poissons fourrage, tels que la sardine du Pacifique, l’anchois et le hareng du Pacifique, des espèces qui ont un rôle écologique et commercial clé dans l’écosystème de la côte du Pacifique, la hausse du méthylmercure devrait être de 14 % dans le cas de fortes émissions et de 3 % avec de faibles émissions. Ce sont des changements dans l’alimentation et la composition de la chaîne alimentaire en raison du réchauffement des océans qui en sont la cause.

Pêcher au début de la chaîne alimentaire

Au cours du siècle dernier, les stocks de morue de l’Atlantique ont été surexploités le long de la côte nord-est du Canada.Dans le nord-est de l’océan Pacifique, des facteurs naturels et des stress environnementaux, comme la prédation, la perte d’habitat, le réchauffement des océans et la pêche, causent un déclin des stocks de saumon royal. La combinaison de ces pressions rend le saumon du Pacifique plus sujet à la bioaccumulation de méthylmercure.

Lorsqu’une espèce fait l’objet de surpêche, les flottes de pêche prennent de l’expansion et ajustent leurs cibles, en optant souvent pour la base de la chaîne alimentaire. Des effets en cascade engendrent des changements dans la composition du réseau alimentaire des autres espèces, ce qui risque d’entraîner le transfert de contaminants comme les polluants organiques persistants et le méthylmercure vers les prédateurs supérieurs.

Lorsque des poissons sont retirés de la chaîne alimentaire, les grands prédateurs peuvent se trouver forcés à consommer davantage de proies ou des proies différentes, ou encore des poissons plus petits qu’ils ne le font habituellement, et devenir alors fortement contaminés au mercure.

La combinaison des changements climatiques et de la surpêche transforme la population des poissons dans l’océan et leur distribution géographique. Cela modifie également leur exposition aux polluants, en augmentant par exemple les niveaux de méthylmercure dans la morue et le thon rouge de l’Atlantique, des poissons qui sont souvent consommés par les humains.

Protéger la santé et la planète

À la lumière de ces données, le secteur de la santé publique doit réviser les recommandations concernant la consommation de poisson pour les personnes les plus susceptibles d’être exposées au mercure (collectivités côtières) ou d’en subir les effets négatifs (femmes enceintes, nourrissons et enfants).

Nos simulations montrent que les concentrations projetées de méthylmercure dans le poisson-fourrage et le saumon royal dépasseront les limites canadiennes de consommation de mercure au cours du siècle, ainsi que le niveau recommandé par l’Organisation mondiale de la santé.

Dans notre monde dominé par l’être humain, il est impératif que nous consommions du poisson et des mollusques provenant de la pêche durable et que nous fassions des efforts pour réduire la pollution des océans. Les politiques environnementales internationales et nationales, telles que les Objectifs de développement durable des Nations unies pour la conservation et l’exploitation durable des océans, des mers et des ressources marines (ODD 14) et l’Accord de Paris sur le climat, peuvent préserver les espèces marines et protéger notre planète bleue pour les générations à venir.

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This article was originally published in English

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