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Les “Anglicans Verts” lors d'une marche pour la justice climatique au Cap. Author provided

Les communautés religieuses se mobilisent pour lutter contre le changement climatique : leur taille et leur influence comptent

Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), plus de 80 % de la population mondiale ont des motivations religieuse ou spirituelle. Face à la triple crise planétaire de la pollution, de la perte de biodiversité et du changement climatique, quel rôle les communautés des croyants peuvent-elles jouer pour sauver la planète ?

Dans une récente publication, nous avons examiné le rôle de deux organisations confessionnelles : le mouvement anglican vert, présent dans 13 pays africains, et l'initiative “Foi pour la Terre” du PNUE, un programme des Nations unies qui s'associe à des organisations confessionnelles pour la réalisation d'objectifs de développement. Notre objectif était de déterminer le rôle que la foi et la religion peuvent jouer dans la lutte contre le changement climatique, tant au niveau local qu'au sein des Nations unies.

Notre article présente les enseignements tirés, les défis et les possibilités d'engagement au niveau local et mondial. Nous avons constaté que les églises peuvent passer de l'action locale au plaidoyer. En Afrique notamment, les chefs religieux ont un statut dans la communauté et peuvent s'exprimer sur les problèmes. Par exemple, l'évêque de Namibie a été l'un des premiers à attirer l'attention sur la menace du forage dans le delta de l'Okavango par la société canadienne Recon Africa.

La Communion anglicane a été l'une des nombreuses voix religieuses à réclamer un financement des pertes et dommages lors de la réunion sur le changement climatique COP27.

Sur la base de nos conclusions, nous soutenons que les communautés religieuses ont le potentiel d'avoir un impact significatif sur l'action climatique pour les raisons suivantes :

  • elles sont accessibles : on les trouve dans toutes les communautés

  • elles sont abordables facilement, avec des structures existantes et des volontaires potentiels

  • elles sont susceptibles d'être acceptées et sont ancrées dans la culture locale

  • elles peuvent apporter de l'espoir : en combattant l'anxiété écologique et en apportant un soutien spirituel par le biais de pratiques spirituelles, comme l'a expliqué Gopal Patel, co-président du Conseil consultatif multiconfessionnel de l'ONU.

Par conséquent, les groupes confessionnels peuvent faciliter le changement de comportement sur la base de leurs enseignements spirituels. Ils ont le potentiel d'atteindre leurs vastes circonscriptions avec l'éducation et l'action environnementales.

Les acteurs

Le mouvement des “Anglicans Verts” a trois objectifs : relier la foi à l'environnement, inspirer des actions locales et encourager le plaidoyer.

Lorsque la foi est liée à l'environnement, on parle souvent d'éco-théologie, ou de prendre “soin de la création”, et cela peut être enseigné à plusieurs niveaux.

En commençant par les enfants, les “Anglicans Verts” ont développé un programme pour l'école du dimanche intitulé “Ryan le rhinocéros” (Ryan the Rhino, en anglais) qui relie l'histoire biblique de la création à des enseignements sur l'eau, la terre, les arbres et le changement climatique.

Un récent cours d'éco-théologie en ligne destiné au clergé a réuni des intervenants de 12 pays africains différents. Chaque semaine était consacrée à la réponse biblique à des questions telles que la déforestation, les déchets et le changement climatique. Les sessions présentaient à la fois une réponse activiste et théologique, reliant la théologie et la science.


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L'Église de l'Inde du Sud célèbre chaque année la Journée mondiale de l'environnement, en proposant des sermons et des prières sur le thème de l'année.

L'expansion, à l'échelle mondiale, de la “Saison de la création” a été un développement clé de l'éco-théologie. Lancée par l'Église orthodoxe, la saison a été adoptée par de nombreuses autres Églises comme un mois au cours duquel les prédications, les prières et les actions sont axées sur l'environnement. Les actions locales se concentrent sur des questions telles que la reforestation, la gestion des déchets, la promotion de l'énergie solaire et la récupération de l'eau, le tout étayé par un enseignement spirituel.

Man planting a tree sapling
Archbishop Sapit of Kenya planting a tree sapling. Anglican Church of Kenya, Author provided (no reuse)

Par exemple, les évêques de nombreuses églises bénissent désormais les plants d'arbres pour la confirmation ou le baptême en tant que symbole de d'élevation spirituelle. L'archevêque anglican Jackson Sapit du Kenya est l'un des principaux responsables de la protection des forêts et de la culture des arbres. Ce mouvement au sein de la Communion anglicane est connu sous le nom de Communion Forest.

Un autre groupe interconfessionnel affilié au PNUE, Greenfaith, a récemment publié un rapport sur une possible violation spirituelle de l'oléoduc d'Afrique de l'Est en troublant la quitéude des tombes.

La Communion anglicane et Greenfaith ne sont que deux des 85 organisations confessionnelles désormais affiliées à la Coalition foi pour la Terre (Faith for Earth Coalition). Il s'agit d'un programme interconfessionnel du Programme des Nations unies pour l'environnement qui promeut le leadership religieux et les organisations confessionnelles en tant que gardiennes des valeurs essentielles fondées sur la durabilité environnementale.

Lancée il y a six ans, la coalition encourage le dialogue et la collaboration entre les organisations confessionnelles et le système des Nations unies. Cette année, les communautés des croyants seront très présentes à la COP28 qui se tiendra à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre 2023.

Le PNUE et le Conseil musulman des anciens, ainsi que la présidence de la COP28, ont formé un partenariat stratégique avec des organisations confessionnelles et des partenaires de la société civile pour accueillir le tout premier “Pavillon de la foi”. Les représentants religieux et les défenseurs du climat pourront discuter des solutions innovantes par rapport à la crise climatique. Le pape François, l'un des leaders religieux mondiaux les plus actifs dans la lutte contre le changement climatique, prendra la parole à la COP28.

Nous disposons de toutes les connaissances scientifiques nécessaires pour enrayer le changement climatique, mais la courbe des émissions ne s'infléchit pas encore vers le bas. Les obstacles ne sont plus d'ordre technique : nous sommes confrontés à des défis moraux tels que la cupidité, l'égoïsme et l'apathie. Nous devons rejeter une vision extractive du monde qui considère la nature comme une ressource à exploiter et adopter une transformation spirituelle, en reconnaissant que nous sommes profondément liés à la trame du vivant dont nous dépendons.

Mobiliser les communautés de foi pour lutter contre le changement climatique

Les communautés religieuses agissent déjà, mais leurs actions sont rarement documentées. Il convient d'étudier les programmes et les bonnes pratiques des communautés religieuses qui ont fait leurs preuves, afin qu'elles puissent rapidement passer à l'échelle supérieure. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat devrait inclure davantage de recherches en sciences sociales, notamment un groupe de travail sur le changement de comportement humain. Les agences occidentales, souvent issues de pays où la foi n'est pas une composante importante de la société civile, devraient inclure les groupes confessionnels dans leur planification stratégique.

La fenêtre d'opportunité se rétrécit rapidement. Les communautés religieuses peuvent-elles être habilitées à inspirer leurs milliards de membres, en contribuant à la transformation spirituelle nécessaire pour sauver la planète ?

Pouvons-nous restituer la trame écologique du vivant ?

Iyad Abumoghli, de l'initiative “Faith for Earth” du PNUE, a contribué à cet article.

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