Les croisières en Arctique, un marché de luxe

Le navire Plancius, utilisé pour des croisières en Arctique et en Antarctique. Pixabay

Ils sont partout ! De janvier à avril 2017, les arrivées de touristes internationaux ont augmenté de 6 % par rapport à l’année à précédente, selon l’Organisation mondiale du tourisme. Sur les 4 premiers mois de l’année, 369 millions de touristes ont voyagé aux 4 coins de la planète. Si l’Europe tient une part importante du marché (50 % en 2016), les touristes sont aussi à la recherche de sensations nouvelles… notamment maritimes.

Après le développement du low-cost aérien, les croisières sont également plébiscitées. Selon la Cruise Line International Association, on comptait 23,2 millions de croisiéristes dans le monde en 2015 ; et, selon les prévisions, ce chiffre devrait augmenter en 2017, pour atteindre 24,2 millions de passagers.

La croisière au pôle Nord, un tourisme de privilégiés

Mais le développement exponentiel des croisières à bas coûts de ces dernières années a participé à l’évolution du profil… des consommateurs de luxe. Ces privilégiés qui recherchent toujours plus d’exotisme.

Au sens de la chercheuse Danielle Allérès, le luxe inaccessible est alors en jeu. Il a été défini 3 grands niveaux de luxe, le luxe inaccessible, l’intermédiaire et l’accessible.

La croisière en Arctique se situe au plus haut niveau du luxe à savoir qu’elle concerne une classe nantie et distinctive désireuse de se distinguer socialement avant tout. Elle possède un style de vie avec des achats de marque les plus précieuses et elle est animée par un constant souci « de fuite en avant » au niveau des pratiques de consommation (habitat, voyage, parure…). La croisière dans les îles paradisiaques ou en méditerranée, c’est du déjà-vu, place donc au Pôle Nord !

La croisière en Arctique est un « nouveau marché » très prisé des clients. Ceux-ci sont à la fois en recherche d’aventure, de calme et d’une certaine idée du luxe : d’être là où personne ne va, contribuant ainsi à cultiver la distinction.

Même si l’activité existe dans les zones polaires depuis des décennies l’accélération de la fonte de la banquise en Arctique permet une accélération du développement des croisiéristes.

La commande de 4 nouveaux navires avec une capacité de 184 passagers pour la compagnie française du Ponant, le gigantisme du Crystal Serenity avec une capacité d’accueil de 1 000 personnes environ, ou encore les brise-glaces nucléaires russes qui accueillent une centaine de personnes en sont la preuve. La variété des capacités d’accueil de ces navires atteste de la multiplicité de l’offre.

La rencontre avec des ours blancs, l’observation des orques ou encore l’expérience des aurores boréales fait rêver de nombreuses personnes, qui sont prêtes à payer entre 4 000 à 50 000 dollars américains, en fonction du lieu et de la durée de la croisière. La croisière polaire donne aux voyageurs l’opportunité de concilier deux aspects du luxe : la rareté de l’aventure, et le confort du luxe matériel.

Un tourisme risqué qui peut mener à une catastrophe écologique et humaine

Pour rendre ces croisières attractives, les compagnies de croisière misent sur les innovations techniques. Le Ponant a par exemple mis en place un salon qui permet aux passagers de voir sous l’eau et d’entendre la mer, ou encore d’échanger avec des conférenciers lors du voyage. La compagnie Hurtigruten joue la carte « écologique », en utilisant des navires à propulsion hybride. De son côté, Quark Expeditions se différencie de certains de ses concurrents en offrant la possibilité de naviguer sur le plus puissant brise-glace Russe, le 50 Let Pobedy.

Ce qui est d’ailleurs le cas, dans la mesure ou, si la fonte de la banquise permet une navigation plus longue, les risques sont bien réels, comme le rappelle le naufrage du MS Explorer, en novembre 2007.

Le naufrage d’un navire de croisière dans ces zones reculées est considéré comme un scénario catastrophe. Regroupant possiblement, en plus du coût économique lié au naufrage, des pertes humaines et un désastre écologique, dans un environnement vierge et connu pour sa faible résilience à la pollution que provoquent les croisières.

Afin d’être assurables et de garantir une sécurité maximum aux passagers, les navires de croisière doivent répondre à un cahier des charges détaillé pouvant augmenter lourdement la facture de l’investissement ; ce cahier des charges est encadré par un Code Polaire, rédigé par l’Organisation maritime internationale.

Mais, si le risque impacte le coût de la croisière, il est aussi un facteur de motivation supplémentaire pour le consommateur. Il pourrait renforcer le caractère exceptionnel, et donc potentiellement luxueux, de la croisière arctique. En effet, le faste apparent des navires lié à la niche que représente ce marché peut classer ce type de vacances dans une nouvelle catégorie associant le luxe ostentatoire et le luxe extrême qu’offre la rareté.