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Les PME sont moins enclines à licencier que les grandes entreprises

La proximité sociale dans les petites structures rend plus difficile la décision d'un licenciement. Pxhere, CC BY-SA

Depuis le début de l’année 2023, les grandes entreprises de la tech américaine ont multiplié les annonces de suppression de postes : 27 000 chez Amazon, 10 000 chez Microsoft, 10 000 chez Meta, la maison-mère de Facebook. Fin 2022, Elon Musk, nouveau patron de Twitter, annonçait 3 700 licenciements dans le monde.

En quelques mois, plusieurs des géants mondiaux de la tech auront ainsi supprimé entre 5 % et 50 % de leurs effectifs. Les dirigeants de ces entreprises justifient ces décisions par la nécessité de réduire les coûts et améliorer la performance financière dans un contexte de ralentissement économique lié à la hausse des taux d’intérêt et à une baisse de la demande.

Les vagues de licenciements en cas de ralentissement de l’activité économique dans un secteur d’activité, comme aujourd’hui dans la tech, constituent un phénomène couramment observé depuis les années 1980. Si l’on parle de vagues, c’est que les plans de licenciements dans les grandes entreprises semblent résulter d’un certain mimétisme.

Autrement dit, lorsqu’une entreprise annonce un plan de licenciements, ses concurrents font souvent rapidement de même, peut-être par crainte d’être taxés de passivité par leurs actionnaires quand d’autres prennent des décisions difficiles. Une pression à la performance exercée par les actionnaires et les marchés financiers contribuerait donc à expliquer les vagues de licenciements.

Moins de pression sur les PME

Les petites et moyennes entreprises (PME) sont, elles, moins concernées par ce phénomène. Dans un récent article de recherche, nous montrons que la probabilité qu’un licenciement se produise est environ 5 % plus faible que dans les grandes entreprises, un chiffre assez stable dans le temps entre 2011 et 2019.

De surcroît, lorsque le chiffre d’affaires de l’entreprise considéré baisse, la probabilité d’observer des licenciements est également sensiblement plus faible dans les PME que dans les grandes entreprises. Ce n’est que dans les contextes de détresse financière, c’est-à-dire lorsque le risque de faillite devient très important, qu’il n’y a plus de différence entre PME et grandes entreprises. Enfin, lorsqu’un licenciement survient, il est d’une ampleur beaucoup plus faible dans une PME que dans d’autres types d’entreprises.

Comment l’expliquer ? Tout d’abord, contrairement aux grands groupes, la grande majorité des PME n’est pas cotée en bourse, et donc peu soumise à la pression des marchés financiers. De plus, les plus petites organisations sont couramment dirigées par le (ou les) actionnaires-gérants. Dès lors, la décision de licencier est prise au sein des PME directement par l’actionnaire-gérant qui travaille au quotidien directement, et parfois dans les mêmes bureaux que les salariés.

En conséquence, on ne licencie pas aussi facilement des collaborateurs avec qui l’on travaille au quotidien, parfois depuis des années, que des salariés que l’on n’a jamais rencontrés dans sa carrière. La probabilité plus faible de licenciement reflète ainsi une différence profonde qui existe en matière de proximité sociale entre les dirigeants et les salariés de PME d’une part et de grandes entreprises d’autre part.

Un environnement plus sécurisant

Nos travaux montrent donc que cette plus grande proximité sociale qui existe au sein des PME entre dirigeants et salariés est susceptible de protéger davantage ces derniers de licenciements que dans le cas de grandes entreprises. Nous avons fait l’hypothèse que, dans les contextes de baisse de la performance, les dirigeants de PME accordent plus d’importance au devenir de leurs salariés que ne le font les dirigeants de grandes entreprises, car ils se sentent plus proches d’eux. Dès lors, comme la décision de licencier serait plus difficile à prendre au sein des PME, le nombre de licenciements serait réduit.

Les PME représentent donc un environnement de travail plus sécurisant pour les salariés dont l’emploi est moins susceptible d’être remis en question par les variations à court terme de la performance de l’entreprise. Dans la mesure où deux emplois sur trois créés par des PME au sein de l’Union européenne, nos résultats soulignent l’importance économique et sociale d’une population dynamique de PME. Le soutien à leur émergence, à leur survie et à leur développement apparaît donc comme un enjeu majeur pour les pouvoirs publics.

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