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L’attention portée aux expressions faciales (à la fois chez les humains et chez les animaux) est plus importante depuis quelques années, car il s’agit d’un moyen simple, pratique et fiable pour mesurer la douleur. shutterstock

L'expression faciale des chats en dit long sur leur état de santé

Les chats sont de plus en plus populaires comme animaux de compagnie. Les raisons sont nombreuses : ils sont peu exigeants, ils s’adaptent facilement à la vie en appartement et ils sont très propres. Un sondage récent a révélé que la population féline dans les foyers québécois était d’environ 1,8 million.

L’importance croissante que les chats prennent dans nos vies est soulignée par la quantité et la popularité des vidéos et des images de chats sur Internet. Un chat mondialement connu, le « Grumpy Cat », a gagné en popularité en raison de ses expressions faciales uniques. Cependant, pour la plupart des gens, connaître l’humeur d’un chat n’est pas aussi simple que d’observer ce célèbre chat consacré par son apparence grincheuse.

Des études montrent que les expressions faciales sont des moyens de communication et d’expression des émotions et des sentiments tels que la peur, la colère, le bonheur et même la douleur.

Les expressions faciales et la douleur

Les expressions faciales sont observées depuis longtemps pour reconnaître et quantifier la douleur chez les patients humains incapables de s’exprimer verbalement, tels que les nouveau-nés ou patients atteints de déficiences verbales ou cognitives.

Ce n’est que dans la dernière décennie que les chercheurs se sont engagés à étudier systématiquement les expressions faciales des animaux avec la mise au point d » outils tels que des « échelles de grimace ». Les humains ne sont pas les seuls à avoir l’air renfrognés lorsqu’ils souffrent : les animaux manifestent également leur inconfort à travers des changements dans leur visage.

Des échelles pour l’évaluation de douleur à partir des expressions faciales ont été décrites pour plusieurs espèces ; cependant, le chat n’en faisait pas partie. Cela nous a motivés à étudier les expressions faciales des chats.

Un langage commun à plusieurs mammifères

La souris a fait l’objet de la première étude décrivant les expressions faciales de la douleur chez les animaux. Dans cette étude, cinq signes indicatifs de douleur chez la souris ont été détectés. Trois d’entre eux sont similaires aux réponses observées chez les humains : les yeux se ferment, et le nez et les joues se contractent. Les souris tirent davantage leurs oreilles en arrière et elles bougent leurs moustaches.

L’attention portée aux expressions faciales (à la fois chez les humains et chez les animaux) est plus importante depuis quelques années, car il s’agit d’un moyen simple, pratique et fiable pour mesurer la douleur. Surtout, cette méthode d’observation ne dépend d’aucun équipement et ne nécessite pas de formation technique approfondie.


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Des échelles similaires ont désormais été développées pour plusieurs espèces, y compris le rat, le lapin, le cheval, le furet, le porcelet, le mouton et également l’agneau.

Une échelle de grimace pour les chats (« Feline Grimace Scale – FGS »), qui a été récemment publiée par notre groupe de recherche dans la revue scientifique Scientific Reports du groupe Nature Publishing, a été consultée plus de 60 000 fois depuis sa publication en décembre.

A rendre heureux les chats grincheux

Ce ne sont donc pas seulement les vidéos de chats jouant avec des boîtes ou faisant tomber un objet par terre qui attirent l’attention ces jours-ci. La Feline Grimace Scale a été diffusée par plusieurs médias locaux et internationaux pour son important potentiel à aider les vétérinaires à mieux évaluer la douleur.

Elle pourrait aussi être utilisée par les propriétaires de chats pour potentiellement identifier des problèmes de santé et des maladies précoces menant à consulter un vétérinaire.

Avant, on croyait que le chat n’était pas très expressif, mais en étant attentif à ses expressions faciales, il est possible d’observer d’importants changements quand il ressent de la douleur.

L’étude qui a mené à la création de l’échelle de grimace a été réalisée à l’Université de Montréal. Elle portait sur une cinquantaine de chats atteints de différentes maladies admis au Centre hospitalier universitaire vétérinaire de la Faculté de médecine vétérinaire. Avec l’accord de leurs propriétaires, les chats ont été filmés avant et après le soulagement de la douleur. L’échelle a été établie en comparant les images des chats exprimant de la douleur de diverses intensités avec celles d’une vingtaine de chats en bonne santé.

(a) Enregistrement vidéo des chats. Une caméra a été placée entre les barres de la cage et les chats ont été enregistrés sans être dérangés pendant 6 min. (b) Recadrage et sélection d’images. Les fichiers ont été téléchargés sur un ordinateur et des captures d’écran obtenues à partir des vidéos.

Chez le chat souffrant, cinq éléments faciaux ont été identifiés : la position des oreilles, la fermeture des yeux, la tension du museau, la position des moustaches et la position de la tête par rapport aux épaules. La FGS, comme les autres échelles de grimace, est une grille d’évaluation simple qui se concentre sur des zones faciales prédéfinies. L’échelle considère une action particulière comme absente (score de 0), partiellement présente (score de 1) ou présente (score de 2).

La tête dit tout

La FGS est un outil que les vétérinaires à travers le monde pourront utiliser pour évaluer les signes de douleur chez les chats. L’utilisateur peut la remplir après quelques minutes d’observation en évaluant si le chat a les oreilles tournées vers l’avant, légèrement écartées ou rabattues latéralement ; si ses yeux sont ouverts, partiellement fermés ou fermés.

Le museau est un peu plus difficile à observer. En l’absence de douleur, il est détendu et rond, tandis qu’un museau tendu et ovale indique un état douloureux. Le vétérinaire note également si les moustaches sont souples et détendues ou tendues et orientées vers l’avant. Finalement, il note si la tête du chat est soulevée ou si elle a la tendance à s’enfoncer entre ses épaules.

Dans l’ensemble, les scores indiquent si le chat souffre ou non et s’il est nécessaire de le soulager. Plus la note finale s’approche de 10, plus intense est la douleur ressentie par l’animal. L’étude de validation a démontré que la FGS est un outil fiable et précis. L’échelle peut également détecter une réponse au traitement analgésique. Le vétérinaire peut constater si l’administration d’un antidouleur à l’animal a été efficace.

La grille d’évaluation, accompagnée d’un manuel de formation (rédigée en anglais, mais relativement facile à interpréter avec des images et représentations schématiques) sont disponibles en ligne à l’accès libre.

La Feline Grimace Scale est un nouvel outil sur lequel les vétérinaires peuvent compter pour évaluer la douleur avec un potentiel d’utilisation par les propriétaires de chats, qui peuvent eux aussi être attentifs aux signes de douleur chez leurs animaux. Toutefois, face à une suspicion de douleur, il vaudrait mieux consulter un professionnel que d’avoir recours à l’automédication.

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