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La candidate Nikki Haley se tient sur une tribune, avec des drapeaux américains en arrière-plan
La candidate républicaine à l'élection présidentielle, Nikki Haley, lors d'un événement de la campagne républicaine à Raleigh, en Caroline du Nord, le 2 mars 2024. (AP Photo/Chuck Burton)

Malgré sa grande popularité, Nikki Haley ne pourra devenir présidente des États-Unis. Voici pourquoi

Les résultats de la primaire républicaine de la Caroline du Sud, le 24 février, sont tombés quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote : une nouvelle victoire pour Donald Trump.

Dans un État où Nikki Haley a occupé le poste de gouverneure, l’équivalent de première ministre, c’est une terrible défaite. Elle semble confirmer l’inévitable nomination de Trump comme candidat républicain pour l’élection présidentielle de 2024, surtout après une autre défaite, celle du New Hampshire, l’État où elle avait le plus de chance de s’imposer selon les sondages.

Même si Haley a réussi à décrocher une victoire dans le District de Colombia, cela n'a rien changé à la course. Sa campagne s'est terminée après le super mardi (« super tuesday »), alors que 15 États se sont prononcés pour cette course électorale. Statistiquement, les résultats n'officialise pas la nomination de Trump. Mais cela semble n’être qu’une question de temps. La Cour suprême vient par ailleurs de confirmer l’éligibilité de Trump à se présenter à l’élection présidentielle.

Pourtant, malgré cette défaite annoncée, c’est Nikki Haley qui sort du lot dans les sondages pour la présidentielle à venir.

Comment expliquer un tel décalage ?

Étudiant au doctorat en communication politique à l’Université de Montréal, mes recherches portent principalement sur la politique américaine, notamment sur les élections de grande envergure et la transformation du Parti républicain.


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Nikki Haley prend un selfie avec des partisans
La candidate républicaine à la présidentielle, Nikki Haley, se tient au milieu de la foule après avoir pris la parole lors d’un événement de la campagne républicaine à Raleigh, en Caroline du Nord, le 2 mars 2024. (AP Photo/Chuck Burton)

Nikki Haley, en avance sur Trump et Biden !

Un récent sondage comparant Nikki Haley à Joe Biden dans un hypothétique duel présidentiel révélait un avantage de plus de 15 points de pourcentage pour la candidate républicaine.

Certes, la moyenne des sondages ne permet pas de témoigner d’un écart aussi grand pour Haley face au président Biden. Mais elle récolte tout de même un avantage plus important que son homologue du même parti avec une marge d’environ 4,9 %, contre 1,5 % pour Trump.

Ainsi, au sein des candidatures importantes encore en lice, Haley serait fort probablement celle qui récolterait le plus de support lors de la prochaine élection présidentielle.

Mais au sein de son propre parti, Haley traîne en moyenne sur Donald Trump par plus de 60 points de pourcentage.

Ce qui fait toute la différence, ce sont les électeurs affiliés à aucun des deux grands partis traditionnels, c’est-à-dire, le vote indépendant.

Les résultats du New Hampshire le confirment : si cet État était considéré comme le plus avantageux pour Haley, c’était notamment par l’importante présence (près de 40 %) d’électeurs et d’électrices indépendantes.

Par ses politiques plus modérées, Haley parvient à rejoindre cette partie de l’électorat, expliquant ainsi sa popularité dans les sondages nationaux.

Donald Trump, debout, les poings serrés, avec un drapeau américain en arrière-plan
Le candidat républicain à la présidence, Donald Trump, lors d’un rassemblement de campagne, le 2 mars 2024, à Richmond, en Virginie. (AP Photo/Steve Helber)

Mais le problème pour l’ancienne gouverneure de la Caroline du Sud est le support, ou plutôt, l’absence de support au sein de l’électorat républicain. Face à Trump, elle cumule seulement le quart des membres de son propre parti dans les primaires du New Hampshire et de la Caroline du Sud, les deux courses où elle était le mieux positionnée.

Les Américains ne souhaitent pas un autre duel Trump-Biden

Malgré tout, Haley a continué de s’accrocher, répétant que la majorité des Américains et Américaines ne souhaitent pas revoir un duel entre Trump et Biden, et se présentant ainsi comme l’alternative.

En effet, un sondage de 2023 permettait de cristalliser cette tendance, alors qu’environ six personnes sur dix indiquaient que Trump ne devrait pas se présenter à la prochaine élection présidentielle. Pour ce qui est de Biden, la proportion montait à sept personnes sur dix.

D’un côté, l’ancien président républicain cumule les procès criminels et perpétue le mensonge que l’élection de 2020 lui aurait été volé. Son rôle dans l’insurrection du 6 janvier 2021, son incivilité politique et sa tendance vers l’autocratique motivent aussi le sentiment négatif face à la réélection du 45e président des États-Unis.

De l’autre, l’âge de Joe Biden mine la crédibilité de sa candidature et semble de plus en plus inquiéter l’électorat américain. La majorité des membres de son parti pense qu’il ne devrait pas se représenter. De récents moments de confusion dans son discours ont contribué à alimenter l’aura de faiblesse autour de l’actuel président.

Joe Biden est debout, un livre sous le bras, dans un kiosque
Le président Joe Biden s’adresse aux médias avant de monter à bord de Marine One, à la Maison Blanche, le 1ᵉʳ mars 2024. (AP Photo/Andrew Harnik)

Même si Biden et Trump sont relativement du même âge, ce facteur se fait beaucoup plus ressentir chez le démocrate, contribuant à ternir l’image de sa potentielle réélection.

Un système politique au bord de la rupture

Pourquoi Haley est-elle restée si longtemps dans la course aux primaires malgré sa position désavantageuse ?

Un élément de réponse repose sur ses ressources financières. Alors qu’elle se positionne désormais comme la figure de proue du mouvement anti-Trump, elle attire le soutien de nombreux donateurs et donatrices. Cela lui a permis à la fois de poursuivre sa campagne, mais aussi de la légitimer.

En fait, Nikki Haley apparaît de plus en plus comme le symbole de la défaillance du système politique américaine : une présidente que les États-Unis ne peuvent pas avoir.

L’incapacité de Haley de remporter les primaires républicaines vient du fait que ces élections, de plus faible importance, attirent de faibles taux de participation. Ainsi, une minorité mobilisée, les partisans de Trump dans ce cas-ci, parvient à imposer sa volonté sur ce processus électoral, contribuant ainsi à l’émergence d’une frange plus radicale au sein du parti. La situation particulière de Trump, rare président à se présenter pour un deuxième mandat non consécutif, contribue aussi à sa popularité et au sentiment d’inévitabilité de son élection pour représenter le Parti républicain aux prochaines présidentielles.

Ainsi, Haley ne peut concrétiser sa popularité électorale face à un système politique qui impose un bipartisme presque inéluctable. Il ne lui offre aucune réelle manière de se faire élire.

Marqué par le contexte actuel d’une polarisation de plus en plus importante, le système politique américain apparaît être sur le point de céder. Même la candidature de Biden, malgré son âge, en témoigne. Le président actuel, qui représente une frange plus modérée du Parti démocrate, semble incarner la seule candidature capable de rallier le pays contre Trump. Mais chaque jour, il devient le plus vieux président de l’histoire des États-Unis.

Ultimement, malgré l'impossibilité de l’élection de Nikki Haley comme représentante du Parti républicain pour la présidentielle de 2024, la candidate symbolise avant tout quelque chose qui dépasse les lignes partisanes : un système politique malade. Si les solutions à cette situation apparaissent limitées, osons croire que 2028 laissera place à l’élaboration de nouvelles possibilités.

En raison de leur âge respectif, et de la constitution qui limite à deux les mandats présidentiels, ni Trump ni Biden ne devraient se représenter aux prochaines élections. Les cartes commencent déjà à être brassées pour la suite des choses. Nikki Haley incarne ainsi l’espoir d’un nouvel avenir, mais dont la concrétisation demeure plus qu’incertaine.

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