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Peut-on être allergique au wifi ?

Une forêt d'antennes sur la ville connectée. Electronic Frontier Foundation/flickr, CC BY

Peut-on être allergique au wifi ?

Les champs électromagnétiques sont partout autour de nous. Produit par la Terre et le soleil, ils font partie de notre environnement naturel. Mais, avec la montée en puissance des nouvelles technologies, ils tendent à envahir notre quotidien.

Téléphones mobiles, wifi, ordinateurs personnels, compteurs électriques intelligents, radio, télévision et même télécommandes, tous émettent ce type d’énergie électromagnétique. Et, au fil des jours, s’installent toujours plus d’antennes de téléphonie mobile et de stations wifi.

Comme par exemple dans les cafés, les restaurants, les bibliothèques, les hôtels et même dans les parcs et certains centres urbains qui proposent aujourd’hui couramment une connexion gratuite. Avec ces nouvelles infrastructures, il devient donc de plus en plus difficile d’éviter d’être exposé aux champs électromagnétiques.

D’où la question que chacun peut se poser : qu’est ce que tout cela signifie pour notre santé ?

Le sujet est aujourd’hui sur le devant de la scène après une décision judiciaire récente, que l’on a présentée comme « majeure » : le cas d’une Française qui a reçu une compensation en raison de son allergie au wifi.

Martine Richard souffre de ce qu’on appelle l’hypersensibilité électromagnétique. Un tribunal lui a accordé une allocation pour adulte handicapé car des symptômes, qu’elle attribue à l’énergie électromagnétique, l’empêchent de travailler. Une décision prise malgré qu’il n’y ait aucun consensus scientifique sur une éventuelle relation entre l’exposition à ces champs électromagnétiques et les symptômes existants.

Le wifi dans la peau, ici à Montréal. Christian Liboiron/flick, CC BY-NC

Alors, qu’est-ce donc cette électro-hyper-sensibilité (ou EHS) ? Que savons-nous, qu’ignorons-nous, sur cet état ? Et qu’est-ce que cette affaire signifie pour l’avenir ?

L’électrosensibilité, c’est quoi ?

L’EHS s’avère être un état de santé complexe. Ceux et celles qui s’en plaignent présentent une variété de symptômes qui ne sont pas spécifiques : par exemple, des maux de tête, des nausées ou des troubles du sommeil, lorsque la personne est proche de dispositifs qui émettent des champs électromagnétiques. Dans les cas les plus sérieux, l’EHS peut avoir d’importants impacts négatifs qui interdisent aux électrosensibles de travailler, voire même d’où vivre dans la société moderne. La prévalence de l’EHS varie largement selon les endroits. Mais il semble que, de façon générale, le nombre de patients présentant des symptômes qu’ils attribuent à l’exposition aux champs électromagnétiques est en augmentation.

Il ne fait aucun doute que les symptômes ressentis sont réels. Mais un fait demeure : il n’y a pas de critères diagnostiques clairs pour ce problème. Il s’agit donc d’un trouble auto évalué qui n’a, pour le moment, pas de fondement médical ou scientifique.

Que dit la science ?

Les chercheurs n’ont jamais pu établir de lien de causalité entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes rapportés par les électrosensibles, ou, plus généralement, leur santé. Cela soulève une question : si ce n’est pas l’énergie électromagnétique, alors qu’est-ce qui cause ce trouble et ses symptômes associés ?

Une possibilité d’explication réside dans ce que l’on appelle l’effet nocebo. Le mot se rapporte à l’influence exercée sur une personne par ses propres attentes ou perceptions. Dans le cas de l’EHS, il s’agirait, chez les personnes touchées, d’une croyance sur la nocivité de l’énergie électromagnétique. Par conséquent, quand elles sont entourées de dispositifs émetteurs, elles pensent qu’elles vont se sentir mal, et elles le sont.

L’émergence d’un effet nocebo prend tout son sens lorsque l’on voit comment est forte la couverture médiatique sur le sujet, ainsi que la pression mise par ceux qui s’estiment électrosensibles. La grande majorité des propos que l’on entend à propos de l’EHS la définit comme étant causée par les champs électromagnétiques créés par l’activité humaine. Ces points de vues, exprimés constamment, perpétuent et renforcent la croyance que ces champs sont nocifs en dépit des preuves scientifiques.

La controverse demeure quant à la cause réelle de l’EHS. Il est clair qu’il faut plus de recherches afin, d’une part, d’apporter des éléments de preuve supplémentaires démontrant que les champs électromagnétiques ne sont pas responsables des symptômes de l’électrosensibilité, et, d’autre part, de fournir la preuve d’une autre cause (comme l’effet nocebo).

Ce champ de recherche progresse, témoins nos propres études au Centre australien pour la recherche sur les effets électromagnétiques. Nous avons pour objectif de répondre à certaines des critiques qui ont portées sur des études antérieures. Jusqu’à qu’une cause soit établie, le traitement de ce trouble demeurera un défi.

Rechercher la vérité

Mais indépendamment de l’aspect scientifique, qu’est-ce que la décision récente en France signifie ? aura-t-elle un impact sur les décisions futures dans ce domaine ? Il est important de noter que, malgré la compensation financière qui a été attribuée, le tribunal n’a pas déclaré que l’EHS était une maladie. Cependant, on peut être préoccupé par le fait que cette affaire créé un précédent et que le manque de preuves scientifiques risque de ne pas être pris en compte par tous ceux qui veulent légitimer EHS comme une affection causée par les ondes électromagnétiques.

Peut-être le véritable désastre, dans cette histoire, est l’impact potentiel d’une telle décision sur la recherche de la vérité. Elle fournit du carburant aux médias et aux lobbyistes pour interpréter faussement cette décision comme étant une relation de cause à effet, sur la base de leurs propres motivations.

Cela peut aussi potentiellement bloquer les recherches qui cherchent à découvrir la véritable cause de l’EHS. Or, sans le travail des scientifiques, l’aide et le traitement nécessaires à ceux qui souffrent d’électrosensibilité resteront probablement difficiles à atteindre.

This article was originally published in English