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Des partisans applaudissent le président américain Donald Trump lors d'un rassemblement au Nevada, le 13 septembre 2020. (AP Photo/Andrew Harnik)

Pourquoi les inconditionnels de Trump ignorent ses mensonges

C’est la pagaille aux États-Unis.

La Covid-19 échappe à tout contrôle dans de nombreuses régions du pays. Les manifestations « Black Lives Matter » perturbent les villes et sont parfois elles-mêmes perturbées par des contre-manifestations. Le débat sur le contrôle des armes à feu se poursuit dans tout le pays, les tornades, les ouragans et les incendies semblent augmenter en nombre et en force chaque année.

La situation pourrait-elle encore empirer ? Oui, c’est possible, en grande partie à cause des électeurs de base de Donald Trump.

Qui sont ces gens et pourquoi est-il possible, voire probable, qu’ils aggravent la situation ?

Les quelque 20 pour cent d’Américains qui suivent Trump quoi qu’il arrive, contrairement à un peu plus 20 pour cent de la population qui votent pour lui parce qu’ils sont républicains ou qu’ils pensent qu’il réduira leurs impôts, sont en bonne partie des gens oubliés, ignorés, qui ne se sentent pas respectés.

Au début du XXe siècle, les habitants du Sud et de l’Ouest des États-Unis étaient mécontents du gouvernement fédéral, largement contrôlé par les politiciens du nord-est du pays.

L’Ouest était sous-peuplé et se sentait ignoré ; le Sud était en colère à cause de sa défaite lors de la guerre de Sécession, des conditions difficiles de la Reconstruction et de la fin de l’esclavage, qui avait longtemps soutenu son économie.

L’Ouest, en particulier la Californie et le Texas, est aujourd’hui une puissance économique et ne se sent plus ignoré. Chez les gens du Sud, cependant, il existe encore un ressentiment parce que leurs points de vue ne sont pas reflétés dans les politiques nationales. Trump a essayé d’alimenter ce ressentiment en défendant les statues des héros confédérés et en gardant les noms des officiers sudistes sur les bases militaires.


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Chrétiens évangéliques

Les partisans de Trump forment une alliance diversifiée. Les gens du Sud qui se sentent ignorés ne sont qu’une faction au sein d’une vaste alliance de citoyens qui estiment que le gouvernement national ne répond pas à leurs besoins. Les chrétiens évangéliques constituent un autre groupe facilement identifiable de cette alliance.

Les gens qui n’habitent pas aux États-Unis ne se rendent généralement pas compte de la place du christianisme évangélique dans ce pays et sont souvent perplexes devant les nombreuses références à Dieu dans les discours politiques, en particulier ceux des politiciens fédéraux.

Sur cette photo de janvier 2020, on voit des leaders religieux prier avec le président Donald Trump lors d’un rassemblement de partisans évangéliques à l’église King Jesus International Ministry à Miami. AP Photo/Lynne Sladky

Ils font ainsi référence à l’idée que les Américains sont le peuple élu de Dieu. Il ne s’agit cependant pas d’un groupe homogène, malgré les généralisations présentées dans les médias. Tous ne sont pas contre l’avortement et les homosexuels, mais beaucoup ont le sentiment que leur pays est en train de vivre un recul moral.

Cela explique pourquoi une partie de ce mouvement soutient un président qui est presque assurément un infidèle invétéré : ses discours et ses actions correspondent à leurs préoccupations.

Trump a été le premier président à participer à la Marche pour la vie annuelle en janvier dernier, et ses partisans ont salué le fait qu’il ait nommé des conservateurs sociaux à la Cour suprême, ce qui pourrait rendre possible l’annulation de l’arrêt Roe contre Wade, qui a légalisé l’avortement.

Les xénophobes, ces défavorisés sur le plan économique

Un autre groupe de partisans purs et durs sont convaincus que les États-Unis sont attaqués par des étrangers, comme les ressortissants d’Amérique centrale qui traversent la frontière sud. Ils croient également à tort que les Chinois ont envoyé la Covid-19 pour tuer les Américains.

Il y a soixante ans, ces partisans auraient été dans le camp « mon pays, à tort ou à raison » et auraient appuyé la participation américaine à la guerre du Vietnam. Ils considèrent qu’ils soutiennent les valeurs américaines traditionnelles, la libre entreprise, le travail acharné et la société blanche contre les changements destructeurs.

C’est pour ces gens que Trump a promis un mur le long de la frontière sud pour empêcher des « violeurs » d’entrer, qu’il parle souvent du « virus chinois » et dit des choses gentilles sur les contre-protestants, excusant même les actes de Kyle Rittenhouse, ce jeune accusé d’avoir tué deux personnes lors d’une manifestation de « Black Lives Matter » dans le Wisconsin.

Parmi les partisans de Trump, ceux à qui l’on offre souvent le plus d’attention sont les abandonnés de l’économie. Lorsque Trump a été élu, certains médias se sont empressés d’avancer que ses partisans manquaient d’éducation et étaient incapables de comprendre que Trump mentait, embellissait la vérité et attisait le sectarisme.

Des partisans attendent que Trump prenne la parole lors d’un rassemblement au Nevada le 13 septembre 2020. AP Photo/Andrew Harnik

Cette affirmation est injuste sur plusieurs plans.

D’une part, comme les entreprises délocalisent leur production et que l’économie américaine repose de plus en plus sur les emplois dans le domaine de la haute technologie, des travailleurs des mines de charbon de la Virginie-Occidentale ou des zones industrielles du Midwest se sont retrouvés au chômage.

Il est naturel qu’ils soutiennent un président qui impose des droits de douane à des pays étrangers, dont la Chine et le Canada, dans l’espoir que les emplois manufacturiers reviennent aux États-Unis.

Il n’est pas surprenant que les gens qui croient à la mort du rêve américain « travaillez dur et vous réussirez » en aient assez des politiciens du Capitole qui paraissent ne s’intéresser qu’au pouvoir. Ils se sont donc tournés vers un populiste, quelqu’un qui semble les comprendre. Beaucoup d’entre eux ne se soucient pas des mensonges de Trump ; tout ce qu’ils souhaitent, c’est qu’il parle de leurs problèmes.

Les personnes qui ont des difficultés financières ne sont pas que des ouvriers manufacturiers ou industriels avec un faible niveau d’éducation. Des travailleurs à revenu moyen ont aussi été touchés par la crise de l’industrie, qui a entraîné un ralentissement régional de l’économie.

L’industrie de l’information

Il y a cinquante ans, une partie importante de la population américaine écoutait tous les soirs le journal télévisé sur l’une des trois chaînes de télévision où un présentateur de confiance leur lisait les nouvelles. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui choisissent CNN ou Fox, ce qui rappelle à bien des égards les journaux du XIXe siècle qui soutenaient un parti politique et présentaient les informations de manière à l’avantager.

On voit ici, de gauche à droite, les vedettes de Fox News Tucker Carlson, Laura Ingraham et Sean Hannity. Les trois s’adressent à de trois à quatre millions de personnes chaque soir de la semaine et offrent une défense à fond de train de Trump. AP Photo

Évidemment, cette approche renforce les opinions du public sur ce qui se passe aux États-Unis. Les réseaux traditionnels ont perdu leurs vastes audiences des années passées et la plupart des bulletins locaux proposent désormais de l’infodivertissement.

Beaucoup de gens, même ceux qui ne regardaient pas les nouvelles dans le passé, vont maintenant s’abreuver sur Internet, source d’une grande partie des « fausses nouvelles » qui, selon le président Trump, circulent dans les médias grand public, mais qui proviennent en réalité des fraudeurs sur Internet.

Combien de fois, par exemple, avons-nous entendu dire que la Covid-19 était une arme biologique chinoise envoyée pour détruire la population américaine ?

Peut-on attribuer le soutien à Trump au manque d’éducation alors que la vision du monde des personnes éduquées est également renforcée par ce qu’elles voient sur Internet ou sur une chaîne d’information sur le câble ?

Ajoutez à cela un certain nombre de militants pour un gouvernement réduit et une baisse des impôts, et l’on obtient des partisans purs et durs de Trump.

La violence est-elle envisageable ?

Beaucoup de ceux qui s’identifient à ces différents groupes se retrouvent dans plusieurs catégories, comme ces chrétiens évangéliques qui sont en colère contre la désindustrialisation des États-Unis.

Pourquoi les partisans de Trump risquent-ils d’aggraver la situation à la prochaine élection ?

La réponse est assez évidente. Lorsqu’un groupe estime qu’on lui a refusé quelque chose d’essentiel pendant longtemps, ses membres protestent. Si la protestation n’apporte toujours pas de changement, certains ou tous pourraient avoir recours à la violence pour tenter d’imposer le changement.

Parmi les partisans de Trump, il y a ceux qui se contenteront de voter pour lui, ceux qui manifesteront pour lui — ce que Trump encourage — et ceux qui utiliseront la violence pour assurer la réélection de l’homme qu’ils considèrent comme leur seul sauveur potentiel. La violence est une possibilité réelle à mesure que la campagne progresse.

Si Trump perd contre Joe Biden, le nouveau président devra rapidement faire preuve de sympathie envers les enjeux économiques pour lesquels se bat le mouvement pro-Trump et d’empathie pour les objectifs plus litigieux des partisans de Trump, sinon il est presque certain que la violence ira en s’intensifiant.

This article was originally published in English

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