Un hôtel abandonné dans la ville ukrainienne de Pripyat, à quelques kilomètres de Tchernobyl. Shutterstock

Pourquoi les plantes ne meurent pas de cancer

Le tragédie de Tchernobyl, en 1986, récemment relancée par la très populaire émission de télévision du même nom, a causé des milliers de cancers et a transformé un territoire autrefois peuplé en une zone fantôme. La zone d'exclusion fait aujourd'hui 2600km².

Mais ce territoire n'est pas dénué de vie, tant s'en faut: 33 ans après la catastrophe, la nature se porte fort bien! Les loups, les sangliers et les ours sont retournés dans les forêts luxuriantes entourant l'ancienne centrale nucléaire. Et pour ce qui est de la végétation, toutes les plantes, sauf les plus vulnérables et les plus exposées, ont survécu. Même dans les zones les plus radioactives de la zone, la végétation s'est rétablie en trois ans.

Des humains et d'autres mammifères et oiseaux seraient morts plusieurs fois s'ils avaient reçu le même rayonnement que les plantes des zones les plus contaminées. Alors, comment la vie végétale peut-elle être si résistante aux radiations et aux catastrophes nucléaires ?

Les plantes s'adaptent mieux

Pour répondre à cette question, nous devons d'abord comprendre comment le rayonnement des réacteurs nucléaires affecte les cellules vivantes. La matière radioactive de Tchernobyl est « instable » parce qu'elle dégage constamment des particules et des ondes à haute énergie qui brisent les structures cellulaires ou produisent des réactions chimiques qui attaquent le fonctionnement des cellules.

La plupart des parties endommagées de la cellule sont remplaçables… sauf l'ADN. À des doses de rayonnement plus élevées, l'ADN se brouille et les cellules meurent rapidement. Des doses plus faibles peuvent causer des dommages plus subtils sous la forme de mutations modifiant le mode de fonctionnement de la cellule, par exemple en la rendant cancéreuse, en la multipliant de façon incontrôlable et en la propageant à d'autres parties du corps.

Chez les animaux, dont les êtres humains, ces dommages sont souvent fatals, parce que leurs cellules et leurs systèmes sont très spécialisés et rigides. Il faut voir la biologie animale comme une machine complexe dans laquelle chaque cellule et chaque organe a une place et un but. Toutes les parties doivent travailler et coopérer pour que l'individu survive. Un être humain ne peut se passer d'un cerveau, d'un cœur ou de poumons.

Les plantes, cependant, se développent d'une manière beaucoup plus flexible et organique. Parce qu'elles ne peuvent pas bouger, elles n'ont d'autre choix que de s'adapter aux circonstances dans lesquelles elles se trouvent. Plutôt que d'avoir une structure définie comme l'animal, les plantes inventent au fur et à mesure. Leurs racines deviendront plus profondes ou leurs tiges plus hautes dépendant des signaux chimiques qui proviennent d'autres parties de la plante, soumises aux conditions de lumière, de température, d'eau et de nutriments.

Les arbres ont envahi la zone entourant l'ancienne centrale nucléaire. Fotokon/Shutterstock

Contrairement aux cellules animales, presque toutes les cellules végétales sont capables d'en créer de nouvelles de tout type dont la plante a besoin. C'est pourquoi un jardinier peut faire pousser de nouvelles plantes à partir de boutures, de tiges ou d'une feuille.

Tout cela signifie que les plantes peuvent remplacer leurs cellules ou tissus morts beaucoup plus facilement que les animaux, que les dommages soient dus à l'attaque d'un animal ou à la radiation.

Bien que les rayonnements et d'autres types de dommages à l'ADN puissent causer des tumeurs chez les plantes, les cellules mutantes ne peuvent généralement pas se propager d'une partie de la plante à une autre comme le font les cancers, grâce aux parois rigides et interconnectées qui entourent les cellules végétales. Dans la grande majorité des cas, ces tumeurs ne sont pas non plus fatales, car la plante peut trouver des moyens de contourner le tissu défectueux.

Les parois rigides et interconnectées des cellules végétales les rendent résistantes au cancer. Rattiya Thongdumhyu/Shutterstock

Il est intéressant de noter qu'en plus de cette résistance innée aux rayonnements, certaines plantes de la zone d'exclusion de Tchernobyl semblent utiliser des mécanismes supplémentaires pour protéger leur ADN, modifier leur chimie pour devenir plus résistantes aux dommages, et se réparer si cela ne fonctionne pas. Les niveaux de rayonnement naturel à la surface de la Terre étaient beaucoup plus élevés dans un passé lointain, lorsque les premières plantes évoluaient, de sorte que celles de la zone d'exclusion pourraient tirer parti d'adaptations qui remontent à cette époque pour survivre.

Un nouveau souffle de vie

La vie est maintenant florissante autour de Tchernobyl. Les populations de nombreuses espèces végétales et animales sont en fait plus importantes qu'elles ne l'étaient avant la catastrophe.

Étant donné les pertes tragiques et les nombreuses maladies associées à Tchernobyl, cette résurgence de la nature a de quoi surprendre. Les rayonnements ont des effets manifestement nocifs sur la vie végétale. Mais elle continue de prospérer.

Ce qui est fondamental, c'est que l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl a été moins dommageable sur la faune et la flore que la présence des humains sur leur territoire. Aujourd'hui, il s'agit de l'une des plus grandes réserves naturelles d'Europe. L'écosystème abrite plus de vies qu'auparavant, même si ces vies, prises individuellement, durent un peu moins longtemps.

D'une certaine manière, la catastrophe de Tchernobyl révèle l'ampleur réelle de notre impact environnemental sur la planète. En nous éloignant de cette région, nous avons créé un espace qui a permis un retour de la nature.

This article was originally published in English