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Produits « biosourcés » : greenwashing ou plus-value environnementale ?

Main qui tiennent des fibres de lin
Un homme contrôle des fibres de lin dans l'usine de fabrication d'Emmanuel Lang à Hirsingue, dans l'est de la France, le 8 novembre 2021. En Alsace, une chaîne complète de production de lin textile a été relocalisée, pour fournir des vêtements 100% français aujourd'hui, et créer des matériaux composites demain. Sébastien Bozon / AFP

La mention « biosourcé » se multiplie sur les emballages, mais qu’y a-t-il derrière ce terme ? Un produit est dit « biosourcé » lorsqu’il est issu – entièrement ou en partie – de biomasse, c’est-à-dire de ressources agricoles, forestières ou marines. La France jouit d’un gisement considérable puisqu’une très grande partie de son territoire est couvert de forêts ou de surfaces agricoles (plus de 80 %).

Rappelons toutefois que l’usage des matières biosourcées n’est pas nouveau, nos ancêtres y avaient déjà recours il y a des milliers d’années – le chanvre pour fabriquer des cordes, le lin pour les bandages des momies, le bois pour construire des maisons et des bateaux, la paille pour s’isoler du froid, l’huile d’olive pour le savon de Marseille, la garance pour la teinture ou encore le cuir pour confectionner des vêtements et des chaussures…

Les produits pétrosourcés ont ensuite pris le pas pendant des décennies, jusqu’à ce que l’épuisement des ressources et la prise de conscience des pollutions engendrées et du changement climatique nous poussent à nous y intéresser à nouveau. C’est en effet le principal motif qui justifie leur actuel regain : ils constituent une alternative précieuse aux ressources non renouvelables, pétrolières mais également minérales.

D’autres bénéfices liés à leur usage s’observent au cas par cas : stockage de carbone, allègement des matériaux, diminution de la toxicité (colles moins émettrices de COV), baisse de l’écotoxicité (lubrifiants agricoles, crème solaire)… Par ailleurs, ils répondent aussi à un enjeu de souveraineté en valorisant une ressource nationale, et peuvent présenter des avantages techniques par rapport à leurs équivalents conventionnels.

Pour autant, il reste important de pouvoir vérifier cette plus-value environnementale, qui n’est pas systématique. De nombreuses confusions sont également possibles autour des produits biosourcés, il est donc utile de lever quelques idées reçues sur le sujet.

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Le biosourcé, partout autour de nous

Le biosourcé peut être mobilisé dans n’importe quel secteur. On observe en priorité sa présence dans le bâtiment : construction en bois (qui concerne environ 1 logement sur 15 en France, isolants biosourcés, matériaux d’aménagement d’intérieur, peintures. D’autant plus que ces produits sont largement encouragés par la réglementation, que ce soit par la loi climat et résilience ou la réglementation environnementale 2020, qui entend limiter l’impact carbone des constructions – entre autres par le recours au biosourcé.

Le « béton » de chanvre est utilisé comme matériau de construction. Isohemp, Author provided (no reuse)

On les retrouve aussi dans les équipements de transport comme les voitures (matériaux composites). Autres secteurs historiques du biosourcé, les emballages (les palettes en bois ou le carton par exemple), mais également l’habillement. Dans ce dernier domaine, le coton est la fibre biosourcée majoritaire mais le lin et le chanvre, qui sont des substituts locaux avec moins d’impacts, sont à nouveau recherchés.

Et enfin ils sont en grande proportion, dans l’hygiène de maison (détergent) et humaine, notamment les cosmétiques, très souvent fabriqués à partir d’extraits de plantes.

Biosourcé, biodégradable, bio ?

Levons à présent quelques confusions sur le biosourcé, en particulier liées au préfixe « bio » et à la multiplication, en général, des mentions environnementales, qui rend parfois difficile d’y voir clair.

Précisons en premier lieu qu’un objet biosourcé n’est pas forcément constitué à 100 % de carbone biosourcé. Dès lors qu’il en contient, même un très faible pourcentage, il peut se présenter comme biosourcé. En général, les industriels n’abusent pas de cette mention, mais les dérives sont possibles, c’est pourquoi il est leur est recommandé de préciser le pourcentage sur l’emballage.

Il ne faut pas confondre le biosourcé, qui fait référence à l’origine du produit, et le biodégradable, qui concerne sa fin de vie. Un produit biosourcé peut ne pas être biodégradable – une bouteille en PET (polytéréphtalate d’éthylène) biosourcé – et un produit pétrosourcé l’être – un sac de compost en PBAT (polybutylène adipate téréphtalate). Par ailleurs, il est à noter que la fin de vie et en particulier le recyclage peuvent parfois être complexifiés pour les matériaux composites (association de plusieurs matériaux). C’est le cas lorsqu’un plastique est mélangé avec des fibres végétales.

Les produits biosourcés peuvent laisser croire, parce qu’ils sont souvent présentés comme « naturels », qu’ils sont nécessairement bons pour la santé. Cette non-toxicité n’a rien de systématique : rappelons que la nature contient des molécules toxiques (venins, champignons…), et que certains produits biosourcés ne sont pas si « naturels » : ils peuvent tout à fait être passés par un cycle industriel et avoir été largement modifiés – c’est le cas des plastiques biosourcés. Et même s’ils apparaissent peu transformés, il est possible qu’ils aient subi des traitements toxiques – comme les textiles d’ameublement, qui sont traités au feu, par exemple.

Enfin, ne mélangeons pas biosourcé et « bio » : la biomasse qu’il contient peut résulter ou non d’une agriculture biologique.

L’indispensable analyse cycle de vie

Au-delà de ces confusions sémantiques, il faut s’interroger sur la plus-value environnementale du biosourcé, qui n’est pas systématique. Le fait d’utiliser de la biomasse en substitution d’une matière non renouvelable est un levier possible pour réduire l’impact environnemental d’un produit. Néanmoins, la réalité de cette réduction dépend de nombreux facteurs et doit donc, au cas par cas, être passée au crible d’une analyse de cycle de vie rigoureuse.

Prenons un exemple : le stockage du carbone dans les objets biosourcés, notamment pour ceux en bois, est souvent évoqué comme l’une de leurs vertus. Cela vaut seulement si le produit a une longue durée de vie. Tant que le carbone est dans un produit, il n’est pas dans l’atmosphère et ne contribue pas au changement climatique. Un gobelet en carton à usage unique stockera du carbone sur une très courte durée, sans effet sur le climat. Il s’agit donc de mesurer les effets tout au long du cycle de vie et d’approfondir l’écoconception afin de prendre en compte en amont, comme pour les autres produits, les impacts environnementaux.

Sans une démarche d’ACV, il peut être difficile d’affirmer qu’il n’y a pas eu de transfert de pollution : l’impact peut être ailleurs si le procédé utilisé consomme beaucoup d’énergie – surtout si elle est fossile. Cela doit aussi s’accompagner d’une réflexion sur l’utilisation : le produit est-il vraiment nécessaire ? L’Agence de la transition écologique (Ademe), qui accompagne ce type de projets, privilégie les usages à enjeu, tels que le bâtiment ou les transports.

Même s’il n’est pas lié au caractère biosourcé d’un produit, l’Écolabel européen est un label de confiance, reconnu. Il permet aux consommateurs d’identifier facilement les produits les plus respectueux de l’environnement en prenant en compte l’impact sur tout le cycle de vie du produit, mais aussi leur performance à l’usage.

Biomasse, un équilibre à préserver

Comme évoqué en introduction, les produits biosourcés répondent enfin un enjeu de souveraineté, en favorisant le recours à la biomasse produite sur le territoire, dans l’idée de relocaliser des filières plus résilientes et des chaînes d’approvisionnement plus robustes en cas d’aléas ou de crise.

Pour autant, que la biomasse mobilisée soit locale ne doit pas empêcher de s’interroger sur sa potentielle concurrence avec les surfaces dédiées à l’alimentation. Cet aspect doit être systématiquement considéré, afin d’éviter qu’une surface de terres trop importante soit exclusivement consacrée à des cultures non alimentaires.

L’enjeu et les surfaces concernées pour des produits biosourcés ne sont bien sûr pas les mêmes que pour l’énergie – dont les débats sur les biocarburants sont un exemple parlant – ou la viande. Mais il demeure essentiel de garder une visibilité sur le développement, à terme, de chaque filière biosourcée : quelle surface doit-elle représenter pour préserver l’équilibre entre les différents usages ?

La forêt a d’autres fonctions que la production de biomasse. Tristan B./Unsplash

À l’Ademe, nous vérifions ainsi que les projets que nous accompagnons n’excèdent pas les capacités de production des régions dans lesquelles ils sont implantés : qu’il n’y a pas de conflits d’usages évidents. Cette préoccupation implique aussi de valoriser au maximum les co-produits : un arbre ne sera pas entièrement mobilisé pour la seule construction bois, il faut donc que les chutes soient dédiées à d’autres usages (ameublement, panneaux, papeterie, énergie).

Au-delà de l’alimentation, il s’agit d’équilibrer les différents usages de la biomasse : elle n’est pas qu’une ressource dont on tire un produit, mais a également des fonctions de puits de carbone, de refuges pour la biodiversité ou encore de loisirs (dans le cas des forêts). N’oublions pas que la condition préalable est de prendre soin de l’écosystème. Au risque, sinon, de perdre à l’avenir cette biomasse et d’accélérer le dérèglement climatique en prétendant le combattre.

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