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Photos of two men side by side.
Rappers Kendrick Lamar (left) and Drake have released a series of diss tracks attacking each other recently as part of a growing feud. (AP Photo)

Querelle Drake-Kendrick Lamar : Que dit la loi sur les paroles diffamatoires ?

La querelle entre les rappeurs Drake et Kendrick Lamar a récemment atteint son paroxysme, les deux s’attaquant mutuellement dans des chansons contenant des accusations sévères. Ce genre d’affrontement entre rappeurs n’est pas nouveau, mais la gravité des insultes échangées dans cette querelle a galvanisé leurs admirateurs respectifs et attiré l’attention du grand public.

Dans ses paroles, Lamar affirme que Drake a une fille de 11 ans qu’il a abandonnée et le traite de « pédophile certifié ». Pour sa part, Drake a traité Lamar de « pipsqueak » et l’a accusé d’avoir abusé de sa fiancée.

Ces salves de diss tracks soulèvent des questions intéressantes sur la diffamation dans les paroles de musique. Si Drake ou Lamar décidait de poursuivre l’autre pour diffamation, que dirait la loi ?

La diffamation comprend à la fois la calomnie (attaques verbales) et la diffamation (attaques écrites). Les paroles de musique et les enregistrements audio peuvent être considérés comme de la diffamation. Les normes en matière de diffamation diffèrent que vous soyez au Canada ou aux États-Unis, de sorte que si l’un ou l’autre décide d’intenter un procès pour diffamation, l’endroit où le procès est intenté ferait une différence.

Liberté d’expression

Pour qu’il y ait diffamation, il faut qu’une déclaration désobligeante soit faite, qu’elle se réfère clairement à une personne et qu’elle soit faite à un tiers. Dans cette querelle, il n’y a aucun doute sur l’identité de la personne accusée et les accusations désobligeantes sont communiquées à des millions de personnes ; techniquement, ces paroles ressemblent donc à de la diffamation.

Néanmoins, il existe un certain nombre de moyens afin de se défendre advenant des accusations de diffamation. Une première réponse consisterait à invoquer une défense fondée sur la liberté d’expression au Canada ou sur les droits du premier amendement à la liberté d’expression aux États-Unis.

Euphoria par Kendrick Lamar.

Le droit à la liberté d’expression aux États-Unis a une plus grande portée que les lois sur la liberté d’expression au Canada. Plusieurs affaires aux États-Unis ont spécifiquement cité l’expression artistique en tant qu’expression protégée.

La Californie a adopté la Decriminalizing Artistic Expression Act en 2022. Au niveau national, le Restoring Artistic Protection Act (Le « RAP Act ») est actuellement examiné par le Congrès américain. Il vise à protéger les artistes contre l’utilisation de leurs paroles contre eux au tribunal.

La Cour suprême du Canada, dans l’affaire R v Simard, a également rejeté l’utilisation des paroles de chansons comme éléments de preuve. Cette affaire concernait une affaire criminelle, alors que la diffamation est une affaire civile, mais Drake et Lamar se sont mutuellement accusés d’activités criminelles.

Défense de la vérité

La vérité est le premier moyen de défense disponible dans une affaire de diffamation. Si Lamar ou Drake ont la preuve que ce qu’ils ont dit est en grande partie vrai, il ne s’agit pas de diffamation. Dans The Heart Part 6, Drake dit que Lamar devrait vérifier ses faits et affirme qu’il lui a fourni de fausses informations sur le fait d’avoir un enfant illégitime.

En 2005, un tribunal américain a jugé que les paroles de rap étaient simplement des « hyperboles rhétoriques » si elles ne contenaient pas de déclarations vraies vérifiables. Même si les déclarations sont fausses, si la personne diffamée ne peut pas prouver qu’elle a subi un préjudice, il se peut qu’il n’y ait pas de dommages-intérêts.

The Heart, part 6 par Drake.

Commentaire loyal

L’autre moyen de défense possible est le commentaire loyal, qui s’appuie sur l’importance de la liberté d’expression. Ce principe s’applique aux informations présentant un grand intérêt pour le public et permet de défendre les organes d’information lorsqu’ils publient quelque chose qu’ils croient être vrai.

On peut certainement faire valoir que la protection des jeunes filles et de toutes les femmes contre les abus est importante pour l’intérêt public. La charge de la preuve incombe au défendeur. Le plaignant n’a qu’à prouver les éléments de la diffamation.

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Une différence majeure entre la diffamation aux États-Unis et au Canada est qu’aux États-Unis, une personnalité publique doit prouver que la personne a agi avec une intention réelle ; c’est-à-dire qu’elle avait l’intention de nuire à l’autre personne.

Il pourrait donc être plus facile pour un plaignant de gagner un procès en diffamation au Canada. Toutefois, les tribunaux canadiens, comme les tribunaux américains, se concentreront sur la question de savoir si les déclarations étaient fausses et si elles ont causé un préjudice.

Push Ups par Drake.

Moyens de défense fondés sur le consentement

La défense la plus applicable dans ce cas serait probablement le consentement, qui s’appuie sur la longue histoire du rap et des diss tracks. Les batailles de rap ont été comparées à la boxe. Lorsque vous montez sur un ring de boxe, vous consentez à recevoir des coups de poing. De même, lorsque vous montez sur un ring de rap, vous vous attendez à ce que l’on se moque de vous et vous l’acceptez.

Eminem a qualifié Muhammad Ali d’inspiration. Ali était connu pour performer avant ses combats des « diss » rythmés moquant ses opposants. Il est facile de voir un lien entre la chanson d’Ali Round 5 : Will the Real Sonny Liston Please Fall Down et le texte d’Eminem « Will the real Slim Shady please stand up ».

meet the grahams par Kendrick Lamar.

Les dissertations sont un excellent moyen pour les artistes d’attirer l’attention. Les admirateurs de Drake et de Lamar commentent abondamment l’affrontement des deux chanteurs, de sorte que les chansons de ces derniers sont devenues virales en ligne. L’Euphoria de Lamar et le Push Ups de Drake ont tous deux atteint le top 20 du Billboard’s Hot 100. Dans l’ensemble, les écoutes du catalogue de Lamar sont en hausse de 49 %.

Il a été suggéré que dans meet the grahams, Lamar avait l’intention de faire de leurs échanges un simple jeu de compétition informel. Les artistes de tous genres sont nombreux à s’en prendre à leurs rivaux ou à leurs ex – il suffit de regarder le dernier album de Taylor Swift.

Il est facile de considérer que Drake et Lamar ont consenti à cet échange dans la tradition des « diss tracks ». Dans un procès très médiatisé, comme l’affaire Johnny Depp et Amber Heard, la décision pourrait revenir à celui que le jury jugera le plus sympathique.

Quel que soit le degré d’extrémisme de cette guerre des mots, il pourrait s’avérer difficile de démontrer que les diverses allégations ont causé un préjudice réel. Toutefois, il est peu probable que cette affaire soit portée devant les tribunaux. Si Drake ou Lamar décidait de porter plainte pour diffamation, cela pourrait être considéré comme un aveu de défaite dans cette guerre artistique des mots. C’est donc aux admirateurs qu’il reviendra de décider qui est le vainqueur de cette guerre du rap.

This article was originally published in English

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