Réforme du lycée : l’orientation par la séduction n'est pas la solution (2)

Sciences et mathématiques au lycée. Frederick Florin / AFP

La dernière réforme du lycée s’est accompagnée d’un changement radical dans les objectifs de l’enseignement scientifique au lycée. Trop longtemps, les sciences en général et les mathématiques en particulier avaient été utilisées comme des outils de sélection.

Cette instrumentalisation des mathématiques dans l’enseignement secondaire avait dénaturé la discipline et contaminé les autres enseignements scientifiques. Il fallait cesser de confondre orientation et sélection.

Il aurait fallu pousser cette analyse et conserver la formation sans la sélection. Au lieu de cela, en reportant à l’enseignement supérieur la confrontation avec les difficultés, en choisissant des thématiques proches du quotidien des jeunes – ou du moins imaginées telles – les programmes scientifiques du lycée depuis la réforme essaient de plaire.

Après l’orientation par la sélection, on tente l’orientation par la séduction.

Effets alarmants

Même s’il encore un peu tôt pour mesurer les effets à long terme de cette réforme, les effets à court terme sont suffisamment alarmants pour justifier une remise en question de ce choix.

D’abord, les ficelles sont un peu grosses pour nos jeunes. Ils comprennent qu’on ne leur dit pas tout, que la réalité est plus complexe et qu’on ne veut pas leur en donner les clés.

Ils en sont bridés dans le développement de leur autonomie, parfois angoissés d’avoir à assumer seuls la construction d’un édifice cohérent de connaissances à partir d’un enseignement décousu, sans liens interdisciplinaires.

Un postulat très discutable de la genèse de ces programmes est que pour que les choses plaisent, il faut qu’elles n’exigent aucun effort.

En conséquence, sauf s’ils cherchent des stimulations intellectuelles dans des activités périscolaires, les élèves n’ont pas besoin de travailler beaucoup en sciences jusqu’au baccalauréat.

Habitudes de travail

A leur entrée dans le supérieur, on leur demande de s’attaquer à des problèmes à un niveau non élémentaire et sans habitudes de travail installées.

Quand ils y parviennent, ce qu’ils font relève de la prouesse quotidienne et ils sont les premiers à demander pourquoi on leur a épargné le moindre effort jusqu’à 18 ans alors qu’ils auraient préféré acquérir progressivement méthodes, bases techniques, connaissances évoluées et compétences interdisciplinaires.

On ne sait vraiment si on éprouve de l’intérêt pour les sciences et si on pourra réussir dans cette voie qu’avec une pratique des démarches scientifiques.

Justement, les sciences offrent des possibilités de pratique à des niveaux de complexité très variés, et le plaisir pris à dominer une difficulté n’est pas proportionnel à la difficulté du problème dans l’absolu, mais bien au sentiment qu’on a franchi un cap, compris quelque chose de nouveau, su voir la simplicité d’une structure dans un amas de données complexes, su adapter des outils connus dans un contexte légèrement décalé, voire complètement nouveau.

Ce sont les petites victoires qui donnent envie de s’attaquer à de nouveaux problèmes et qui font le carburant des efforts ultérieurs.

Idées délicates

Il est malhonnête de laisser croire à des jeunes qu’on peut faire des sciences sans effort et il est illusoire de penser qu’on peut repousser toutes les difficultés dans le post-bac.

L’apprentissage des sciences est « multicouche » : les idées délicates doivent être vues et revues, sous des angles différents, avec des lectures disciplinaires différentes, à des stades de développement différents.

Notre cerveau peut traiter trois ou quatre informations en même temps ; mais s’il a travaillé avant, les informations qu’il a à traiter se regroupent en paquets d’informations organisées, et il devient capable de traiter trois ou quatre paquets d’informations ensemble.

Que préférons-nous pour nos jeunes ? Les aider à acquérir ces automatismes qui leur permettront de dégager de l’énergie pour faire face à des situations nouvelles, à être créatif et innovant, ou les condamner à réinventer la roue avant d’attaquer chaque nouveau problème ?