Trump président : quel avenir pour les accords de libre-échange ?

Manifestation anti TTIP à Bristol, UK. Global Justice Now/Flickr, CC BY

Donald Trump a gagné. La gauche européenne devrait-elle se réjouir ? C’est peut-être une question paradoxale, mais il est intéressant de noter que les positions du président élu Trump sur les accords de libre-échange, en particulier l’ALENA et le TTP, ont été très en ligne avec les positions populistes de la gauche européenne concernant le même sujet. Des camarades étranges, en effet, mais peut-être certains groupes en Europe, qui autrement ne se considéreraient jamais comme étant Pro-Trump, ont des raisons de se réjouir car il semble que les électeurs américains, à la suite de leurs homologues britanniques, ont en partie rejeté la marche vers la libéralisation des échanges.

Étranges compagnons de route

Dans la gauche européenne, on retrouvera de nombreux dirigeants, de Jeremy Corbyn au Royaume-Uni, aux dirigeants socialistes du Parlement wallon, à Jean-Luc Melenchon et à ses sympathisants en France, qui appellent à abandonner les accords de libre-échange tels que nous les connaissons. La rhétorique de Donald Trump a beau être différente, il vise essentiellement la même chose. Là où la gauche européenne et Trump sont susceptibles de différer, c’est à propos du remplacement des accords de libre-échange. Cependant, on ne peut pour le moment avoir cette discussion étant donné que Trump n’a pas réellement expliqué son programme en détail durant son interminable campagne.

Tout cela nous amène à réfléchir. Allons-nous entrer dans une nouvelle ère postmondialisation ? Premièrement, les électeurs britanniques ont appuyé le vote Brexit en juin. Maintenant, les électeurs américains dans certains États qui avaient précédemment fait partie du pare-feu électoral du parti démocratique, y compris le Michigan et la Pennsylvanie, ont voté pour Trump. Ces États font partie de la rust belt industrialisée et ces électeurs peuvent avoir été particulièrement réceptifs aux messages de Trump sur les questions de commerce international, y compris sur les accords de libre-échange.

Cela pourrait nous servir d’avertissement pour les prochaines élections dans les pays européens, en particulier l’élection présidentielle française l’année prochaine. Le mouvement anti-libre-échange prend de l’ampleur, autant à gauche qu’à droite, dans le monde entier. Cette réprimande du libre-échange est un coup au statu quo, mais en ce moment de grande incertitude, les défenseurs de la lutte contre le libre-échange, ni la gauche ni la droite, ont un monopole sur la question. Tout comme ses homologues de gauche mentionnés dans le paragraphe précédent, Marine Le Pen est également contre les accords de libre-échange.

Des accords potentiellement menacés

Alors, quid des accords de libre-échange actuellement en négociation ? Prenons tout d’abord l’accord économique et commercial global (AECG ou CETA) signé entre l’UE et le Canada. Alors que les États-Unis ne font pas partie de cet accord et que, par conséquent, il n’y a pas d’effet direct sur ces négociations, le traité doit encore être ratifié par le Parlement européen et par la suite par les législatures nationales de chaque État membre de l’UE. Le sentiment populaire croissant contre le libre-échange, qui a conduit à des résultats électoraux si surprenants au cours de l’année écoulée, at-il pour effet de bloquer la ratification finale de cet accord commercial ? Seul le temps nous le dira.

En ce qui concerne les principaux accords commerciaux impliquant les États-Unis, Donald Trump a été très explicite au cours de sa campagne concernant le l’accord de partenariat transpacifique (TPP). Il souhaite retirer les États-Unis de cet accord de libre-échange. Alors qu’en théorie le Congrès des États-Unis pourrait ratifier le TPP dans le temps entre maintenant et l’inauguration de Trump, c’est une possibilité extrêmement improbable. Il semble donc que le TPP ne survivra pas à l’élection de Trump. Cela laisse subsister un vide de libre-échange dans la région de l’Asie-Pacifique, qui peut finalement être comblé par le partenariat économique intégrale régional (RCEP), soutenu par la Chine, qui comprend de nombreux pays d’Asie-Pacifique qui ont également participé aux négociations du TPP, mais aucun des États de l’Amérique du Nord et du Sud.

Ce qui nous conduit au partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP). Lorsque le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, a été interrogé mercredi 9 novembre par les médias pour savoir si le TTIP était mort, il a répondu « non ». Pourtant, il est difficile de voir comment cette position peut actuellement être considérée comme réaliste compte tenu des attitudes actuelles qui semblent prévaloir dans les urnes dans le monde occidental. Il est difficile, et peut-être imprudent de s’asseoir derrière son ordinateur au lendemain d’une élection, en particulier une aussi controversée et complexe que l’élection présidentielle américaine de 2016 et de faire des prédictions sur ce qui va se passer ensuite.

Néanmoins, la position du Président élu sur les accords de libre-échange, du moins telle qu’elle est actuellement négociée, apparaît ferme. Il s’agit là d’une ligne de démarcation pour Trump et il semblerait que les ententes négociées ne seront pas signées à moins que Trump et ses négociateurs puissent obtenir des concessions diverses des autres parties de ces accords commerciaux. Selon toute vraisemblance, les partisans du libre-échange ont perdu ce tour de table et ceux qui s’opposent au libre-échange à la fois à gauche et à droite devraient être encouragés par ce résultat.

Incertitude sur les marchés

Cela ne signifie pas que l’ère du libre-échange est définitivement terminée. CETA, TPP, TTIP et le RCEP sont tous des efforts régionaux visant à poursuivre la libéralisation du commerce entre les États participant à chacune de ces négociations, et au moins deux de ces efforts semblent voués à l’échec. Cela ne change pas le statut des accords de libre-échange qui sont en place. L’Union européenne demeure un marché intérieur. Les accords de l’Organisation mondiale du commerce prévoient encore un régime mondial de libre-échange. Rien de tout cela ne change… sauf pour l’ALENA. Trump a déclaré qu’il avait l’intention de renégocier ou de retirer les États-Unis de l’accord de libre-échange nord-américain. Tous les regards seront portés sur le Président-élu dans les jours et les semaines à venir pour voir s’il donne une indication de ce que sera son plan, car cela pourrait avoir d’énormes effets sur le commerce dans le bloc nord-américain et ailleurs.

Lorsqu’ils ont appris l’élection du President-elu Trump, les marchés ont tout d’abord réagi négativement. Les marchés détestent l’incertitude et il est clair que l’élection de Trump à la Maison-Blanche marque une nouvelle ère d’incertitude dans le contexte des accords de libre-échange entre autres. Alors que les défenseurs du mouvement anti-libre-échange des deux côtés du spectre politique peuvent se réjouir aujourd’hui, la prudence abonde en un moment comme celui-ci.

Des élections sont prévues prochainement en France, aux Pays-Bas et en Allemagne, et il sera très intéressant de voir comment les électeurs continuent de réagir dans le climat actuel. Les électeurs continentaux feront-ils aussi des reproches sévères au système commercial mondial tel que nous le connaissons ? Si oui, pour qui voteront-ils ? Quelles seront les conséquences à long terme ? Nous entrons en terre inconnue.

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