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Les interactions précoces des enfants avec leur environnement sont essentielles pour que le système immunitaire apprenne à faire la différence entre les bons et les mauvais microbes qui provoquent des maladies. CDC/Cade Martin

Un an de restrictions sanitaires augmente les risques d'allergies, d’asthme et de maladies auto-immunes chez les enfants

« Mangez de la terre ! » est une phrase dont je me souviens bien. Elle figurait dans le titre d’un article publié par le Dr Scott T. Weiss, professeur de santé environnementale à l’Université de Harvard, et elle a retenu mon attention alors que je me familiarisais avec un concept d’immunologie connu sous le nom d’« hypothèse de l’hygiène ».

L’idée centrale est que nous vivons dans un monde microbien : un environnement rempli de bactéries, de parasites, de virus et de champignons. Et que nos interactions avec ces microbes après la naissance sont extrêmement importantes pour apprendre à notre système immunitaire à fonctionner correctement. Lorsque nous naissons, notre système immunitaire est encore en cours de maturation.

J’aime la façon dont les chercheurs dirigés par la microbiologiste Sally F. Bloomfield l’ont exprimé dans leur étude :

« Le système immunitaire est un dispositif d’apprentissage et, à la naissance, il ressemble à un ordinateur doté de matériel et de logiciels, mais de peu de données. Des données supplémentaires doivent être fournies au cours des premières années de la vie, par le contact avec des micro-organismes provenant d’autres humains et de l’environnement naturel. »

Le système immunitaire dispose de nombreux mécanismes puissants pour tuer les agents pathogènes. Il doit être soigneusement régulé pour s’assurer qu’il peut éliminer les microbes nuisibles dans l’organisme sans causer de dommages excessifs à nos tissus. Les interactions que nous avons avec notre environnement dès le début de la vie sont essentielles pour que notre système immunitaire apprenne à différencier les « bons » des « mauvais » microbes, c’est-à-dire ceux qui provoquent des maladies.

Illustration de différents micro-organismes disposés en cercle
Nous vivons dans un monde microbien, un environnement rempli de bactéries, de parasites, de virus et de champignons. Shutterstock

Notre corps est tapissé, à l’intérieur comme à l’extérieur, de micro-organismes qui, dans des circonstances normales, cohabitent avec nous et favorisent un système immunitaire sain. Si les nourrissons, les tout-petits et les jeunes enfants ne sont pas suffisamment exposés au monde microbien qui les entoure, leur capacité à réguler correctement leur propre système immunitaire peut être compromise.

Pour reprendre l’analogie avec l’ordinateur, les données qui sont chargées dans le logiciel sont incomplètes. Ce manque de données peut amener le système immunitaire à lutter pour faire la différence entre ce qui est réellement dangereux et doit être éliminé, et ce qui n’est pas dangereux et ne doit pas faire l’objet d’une réaction. En clair, ce scénario peut favoriser les allergies, l’asthme et les maladies auto-immunes.

Les jungles de béton

Les scientifiques cessent d’utiliser l’expression « hypothèse de l’hygiène » car elle pourrait être interprétée à tort comme signifiant que l’hygiène n’est pas bonne pour le développement du système immunitaire. Ce n’est pas vrai, et personne ne devrait préconiser de manger de la terre pour s’exposer aux microbes. La modération et une hygiène ciblée seraient le mieux.

Deux enfants sur un rebord de fenêtre regardant à l’extérieur un grand bâtiment
En gardant les enfants isolés et à l’intérieur, la plupart des politiques pour lutter contre la Covid-19 ont nui au système immunitaire des enfants. Pexels/Jessica West

Plus précisément, nous devons pratiquer une hygiène correcte dans le cadre de la prévention des maladies infectieuses, tout en permettant à notre système immunitaire d’interagir avec des microbes sûrs et essentiels. De nombreux pays à revenu intermédiaire ont connu une épidémie de maladies allergiques au cours des dernières décennies. Cela est dû, en partie, à l’augmentation de l’urbanisation, qui s’apparente à une vie dans des « jungles de béton » avec une exposition réduite à l’environnement naturel.

Les sociétés ont également adopté des comportements qui limitent l’exposition aux microbes. L’utilisation excessive d’antibiotiques exacerbe le problème en éliminant sans distinction les bons microbes et les mauvais.

Sally F. Bloomfield et son équipe de chercheurs en microbiologie ont tiré d’importantes conclusions de leur étude :

« Les preuves suggèrent qu’une combinaison de stratégies, y compris… une exposition sociale accrue par le sport, les activités de plein air, une diminution du temps passé à l’intérieur… peut aider… à réduire les risques de réactions allergiques. Les efforts de prévention doivent se concentrer sur le début de la vie. »

Pensez maintenant aux réactions des gouvernements devant la Covid-19, qui a été déclarée pandémique par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 11 mars 2020. Les politiques de confinement et de restriction qui ont été adoptées pour aider à prévenir la propagation de la Covid-19 sont en contradiction avec les recommandations visant à assurer le bon développement immunologique des enfants.

Les données suggèrent que le SARS-CoV-2 ne représente pas un plus grand danger pour les enfants que la grippe annuelle. Pourtant, les interactions sociales des enfants ont été sévèrement limitées, notamment en les retirant des écoles. La plupart de leurs activités parascolaires ont été annulées et on les a découragés de quitter leur domicile. Même l’air qu’ils respirent est souvent filtré par des masques et l’utilisation de désinfectant pour les mains est très répandue.

Développement immunologique compromis

En bref, la plupart des politiques contre la Covid-19 ont maximisé le potentiel de développement d’un système immunitaire déréglé chez les enfants. En tant qu’immunologiste spécialisé dans les virus, je n’étais pas trop inquiet à ce sujet au début de la pandémie, lorsque des mesures « temporaires » ont été mises en place pour « aplanir la courbe ».

Cependant, il y a lieu de s’inquiéter un an plus tard, après des mois de confinement dans de nombreux endroits au Canada et dans d’autres pays et des contacts sociaux et des activités très limités pour empêcher la propagation de la Covid-19.

Les plus jeunes d’entre nous ont vu leur développement immunologique compromis pendant un an et plus. Plus le système immunitaire est immature, plus il sera susceptible d’être déréglé pendant la pandémie.

Une balançoire vide dans une cour de récréation vide
Les politiques qui ont été adoptées pour aider à prévenir la propagation de la Covid-19 contredisent les recommandations visant à assurer le bon développement du système immunitaire des enfants. Unsplash/Markus Spiske

Par exemple, le problème serait probablement plus répandu chez les nourrissons que chez les tout-petits. Bien que le système immunitaire humain soit en grande partie mature vers l’âge de six ans, certains composants importants sont encore en développement à l’adolescence. Par conséquent, les adultes sont les seules personnes qui peuvent être certaines que les politiques d’isolement actuelles n’auront pas d’impact négatif sur la capacité d’autorégulation de leur système immunitaire.

Une conséquence malheureuse et sous-estimée de cette pandémie à long terme sera probablement un groupe de « jeunes pandémiques » qui grandiront en souffrant d’allergies, d’asthme et de maladies auto-immunes dans des taux supérieurs à la moyenne. Cela sera vrai pour les enfants de tous les pays qui ont adopté des politiques de confinement.

Il est intéressant de noter que les nouveaux vaccins à base d’ARN messager, qui sont conditionnés dans des nanoparticules de liposomes pourraient être contre-indiqués pour certaines personnes ayant une propension aux réactions allergiques sévères. Ironiquement, nous risquons de préparer beaucoup de nos jeunes à développer de l’hypersensibilité à cette technologie vaccinale lorsqu’ils seront plus âgés.

L’éducation des enfants pendant la pandémie s’est faite en grande partie dans des environnements isolés et assainis de manière sans précédent par leur étendue et leur durée. Ces enfants risquent davantage de développer de l’hypersensibilité et des maladies auto-immunes que quiconque avant eux. Le système immunitaire des enfants n’est pas conçu pour se développer en étant isolé du monde microbien, alors envisageons de laisser les enfants redevenir des enfants.

This article was originally published in English

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