Climat des affaires : le « Brexit », dernier obstacle avant la reprise ?

Bulletins de vote pour le référendum sur l'avenir de la Grande-Bretagne dans l'Union Européenne. Abi Begum/Flickr, CC BY

Grenoble École de Management et l’Association nationale des directeurs financiers et de contrôle de gestion (DFCG) recueillent chaque trimestre l’avis des responsables financiers français. Les résultats sont agrégés au niveau mondial par un réseau d’universités coordonnées par Duke University aux États-Unis. Pour le deuxième trimestre 2016, l’enquête s’est déroulée du 17 mai au 3 juin 2016.

Les incertitudes politiques s’accumulent aujourd’hui dans le monde : approche des élections américaines, vote au Royaume-Uni quant à l’avenir du pays dans l’Union européenne, et à une échelle moindre, les élections en France. Quel est l’impact perçu par les responsables financiers de ce climat politique sur la gestion des entreprises et la vie économique ? Les réponses sont parfois étonnantes !

Par exemple, si 85 % des directeurs administratifs et financiers (DAF) français nous disent que le risque politique est élevé en France, ils ne sont que 73 % au Royaume-Uni alors que le pays doit tout simplement décider s’il reste ou non arrimé à l’Europe ! Ce même chiffre est de 79 % aux États-Unis, pays qui fait pourtant face à un duel Clinton – Trump loin de satisfaire la majorité des votants.

Pourquoi le risque est-il perçu comme aussi élevé en France ? Les responsables financiers retiennent essentiellement des questions nationales comme la politique gouvernementale et le climat social actuel. En revanche, le risque international est très peu mis en avant, que ce soit le risque terroriste, le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne ou les résultats des élections américaines. Le poids de l’incertitude politique en France est tel qu’il semble pouvoir affecter la vie économique.

Enquête sur le climat des affaires du deuxième trimestre 2016

Ainsi, 51.5 % des entreprises qui ont répondu à l’enquête nous disent être plus prudentes dans leurs embauches qu’en temps normaux. Paradoxalement, ce chiffre n’est que de 35 % au Royaume-Uni. Il est pourtant évident que l’issue du vote sur le « Brexit » pourrait avoir un impact majeur sur l’économie du pays.

Une vision paradoxale du « Brexit » en Grande-Bretagne

Comment expliquer ce résultat ? De manière surprenante, 93.3 % des DAF britanniques estiment préférable pour l’activité en Europe que le camp du « Brexit » perde. Mais ce chiffre n’est que de 67.6 % pour les Européens eux-mêmes. Selon les Britanniques, en tout cas ceux qui ont répondu à notre enquête, le « Brexit » est principalement un problème pour l’Union européenne et non pour le Royaume-Uni. Si le pays quitte l’union, c’est l’Europe qui sera affaiblie. Résultat tout aussi marquant, alors que 58.8 % des responsables financiers français pensent que la victoire du « Brexit » mettrait en danger la cohésion de l’union, ce chiffre monte à 87.7 % outre-Manche !

Néanmoins, la victoire du « Brexit » est perçue comme potentiellement dangereuse pour la gestion financière des entreprises par 40 % des DAF britanniques contre seulement 5 % en France. Il est vrai que la sortie du Royaume-Uni de l’union pourrait avoir un impact fort sur la livre et sur le niveau des taux d’intérêt.

Faut-il y voir une conséquence de ces incertitudes ? Les entreprises britanniques qui nous ont répondu conservent aujourd’hui un coussin de liquidité très important qui peut atteindre pour certaines près de 30 % du bilan. Au-delà, un tiers de ce cash est détenu sur des comptes off-shore par les entreprises du Royaume-Uni, alors que la pratique semble marginale pour les entreprises continentales.

Pourquoi détenir autant de liquidité ? Par-delà les incertitudes qui pèsent sur les entreprises britanniques, les répondants avancent deux raisons principales : 1) il n’y a pas de projet d’investissement attractif sur lesquels s’engager et 2) l’accès au crédit étant relativement simple, le besoin de mobiliser les ressources liquides reste faible.

Mais l’optimisme se maintient

Enquête sur le climat des affaires du deuxième trimestre 2016

Paradoxalement, notre enquête trimestrielle sur le climat des affaires indique que le niveau d’optimisme des responsables financiers se maintient néanmoins sur des niveaux relativement élevés en Europe et à travers le monde. Ainsi, aux États-Unis, l’indicateur passe à 59.4 sur une échelle de 0 à 100, contre 58.6 au trimestre précédent. En Europe, l’indicateur s’établit à 55.3 contre un niveau de 53.0 au trimestre précédent (voir graphique).

En regardant de plus près, on pourra même constater que les anticipations de croissance sont relativement stables depuis plus de deux ans. Les incertitudes politiques actuelles pourraient donc constituer le dernier frein à une reprise plus vigoureuse de l’économie : tout est en place, les entreprises ont les moyens d’investir, un bon niveau de confiance et sont accompagnées par une politique monétaire accommodante des deux côtés de l’Atlantique. Parions qu’après les votes cruciaux de 2016, l’année 2017 permette de sortir, enfin, de dix ans de crise !

L’enquête Duke University–Grenoble École de Management (résultats complets ici) mesure chaque trimestre depuis plus de vingt ans le climat des affaires tel que perçu par les responsables financiers des entreprises à travers le monde. L’enquête est courte (environ dix questions). Elle recueille plus de 1 500 réponses anonymes d’entreprises de tous secteurs et de toutes tailles. C’est désormais la plus grande enquête de ce type dans le monde. Une analyse détaillée par pays peut être envoyée à chaque participant. Prochaine enquête du 17 août au 2 septembre 2016.