Climat des affaires : le candidat Trump devrait faire face à une récession

La situation économique sera l'une des clés de la prochaine élection présidentielle américaine. Mjmarit / Shutterstock

Cet article est tiré de la dernière enquête Duke University–Grenoble École de Management qui mesure chaque trimestre, depuis plus de 20 ans, le climat des affaires tel qu’il est perçu par les responsables financiers des entreprises à travers le monde. L’enquête recueille plus de 1 000 réponses anonymes d’entreprises de tous secteurs et de toutes tailles. C’est désormais la plus grande enquête de ce type dans le monde. Une analyse détaillée par pays peut être envoyée à chaque participant. Vous pouvez consulter les résultats complets de cette enquête.


Si à court terme, la croissance devait rester positive (le climat des affaires reste élevé à 63 contre 65 au trimestre précédent), les responsables financiers américains sont de plus en plus nombreux à anticiper une récession aux États-Unis dès la fin du premier semestre 2020, selon nos observations. Les conséquences sur les résultats des élections présidentielles de novembre 2020 pourraient être importantes. En effet, les travaux qui soulignent l’impact significatif du cycle économique sur les choix des électeurs sont nombreux.

L’économiste américain Ray Fair a notamment montré qu’un ralentissement économique n’est généralement pas favorable à la réélection de l’équipe en place.

Un changement d’administration, voire même la simple anticipation de ce changement, ajouterait mécaniquement de l’incertitude à l’environnement de travail des entreprises alors que celles-ci font déjà face à un contexte géopolitique complexe (guerre commerciale sino-américaine, tensions dans le golfe Persique…).

D’un point de vue économique, les conséquences sur le terrain sont immédiates : les dépenses d’investissement devraient être faibles pour les prochains trimestres (+0,6 %) et la recherche de collaborateurs notamment de « talents » n’est plus la priorité des entreprises américaines. Celles-ci se préparent déjà à traverser la prochaine récession et cherchent à éviter à tout prix l’effet de surprise de la crise de 2008.

Climat des affaires : niveau d’optimisme moyen des responsables financiers en Europe et aux États-Unis. Baromètre climat mondial des affaires DFCG-GEM, septembre 2019

Or, il y a aujourd’hui de nombreux signes avant-coureurs qui incitent à la prudence. L’inversion récente de la structure par terme des taux d’intérêt en est un. Aucune entreprise ne souhaite accroître son risque en finançant aujourd’hui un projet majeur. Au bilan, le ralentissement de la dépense en capital des entreprises et un marché du travail moins vigoureux pourraient faire basculer l’économie américaine dans la récession dans un avenir proche.

Le Royaume-Uni à la traîne de l’Europe

En ce qui concerne l’Europe, notre indicateur de climat des affaires ressort à 59 pour le troisième trimestre 2019, contre 57 au trimestre précédent sur une échelle de zéro à cent. Depuis désormais cinq trimestres, notre indicateur s’est stabilisé sur des niveaux compatibles avec une croissance modérée de l’activité en Europe. L’optimisme des responsables financiers en entreprise reste particulièrement élevé en France (64) et en Allemagne (64).

En revanche, la gestion chaotique du Brexit par l’exécutif britannique maintien le Royaume-Uni en deçà des niveaux permettant d’anticiper une croissance significative de l’économie (47 au troisième trimestre 2019 contre 45 au second trimestre). D’ailleurs, 80 % des décideurs prévoient une récession outre-Manche avant la fin du premier semestre 2019 en particulier en cas de « no deal ». À l’inverse, sur le continent européen, la part des répondants qui envisage une récession est plus faible, environ 60 %, avec une occurrence plus lointaine, vers la fin du second semestre 2020.

Baromètre climat mondial des affaires DFCG-GEM, septembre 2019

Preuve de ce dynamisme sur le Vieux Continent, les dépenses d’investissement sont attendues en hausse de 5,3 % durant le trimestre tirées vers le haut par les entreprises françaises (+7,5 %).

Baromètre climat mondial des affaires DFCG-GEM, septembre 2019

Aucun relais de croissance dans le monde

Pour la première fois de la décennie, aucune région du monde ne semble pouvoir prendre le relais pour soutenir la croissance mondiale. En Asie, le climat des affaires se dégrade régulièrement depuis plusieurs trimestres pour atteindre désormais 51 sur une échelle de zéro à cent. Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, mais aussi la crise politique hongkongaise, affectent le moral des responsables financiers asiatiques. Sans surprise, les dépenses d’investissement devraient être nulles au cours du prochain trimestre.

En Amérique latine, après une forte baisse au trimestre précèdent, le climat des affaires s’établit à 57 contre 56 au trimestre précédent mais 65 au premier trimestre. Le climat des affaires reste néanmoins très favorable en Colombie (66). L’incertitude macroéconomique est désormais en tête de liste des principaux risques affectant l’activité pour plus de 80 % des entreprises du sous-continent.

Enfin, en Afrique, le climat des affaires se dégrade à nouveau fortement ce trimestre pour atteindre 39 contre 46 au trimestre précédent. L’emploi devrait rester stable et les dépenses en capital augmenter lentement au cours des 12 prochains mois. Les responsables financiers africains restent les plus préoccupés par l’incertitude économique, la faiblesse de la demande, les politiques gouvernementales et le risque de change.

Climat des affaires mondial pondéré par le PIB (PIB à prix constants en dollars US). Banque mondiale.

Pour voir les résultats complets de cette enquête : cfosurvey.org/release/. Prochaine enquête du 21 novembre au 6 décembre 2019 : ceocfo.org/French.htm.