COP22 de Marrakech… merci Trump !

Salaheddine Mezouar, le ministre marocain des Affaires étrangères et président de la COP22, lors de l’ouverture du sommet climatique à Marrakech. Fadel Senna/AFP

Lancée le 7 novembre dernier, la COP22 avait démarré sous les meilleurs auspices avec l’entrée en vigueur extrêmement rapide de l’Accord de Paris (moins de 11 mois contre les 8 années nécessaires au Protocole de Kyoto). Les États n’ont en effet pas attendu que soient fixés les détails opérationnels pour ratifier ce texte adopté fin 2015 lors de la COP21 et qui établit la feuille de route climatique pour la planète.

Aujourd’hui, l’Accord a été ratifié par 111 États – dont la Chine, les États-Unis, le Canada, des pays membres de l’Union européenne, l’Inde, le Japon, l’Arabie Saoudite, l’Australie ou encore le Brésil – responsables de 77 % des émissions de gaz à effet de serre dont la concentration dans l’atmosphère contribue au réchauffement climatique. La lutte contre ce phénomène aux conséquences menaçantes semble donc bien engagée.

Débloquage

À l’automne, d’autres signaux positifs nous étaient parvenus, l’adoption de l’Accord de Paris ayant contribué à débloquer des négociations enlisées depuis plusieurs années.

Les pays membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale se sont ainsi mis d’accord sur un plafonnement des émissions issues du transport international aérien. De leur côté, les pays signataires du Protocole de Montréal sur la couche d’ozone se sont accordés sur une élimination progressive des hydrofluorocarbones (HFC), ces gaz qui avaient remplacé les chlorofluorocarbones (CFC) destructeurs de la couche d’ozone mais dont le pouvoir réchauffant s’avère très important.

Enfin, les initiatives non-étatiques fourmillent, à l’image de la coalition « Under 2 » lancée en 2015 par le gouverneur de Californie et dont le succès va grandissant. Cette coalition rassemble désormais 165 collectivités locales, soit 1 milliard d’habitants ; elles se sont données pour objectif de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 80 % à 95 % d’ici à 2050 (par rapport à 1990).

Coup de tonnerre trumpien

Celle qui était annoncée comme une « boring COP » (« COP ennuyeuse ») après l’excitation suscitée par la COP21 avait deux objectifs principaux : poursuivre la négociation des détails opérationnels de la mise en œuvre de l’Accord de Paris ; maintenir et consolider la dynamique initiée fin 2015.

L’annonce, au troisième jour de la COP22, de la victoire de Donald Trump à la présidence des États-Unis a glacé les participants. Mais la perspective – à ce jour non confirmée – d’un retrait américain de l’Accord de Paris n’a pas fait tanguer la COP. Au contraire, ce risque a provoqué des réactions quasi unanimes de soutien à l’Accord de Paris et à la dynamique « irréversible » qu’il représente, y compris de la part de la Chine dont la position était très attendue. La déclaration finale de la conférence rappelle ainsi :

« This momentum is irreversible – it is being driven not only by governments, but by science, business and global action of all types at all levels. »

Alors, merci Trump !

L’urgence climatique

Comme chaque année, l’ouverture de la COP a été marquée par la publication de différents rapports soulignant l’urgence à relever le niveau d’ambition des « contributions nationales », ces engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pris par chaque pays signataire de l’Accord de Paris.

Depuis trois ans, si les émissions mondiales sont stables, les changements climatiques s’accentuent. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) constate ainsi que l’année 2016 devrait battre un nouveau record de chaleur, avec une température planétaire moyenne supérieure d’environ 1,2 °C au niveau de l’ère pré-industrielle, et que le XXIe siècle comptera probablement 16 des 17 années les plus chaudes constatées depuis le début des relevés (fin du XIXe siècle).

Le GIEC, qui s’est réuni peu avant la COP, expliquait qu’au rythme actuel de nos émissions de gaz à effet de serre, nous aurons épuisé dans les cinq années à venir le « budget carbone » qui nous laisse une chance de limiter l’augmentation des températures. La fenêtre d’action est donc bien étroite. Dans le même temps, diverses publications se rejoignent pour affirmer qu’une limitation du réchauffement à 2 °C est insuffisante : elle ne permet ni de protéger les récifs coralliens, ni les zones polaires, pas plus qu’elle n’est en mesure d’éviter la disparition de nombreuses petites îles du Pacifique.

Rendez-vous en 2018

Malgré les efforts déployés, la COP22 n’est pas synonyme d’évolution favorable : la plupart des pays temporisent, attendant 2018 et le rapport du GIEC sur les conséquences d’une augmentation des températures supérieure à 1,5 °C.

Sur le front de la négociation des détails opérationnels pour mettre en œuvre l’Accord de Paris, la prise de décision a ainsi été différée ; contrairement aux souhaits de certains groupes, comme celui des pays les moins avancés, il a été conclu que les décisions seraient adoptées par « paquet » au plus tard lors de la COP24 de 2018. Or ces négociations sont fondamentales pour l’effectivité de la gouvernance climatique mondiale. Il s’agit, par exemple, de déterminer avec précision la forme, le contenu et la périodicité des contributions nationales des États ou encore de définir les modalités de contrôle du respect des engagements pris par les pays.

Qui va (vraiment) payer ?

La question du financement de la lutte contre le réchauffement climatique reste également entière.

L’Accord de Paris consacre aux financements son article 9, qui pose un certain nombre d’obligations pour les États, telle celle pour les pays développés parties de fournir des « ressources financières pour venir en aide aux pays en développement » (art. 9§1). Il est également indiqué aussi que « cette mobilisation de moyens de financement de l’action climatique devrait représenter une progression par rapport aux efforts antérieurs » (art. 9§3).

Les formules restent vagues, car les engagements ne sont pas chiffrés. La seule indication chiffrée se trouve dans le texte de la Décision de la COP :

« Avant 2025, la Conférence des Parties […] fixe un nouvel objectif chiffré collectif à partir d’un niveau plancher de 100 milliards de dollars par an, en tenant compte des besoins et des priorités des pays en développement. » (§54)

La COP22 était censée répondre aux préoccupations des pays du Sud en fournissant une feuille de route précise à travers une décision sur le « financement à long terme de l’action climatique ».

Âprement négociée, cette feuille de route reste vague. Elle reconnaît les progrès des pays développés en la matière, mais les exhorte à continuer d’accroître les financements climat. Elle leur demande aussi de poursuivre leurs efforts pour atteindre un meilleur équilibre entre les financements allant à l’adaptation et à l’atténuation. Les premiers ne représentent que 16 % des financements climat aujourd’hui, alors que l’Accord de Paris prévoit que « La fourniture de ressources financières accrues devrait viser à parvenir à un équilibre entre l’adaptation et l’atténuation » (article 9§4).

De timides avancées sur le front de la justice climatique

Un autre sujet à l’ordre du jour de la COP concernait la revue du Mécanisme international de Varsovie (créé en 2013) sur les pertes et préjudices. Avec cette approche par étapes, les pays du Nord avaient tenté de gagner du temps et d’éviter que la question ne vienne parasiter, voire « pourrir », la Conférence de Paris de 2015. L’an dernier, ils avaient pourtant dû accepter l’inclusion du Mécanisme dans l’Accord de Paris (article 8).

Loin des souhaits initiaux des pays du Sud qui voulaient y voir d’abord un « guichet » indemnisant les préjudices causés par les changements climatiques, c’est un mécanisme qui a un rôle essentiellement d’échange d’information, de coordination et d’appui technique ponctuel. Ce rôle est toutefois essentiel.

Le comité exécutif du Mécanisme quitte la COP22 avec un nouveau mandat à 5 ans, qui le renforce quelque peu. Mais il reste à voir s’il sera doté du soutien et des ressources que son mandat – lourd et complexe – exigerait. La réflexion sur les sources de financement et les modalités d’accès est lancée. Restant conçu comme évolutif, le mécanisme fera l’objet de revues régulières.

Ainsi s’est achevée cette nouvelle COP, moins « boring » que prévue après le raz de marée suscité par l’élection de Trump.

Rendez-vous donc en 2018 pour les décisions importantes. Entre-temps, une nouvelle COP, probablement assez peu excitante, aura lieu à Bonn en novembre 2017. Donald Trump aura alors pris ses fonctions et sa position quant à l’Accord de Paris aura, quelle qu’elle soit, un impact majeur. Rappelons que les États-Unis abondent pour environ 30 % les différents budgets de la Convention ainsi que le Fonds vert pour le climat… et qu’ils représentent encore 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.