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Dividende démographique et fécondité en Afrique

Démographies africaines. Jean-Pierre Guengant, CC BY

Dividende démographique et fécondité en Afrique

Démographies africaines. Jean-Pierre Guengant, CC BY

Les nombreux travaux consacrés ces dernières années au « Dividende démographique » soulignent son rôle dans le décollage des pays émergents et son potentiel pour l’Afrique. Un point sur cette question a été fait à Paris les 11 et 12 mai 2017, lors d’un colloque international « Dividende démographique et fécondité en Afrique subsaharienne » organisé par l’IRD, l’Académie des Sciences, l’Agence française de développement (AFD), et l’Institut national d’études démographiques (Ined).

Le dividende démographique peut être défini comme cet accélérateur de la croissance économique dont ont bénéficié les pays émergents grâce aux baisses très rapides de leur fécondité et des changements de leurs structures par âge depuis les années 1960-1970. Les baisses récentes de la fécondité dans les pays d’Afrique subsaharienne laissent entrevoir la possibilité qu’ils bénéficient aussi d’un dividende démographique. Mais les baisses observées sont d’ampleur inégale selon les pays. À noter que l’Union africaine a retenu comme thème pour 2017 : « Tirer pleinement profit du dividende démographique en investissant dans la jeunesse ».
 

Transitions de la fécondité anciennes et rapides dans les pays émergents, récentes et lentes en Afrique subsaharienne

Cliquer sur les boutons pour comparer les pays émergents, Afrique de l'Ouest et Centrale et Afrique de l'Est. Source : United Nations 2015, World Population Prospects 2015.

De fait, la capture d’un dividende démographique et son ampleur dépendent largement de la rapidité de la baisse de la fécondité dans chaque pays. La comparaison des évolutions projetées par les Nations unies en 2015 pour l’Éthiopie et le Burkina l’illustre bien.
 

Le bénéfice du dividende démographique dépend de la rapidité de la baisse de la fécondité

Cliquer sur les boutons pour comparer l'Éthiopie et le Burkina Faso. Source : United Nations 2015, World Population Prospects 2015.

L’ouverture de la « fenêtre d’opportunité démographique » marque le début de la période de bénéfice du dividende démographique qui dure une cinquantaine d'années. Cette fenêtre s’ouvre quand les personnes à charge (on les appelle les dépendants, ici les moins de 20 ans et les 65 ans et plus) sont moins nombreuses que les actifs (ici les actifs « potentiels » de 20 à 64 ans). Parallèlement, avec l’entrée de nombreux jeunes dans la population active, la production et l’épargne par habitant augmentent, ce qui permet alors, sous conditions, d’accélérer la croissance économique

Dans le cas de l’Éthiopie, en passant de 4,3 enfants par femme en 2015 à 2,2 enfants en 2050, la fenêtre d’opportunité démographique s’ouvre assez rapidement et les arrivées sur le marché du travail se stabilisent vers 2050. Si un nombre suffisant d’emplois est créé pour répondre aux besoins des jeunes entrant sur le marché du travail d’ici 2050, le pays peut être en mesure de bénéficier d’un dividende démographique substantiel.

Dans le cas du Burkina Faso, qui passerait de 5,4 enfants par femme en 2015 à 3,2 enfants en 2050, la baisse plus lente de la fécondité se traduit par une ouverture plus tardive de la fenêtre d’opportunité démographique. En conséquence, le nombre de dépendants, notamment les moins de 20 ans, pour 100 actifs, décroît plus lentement, et les arrivées sur le marché du travail continuent d’augmenter jusqu’en 2100. Il sera donc plus difficile de bénéficier rapidement d’un dividende démographique, et son ampleur sera contenue par la pression continue des besoins des jeunes enfants et des arrivées sur le marché du travail.

Cette comparaison souligne ainsi que le bénéfice d’un dividende démographique peut être très variable, et qu’il ne dépend pas simplement de l’importance des jeunes dans la population. Il dépend plutôt de la dynamique démographique de chaque pays, et il n’est pas automatique. En effet, le bénéfice d’un dividende démographique, suppose que parallèlement à la baisse de la fécondité et des changements de structures par âge, d’autres politiques soient mises en place (notamment dans les domaines de l’emploi, de la santé de l’éducation, etc.).