Financement solidaire, une finance alternative

Manifestation d'Attac et de Fondation Copernic le 5 mars 2013. Patrick Janicek/Flickr, CC BY

La finance classique qui domine la vie sociale est le produit de politiques publiques et donc de choix parfaitement délibérés. À compter des années 1980-1990, ces politiques publiques ont contribué à déréglementer le commerce des biens et des services (libre échange), et à libéraliser la finance (en particulier les taux de change et les taux d’intérêt).

De leur côté, les détenteurs de capitaux sont parvenus à faire croire qu’ils étaient les propriétaires de l’entreprise, ce qui est une aberration car ils ne sont propriétaires que des actions, des parts sociales ou des titres de propriété. Ce que l’on appelle la corporate governance ou gouvernement d’entreprise s’est imposé au détriment de la démocratie salariale. Pour créer des richesses (biens et services), il faut un financement mais aussi du travail, des structures productives et des infrastructures publiques de bonne qualité.

La question est donc de savoir comment le mode de financement solidaire pourrait se développer davantage afin de contribuer à la refondation du système financier conventionnel à partir de considérations liées à des valeurs progressistes (non lucrativité, éthique, coopération, équité, justice sociale).

Interview de l’auteur sur la finance solidaire/Université d’Evry.

Qu’est-ce que la finance solidaire ?

La finance solidaire est une finance non lucrative, ce qui signifie que le profit n’est pas une fin en soi. Elle comprend à la fois des relations monétaires et la construction de « liens sociaux » équitables. Ce sont les agents emprunteurs qui décident de construire ces liens. Ils sont accompagnés et impliqués dans un processus global et actif.

L’épargne est bloquée et peu liquide. Elle mobilise des partenariats privés (banques, entreprises) et publics. Cette finance est encastrée dans des écosystèmes sociopolitiques et socio-économiques et ne se développe pas simplement pour elle-même. Ce sont des investissements dans des projets d’utilité sociale avec des prêts personnels ou professionnels, des apports en capital. Il existe aussi des produits de partage délivrés par les banques et les établissements financiers. L’épargne salariale solidaire se manifeste dans la participation versée dans un fonds commun de placement d’entreprise, un plan d’épargne entreprise ou un plan d’épargne groupe.

Concernant les agents de cette économie, on peut en identifier trois groupes :

  • Les agents de terrain (associations, sociétés coopératives de capital-risque, clubs d’investisseurs) qui grâce à cette épargne financent les projets à forte utilité sociale ou environnementale.

  • Les banques, assurances, mutuelles et sociétés de gestion qui assurent la gestion ou la commercialisation de produits solidaires et acheminent l’argent collecté vers les agents de terrain.

  • Le microcrédit peut faire partie de la finance solidaire s’il en respecte les principes. C’est aussi le cas des monnaies sociales et locales lorsqu’elles sont mises en œuvre pour activer un développement solidaire et équitable.

Refonder les institutions

Pour aller vers un financement solidaire, il faut refonder complètement les institutions (banques, entreprises) en leur assignant d’autres finalités que la seule rentabilité financière. Le profit n’est qu’un solde ou un résultat. La finalité d’une entreprise est d’abord de produire des biens et des services. La contrepartie de la richesse créée est la « valeur ajoutée » qui est son véritable revenu.

Il faut également dépasser le libre-échange, en mettant en place des zones de protection associées à des règles nouvelles de coopération. Le libre-échange implique la mise en concurrence généralisée des systèmes fiscaux et sociaux et les transports de marchandises tous azimuts qui sont redoutablement néfastes pour l’environnement.

Il faut assigner aux entreprises et aux banques une autre finalité que la rentabilité car la transition énergétique vers laquelle nous devons nous engager n’est pas compatible avec le productivisme et la maximisation de la valeur pour l’actionnaire. Il n’est pas question non plus de compter simplement sur le développement des technologies de l’information et du numérique pour apporter des solutions opératoires. Ce serait simplifier abusivement la question.

Pour lutter contre le changement climatique et la pollution généralisée, l’effondrement de la biodiversité, la dégradation et la destruction des sols, les nouvelles technologies et les innovations high-tech ne seront pas d’une grande utilité. Elles sont en effet très consommatrices de ressources rares et difficiles à recycler. La civilisation high-tech est stimulée par des flux insoutenables de matière et d’énergie. Pour conserver un niveau de confort et éviter les chocs de pénurie il faut explorer les voies possibles d’un système économique et socio-technique soutenable dans une planète finie.

Ce qui signifie faire décroître la consommation du superflu en renonçant à de nombreux produits importés, en relocalisant les productions industrielles et agricoles. Ce chemin vers plus de sobriété (abandon des véhicules individuels pour des transports collectifs et baisse de la consommation de matière et d’énergie) ne peut pas se concevoir au sein d’un système productif où les outils comptables ne servent que l’intérêt des détenteurs de capitaux et la maximisation de la rentabilité financière.

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