Tous hacktivistes

« Le citoyen a un devoir de critique et de désobéissance ! » : le droit inaliénable d’exercice d’une résistance « Lockienne » !

Non. Raimo Papper/Flickr, CC BY-NC

« Le citoyen a un devoir de critique et de désobéissance ! (Léo Strauss)

Il faut bien distinguer la résistance dans le cadre de ce que nous qualifions consensuellement de régime démocratique, de la résistance dans les régimes dictatoriaux. Dans le cadre des « démocraties », le pouvoir laisse – a priori – le désaccord de la population s’exprimer sans user de violence.

Un gouvernement en démocratie ne saurait cautionner violence et répression pour avoir gain de cause sur un mouvement contestataire. À ce sujet, en France, face aux dénonciations des réseaux sociaux il sera bientôt possible de savoir si le recours à la répression qui peut s’exprimer – entre autres – par des violences policières – est, oui ou non, un phénomène qui prend de l’ampleur – Un sujet paradoxalement relancé par l’affaire Benalla, faux policier de son état :

« Fin juin 2018, l’IGPN, c’est-à-dire la police des polices, a communiqué pour la première fois sur le sujet en livrant un chiffre inédit en France : en 2017, 14 personnes ont été tuées par la police et une centaine d’autres ont été blessées par les forces de l’ordre. Ces chiffres sont issus d’une expérimentation de recensement qui sera généralisée à tous les services de police en 2018. »

La résistance en démocratie

L’expression de la résistance en démocratie se concrétise dans : le droit de manifester. Le droit de faire la grève.

Cette résistance peut prendre des formes moins encadrées par le droit à l’exemple des ZAD (Zone à défendre) lorsque des intérêts privés des gouvernants, d’élus… méprisent (selon une partie de la population) l’intérêt public pour lequel ils ont été mandatés. La plupart du temps les ZAD ont vocation à « s’opposer à des projets d’aménagements dans dans des espaces ayant une dimension environnementale ou agricole ».

Un droit de résistance physique accepté en France tant par les gouvernés que par les gouvernants (du moins jusqu’à des périodes récentes et jusqu’à preuves du contraire). Ce droit de résistance physique originel peut aujourd’hui – avec Internet – être exercé de façon dématérialisée.

Ndla : À titre informel, le principal relais sur Twitter de toute forme de violence policière est l’Observatoire des violences policières. Par ailleurs si vous vous « estimez être victime ou témoin d’un comportement susceptible de mettre en cause des agents affectés dans un service de la police nationale », le site de l’IGPN met à votre disposition un formulaire de signalement.

La résistance en dictature

Dans les régimes dictatoriaux, la problématique est plus complexe. Comme l’expose Hannah Arendt (1906 – 1975) dans son ouvrage « Responsabilité et Jugement » lorsqu’elle évoque la responsabilité personnelle dans les régimes dictatoriaux.

Comme elle le souligne dans le cadre d’un effondrement des standards moraux total, comme ce fut le cas sous le régime nazi, les non-participants…

« Se sont demandés dans quelle mesure ils seraient capables de vivre en paix avec eux même après avoir commis certains actes ; et ils ont décidé de ne rien faire, non parce que le monde s’en porterait mieux, mais parce que ce n’était qu’à cette condition qu’ils pourraient continuer à vivre avec eux même. Ils ont donc choisi de mourir quand on les a forcés à participer. Pour le dire crûment, ils ont refusé le meurtre, non pas tant parce qu’ils tenaient au commandement « tu ne tueras point » que parce qu’ils ne voulaient pas vivre avec un meurtrier – à savoir eux-mêmes ».

Leur droit à la résistance c’était la mort.

De la culture de résistance de la rue à la culture de résistance du réseau

Dans les pays usuellement qualifiés de démocraties, nous avons pu constater que, bien qu’elles s’en défendent, des gouvernances n’hésitent pas à combattre « virilement » une contestation populaire, fût-elle légitime.

Elles usent pour cela de nombreux subterfuges et, lors de manifestations, de méthodes d’intimidation plus ou moins connus de tous et de toutes, comme le Kettling une méthode particulièrement prisée par la police britannique et qui a été éxperimentée en France en 2010… puis depuis régulièrement utilisée. Face aux manœuvres du pouvoir, qui lorsqu’il est contesté, joue souvent la carte de l’usure, Le droit à la résistance, que je nomme Lockienne en référence à John Locke apparaît bien encadré et limité dans le temps. L’époque n’est plus à la culture de la résistance de rue… ce qui n’est pas encore intégré par les médias de masse, qui jugent toujours de l’ampleur d’un désaccord au nombre de manifestants battant le pavé :

Errare ephemerides* (*journaux) est !

Surprise, ouvrez les yeux : c’est une démocratie qui censure le plus Internet !

Sur le réseau le droit à la résistance n’est pas aussi simple à faire agenouiller et plier. L’hacktivisme est une porte de sortie – qu’importe le régime – l’habituation des peuples à la servitude sociale volontaire est en phase terminale. Ce n’est donc nullement un hasard si ce droit à la résistance qui s’exprime sur un nouveau territoire est combattu farouchement.

Ce qui devrait inquiéter c’est que les plus grandes censures observées lors de contestation citoyenne – par coupure pure et simple d’accès à Internet en situation de crise – n’émanent pas systématiquement de régimes dictatoriaux comme on aurait pu le supposer. C’est même un pays démocratique qui remporte la palme de la pratique. Comme le note le journaliste Niall McCarthy dans un article publié dans Forbes : « c’est l’Inde qui a le plus censuré le réseau Internet sur une période de 30 mois s’étendant de janvier 2016 à mai 2018 ».

« Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l’obéissance il assure l’ordre ; par la résistance, il assure la liberté ». Alain

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À suivre

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