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L’enseignement supérieur de management entre agilité et rigidités : conversation avec Pierre-Michel Menger

Pierre-Michel Menger dans l'émission “Fenêtres Ouvertes sur la Gestion”

L’étude évoquée dans cette interview n’avait pas pour objectif de faire dans le sensationnel, même si elle n’en a pas moins fait sensation. Le débat s’est engagé ; il est heureux qu’il continue à battre son plein.

Dans un contexte où les interrogations sont nombreuses par exemple quant aux motifs de la hausse des frais de scolarité ou à la possibilité même des écoles de management de rester « dans la course », il était grand temps de déchirer le « voile d’ignorance ». Parce que c’est là une condition préalable et nécessaire à une problématisation véritable, susceptible de dépasser les poncifs d’une excellence – « en recherche », « à l’international »… – autoréférée pour mieux envisager avec lucidité l’avenir.

Je remercie donc Pierre-Michel Menger, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire sociologie du travail créateur, dont les travaux ont profondément inspiré l’étude évoquée, d’avoir accepté mon invitation à prolonger avec cette conversation. Rappelons en effet qu’avant de se prétendre science, la gestion est l’art de l’exercice pragmatique et cultivé du pouvoir. Son objet est singulier, d’essence paradoxal. Voilà pourquoi les catégories telles qu’elles ont pu, un temps, s’instituer, constituent aussi autant d’inerties cognitives potentielles à interroger. Au risque, sinon, de finir comme… Polaroid.

L’interview de Pierre-Michel Menger

Présentation de Pierre-Michel Menger (source : Collège de France)

Formé à la philosophie à l’École normale supérieure, puis à la sociologie à l’EHESS où il a élaboré son doctorat sous la direction de Raymonde Moulin, Pierre-Michel Menger a commencé sa carrière de chercheur en 1978, comme attaché de recherche au CNRS, pour achever une thèse à la fondation Thiers, avant d’être recruté par le CNRS en 1981. Il y a fait carrière jusqu’en mai 2013, puis il a rejoint le Collège de France. De 1993 à 2005, il a dirigé le Centre de Sociologie du travail et des arts (UMR EHESS CNRS). En 1994, il a été élu directeur d’études cumulant à l’EHESS, après y avoir enseigné les théories et les méthodes sociologiques depuis 1987. Il a par ailleurs enseigné la sociologie de la consommation, des modes de vie et du travail pendant plusieurs années à l’IEP de Paris comme maître de conférence. Il est en outre co-directeur de la Revue française de sociologie et membre du conseil scientifique de la Revue économique.

Pierre-Michel Menger a consacré ses premières recherches et publications à la sociologie de la création et de la consommation musicales. Les arts ne suscitèrent pas, dans les sciences sociales, un ensemble réellement cumulatif et novateur de recherches, sur le plan théorique et empirique, avant les années 1960, mais ils avaient intrigué Marx, Durkheim, Simmel, Weber ou Dewey. Il a abordé la musique en sociologue des professions, des conflits esthétiques et des mouvements d’innovation radicale, et des déséquilibres créés par le double schisme esthétique entre répertoire patrimonial et modernité d’un côté, dynamique autonome des recherches savantes et effervescence des créations populaires mises en marché par les industries culturelles, de l’autre.

Son activité est devenue résolument pluridisciplinaire à la fin des années 1980, quand il lui a semblé fécond de rapprocher la sociologie de l’économie, du droit et de l’histoire pour chercher à renouveler l’analyse théorique et empirique du travail, des marchés et des modèles d’acteur dans les sciences sociales, notamment à partir de recherches sur des activités et des systèmes d’emploi qui exacerbent les paris sur l’innovation et déclenchent des inégalités de réussite considérables. Entre 1988 et 1995, il a dirigé, au CNRS, un groupement de recherche consacré à l’analyse comparée de la valeur artistique en sociologie et en économie. Avec les collègues impliqués, il a pris appui sur l’originalité que présentent les arts pour approfondir l’analyse des marchés, et celle des situations de travail et des comportements de consommation en faisant dialoguer sociologues, économistes et historiens.

Depuis le milieu des années 1990, ses principales recherches empiriques ont porté sur les marchés du travail, notamment à travers des enquêtes et des analyses statistiques consacrées à l’étude des professions et du système d’emploi dans les arts du spectacle, sur les fragmentations du salariat, et, plus récemment, sur les carrières, les systèmes d’évaluation et la compétition professionnelle et scientifique dans l’enseignement supérieur et la recherche. Il a proposé un modèle théorique d’analyse du travail dans un de ses ouvrages, Le travail créateur, dont la traduction est parue en 2014 chez Harvard University Press (en version abrégée) et chez Yilin Press en Chine.

Depuis 2017, il est également membre du Conseil d’administration de la Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises (FNEGE).

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