Les Royaux, le petit prince George et la séduction Montessori

Et le petit prince s’en alla à l’école Montessori… Chris Jackson/AFP

La famille royale anglaise vient d’annoncer que le petit prince George entre à deux ans et demi au Westacre Montessori School de Norfolk.

Le petit prince George était jusqu’ici connu pour ses innovations vestimentaires, le voici sur les rangs des innovations éducatives. Un choix qui pour un français étonne, car notre école maternelle est réputée de qualité, du moins le pense-t-on souvent.

Qu’est-ce qui pousse la royauté anglaise à faire le choix d’une école privée, considérée comme « libérale » et qui a le vent en poupe plutôt que celui de l’école publique ? Cet entrefilet dans la presse people, relayé sur les ondes radio en ce début d’année 2016, suggère quelques réflexions.

École différente, élitiste et globale

De plus en plus de personnalités en Europe font pour leurs enfants le choix d’une école différente des autres, avec les pédagogies Freinet, Steiner, Waldorf, Decroly ou Montessori. Comment expliquer ce succès ? Quelle est donc la recette de la séduction de ces écoles ?

D’un certain point de vue, ces écoles correspondent souvent à une élite internationale. Elles sont chères (en France, entre 5 000 et 10 000 euros par an en moyenne). Elles confèrent l’assurance de rencontrer des fils et filles de célébrités, de cadres supérieurs, d’intellectuels réputés et de chevaliers d’industrie éclairés. On peut rester entre soi.

Est-ce suffisant pour des parents ? Certes non. Est-ce l’image que souhaite envoyer la famille royale pour son petit prince ? Là-aussi, sans doute pas.

Au-delà d’un sentiment d’appartenance qui anime les anciens élèves, les écoles Montessori diffusent un message d’ouverture aux langues non négligeable dans les milieux aisés que touche en premier la globalisation, le message du bilinguisme, voire du trilinguisme dès la maternelle.

Cela les rend attractives pour ce type de public. Tout ce qui constitue une alternative au dispositif classique peut être perçu comme un « plus » éducatif. Mais est-ce là aussi suffisant ?

William, le père du petit prince George, sur la demande insistante de sa mère, Lady Diana, a lui-même connu dans son enfance une école Montessori, tout comme son frère Harry.

Avant eux, les membres de la famille royale étaient éduqués au palais. La princesse de Galles en tant qu’éducatrice avait côtoyé les approches Montessori. William est ainsi fidèle aux engagements maternels. Il ne s’agit pas d’un choix innovant, mais de la confiance dans un dispositif d’accueil de la petite enfance qui convient à Kensington Palace autant qu’à Kate et William pour des raisons familiales. Voilà un argument plus prégnant.

Femme médecin, philosophe, psychologue, biologiste et pédagogue

Les écoles Montessori ont été créées par Maria Montessori, une femme médecin, philosophe, psychologue, biologiste et pédagogue italienne (1870-1952), dont l’option était « l’aide à la vie ».

Ces écoles sont plus répandues dans l’univers éducatif anglo-saxon que français. Sur 22 000 écoles Montessori dans le monde, on en dénombre environ 5 000 aux USA, et quelque 80 en France, installées surtout en Ile de France et sur la Côte d’Azur, reconnues par l’association MFA affiliée à l’association internationale des écoles Montessori (AMI).

Ainsi, ces écoles privées ont-elles une place dans les cultures de l’accueil du petit enfant avant 6 ans qui apparaît plus comme une « alternative » dans le monde qu’en France, où l’école maternelle est le modèle dominant.

C’est avant tout une affaire de culture éducative. L’école avant 6 ans (ou 5 ans dans certains pays) n’est pas obligatoire et les parents ne sont pas tous prêts à mettre leur rejeton « à l’école », ils sont parfois plutôt enclins à le mettre dans des structures d’accueil plus familiales ou plus respectueuses des doudous, siestes et de la fratrie…

La volonté affichée de l’approche Montessori est de se centrer sur le développement de « l’enfant en tant que personne » sous tous ses aspects. Sa pédagogie entend favoriser les choix des enfants, leur autonomisation et leur sens critique face au monde dont ils découvrent la complexité.

Elle laisse le temps au temps : un enfant n’a pas de contraintes pour apprendre à lire à 6 ans ou pour savoir compter à 5 ans, on lui fait confiance, ce qui lui donne une bonne image de lui-même.

Quelles compétences ?

L’émulation (concours et défis en ateliers) remplace la concurrence ou la compétition (pas de notes ni de classements). L’enfant peut développer des compétences intellectuelles par la manipulation et le corps.

L’école Montessori laisse place à la sensibilité artistique, l’ouverture d’esprit et le respect de la différence, des valeurs que l’école publique ne met sans doute plus assez en avant.

Outre ces valeurs qui donnent du sens aux apprentissages des enfants, les principes mêmes de l’apprentissage sont importants et les enseignants doivent en connaître les ficelles. Cela favorise des compétences émotionnelles et sociales autant que cognitives. On pourrait en retenir quelques principes pour notre école maternelle qui dérive souvent vers la seule préparation de l’école élémentaire.

Mais attention, n’importe qui peut ouvrir une école privée hors contrat en France. De fait, il convient de bien se renseigner sur l’établissement avant d’y inscrire son petit bout.

Toutes les écoles privées doivent distribuer un message fort et s’appuyer sur un programme pour séduire la clientèle des jeunes parents, d’autant que les communautés d’expatriés qui constituent une source de recrutement se passent les bons tuyaux en matière de structures d’accueil de la petite enfance.

Une école Montessori en France. Loic Venance/AFP

Un élément important pour faire un choix en tant que parent consiste à bien connaître son enfant : a-t-il/elle besoin de suivi personnalisé, d’être en groupe, de suivre un programme guidé, etc. ? Les écoles sont plus ou moins adaptées selon les enfants. La réussite scolaire se joue avant 6 ans, mais les choix doivent correspondre aux enfants.

Dans une expérimentation d’activités de type Montessori dans un établissement de la banlieue parisienne, on a pu constater « une émulation de groupe encouragée par la mixité des âges (3, 4 et 5 ans) et par les objectifs ambitieux que les enfants se fixent et atteignent ». De tels principes sont donc transférables.

Découverte du monde

Que ceux qui soulignent que l’on met souvent ses enfants dans des écoles alternatives lorsque ceux-ci sont en échec (surtout à partir du collège) se rassurent. Les enfants réussissent aussi bien dans ces écoles que dans le système public classique, selon les rares recherches du domaine.

Ce type d’établissement accorde une attention plus grande à l’enfant, il personnalise souvent l’enseignement ou la découverte du monde. L’action de « personnaliser » bien plus que celle d’« individualiser » permet de mieux accompagner un enfant.

Personnaliser permet d’avoir de l’ambition pour les enfants. Mais encore faut-il disposer des conditions de travail qui favorisent de telles activités, comme un nombre moins élevé d’enfants dans les classes, des groupes ouverts et non par tranches d’âge, ou un recours plus intelligent au jeu.

Ainsi, le choix de la famille royale anglaise correspond-il à une culture éducative de type Anglo-saxonne et de tradition familiale récente, au moins autant qu’au désir de mettre son enfant en sécurité dans une école en impasse dans un village loin de la capitale.

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