Rien ne sert de produire responsable, il faut acheter durable

Les batteries rechargeables sont responsables… mais, dépendantes du graphite, sont-elles durables? Bruce Guenter / Flickr, CC BY

Dans quelle mesure des produits affichés comme « verts », « écologiques » ou encore « respectueux de l’environnement » relèvent-ils réellement d’une démarche de production responsable ?

L’idée de cet article est de montrer que tout projet évoquant la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) doit certes reposer sur des processus de fabrication responsables, mais également sur les problématiques émergentes des approvisionnements et des achats durables.

Notre propos n’est pas de mettre en doute la bonne foi des organisations qui communiquent sur leur quête de nouveau modèle de développement durable. Nous ne sous-estimons donc pas la portée de challenges permettant à des entreprises vertueuses de valoriser le travail qu’elles ont accompli, à l’image de « La nuit de la RSE », qui a rassemblé un millier de professionnels en novembre dernier. Nous voudrions simplement souligner que les promesses faites par les entreprises à leurs clients, particuliers (B2C) comme professionnels (B2B), de s’engager dans une démarche responsable, doivent passer par l’élaboration de stratégies appropriées de collaboration avec les fournisseurs et d’achats durables

Que signifie concrètement « Produire Durable » ?

La production durable consiste classiquement à minimiser l’impact sociétal de l’action de produire. Il s’agit de privilégier des procédés de fabrication qui requièrent moins d’énergies et de ressources puis de limiter voire de valoriser les inéluctables déchets à la fin du cycle. Les produits commercialisés sont définis comme durables s’ils ne sont pas détruits lors de leur utilisation, tout en pouvant présenter une usure sur le long terme. Ces biens durables sont le plus souvent des biens d’équipement du foyer et de la personne, mais les secteurs concernés sont nombreux.

Attardons-nous sur le cas des batteries électriques, très présentes dans nos utilisations quotidiennes (radio, électroménager….) et dans nos achats de petit équipement (vélo à assistance électrique, outillage) ou nos équipements de plus long terme (véhicule électrique). Ces accumulateurs sont présentés comme des éléments respectant les trois piliers du développement durable. Ce sont tout d’abord des outils de transition technologique issus de procédés de production les moins énergivores possible dans une perspective de mobilité « zéro émission » (dimension environnementale). Ils sont ensuite considérés comme des innovations stratégiques permettant aux constructeurs de préserver leur survie (dimension économique). Ils accompagnent enfin les évolutions sociales en rendant les clients indépendants des piles et des branchements électriques continus pour leurs appareils numériques en mode nomade (dimension sociétale). Cette démarche de production durable peut certes être qualifiée – dans un premier temps – de responsable et contribue à la crédibilité du vendeur au travers de son engagement. Elle pose cependant – dans un second temps – les questions de la provenance des composants et plus largement de la fiabilité des fournisseurs.

Des achats responsables … aux achats durables

Un produit manufacturé est la plupart du temps un assemblage de composants et de matières premières. Si le produit final est présenté comme durable, alors la question de la durabilité des composants se pose automatiquement.

Un consensus semble se dégager sur le fait que des achats dits « responsables » correspondent à des pratiques intégrant des spécifications en faveur des deux critères de protection de l’environnement et de progrès social.

Le périmètre des achats dits « durables » intègre, en plus, le critère économique comme souligné par de nombreux auteurs. Il repose sur l’engagement en faveur du développement durable des opérateurs tout au long de la chaîne logistique, ce qui inclut les achats et approvisionnements. Dans cette optique, les achats « durables » désignent alors le processus qui combine ces trois critères usuels faisant d’une chaîne d’approvisionnement vertueuse une source de création de valeur pérenne.

De cet encastrement de l’intégralité des activités d’une chaîne de valeur, se dégage alors bien l’impérieuse nécessité de trouver des fournisseurs et des prestataires logistiques qui soient eux même « engagés ». Cette adéquation permet de les « encapsuler » dans l’écosystème des parties prenantes autour de l’acheteur professionnel, pilier du développement durable dans l’entreprise.

S’engager … mais à quel prix ?

Outre les objectifs traditionnels liés à la qualité attendue, aux coûts optimisés et aux délais respectés, les pratiques d’achats durables engagent donc l’entreprise dans la protection de l’environnement, la pérennité économique et l’inclusion sociale dans le but de créer encore plus de valeur.

Cette création de valeur n’est d’ailleurs pas que marchande : les clients finaux accordent de la valeur au service rendu ou aux besoins satisfaits, les fournisseurs à la confiance qui leur est manifestée, les salariés aux méthodes de travail déployées, les partenaires à l’image et à la réputation projetées…

Mais, passer d’achats classiques aux achats durables a un coût. L’écoconception des produits et des processus, la préservation de l’environnement, les audits fournisseurs, dont la vigilance sur les conditions de travail, génèrent des dépenses supplémentaires.

Et l’engagement peut aller encore plus loin dans la logique de l’actuelle COP 21 si l’acheteur adhère financièrement aux principes du Global Compact intégrant les thématiques ambitieuses que sont l’environnement bien entendu, mais également les droits de l’homme, les normes internationales du travail et la lutte contre la corruption, comme 13 000 organisations déjà engagées dans plus de 160 pays.

… Reste à bien gérer les risques

La mutation vers des achats durables permet de prendre conscience que la responsabilité présente des risques inhérents à la dimension « systémique ».

Reprenons l’exemple des batteries électriques dont le principal composant est le graphite. La demande mondiale de graphite, matériaux verts, avoisine actuellement les 35 kilos par seconde. Son augmentation est tellement forte que la fin de cette ressource naturelle est annoncée pour 2062.

Est-ce une démarche durable de continuer à concevoir, avec cette matière première, autant de produits semi-finis (alliages de raquettes de tennis, joints d’étanchéité, électrodes, etc.) ou finis tels que les mines de nos crayons de bois ? De même, que dire de sa chaîne logistique puisque 80 % des réserves de graphite se situent en Chine alors que les acheteurs sont plutôt dans les pays développés.

« Acheter durable » apparaît ainsi comme une opportunité de structurer ses échanges avec les parties prenantes par le sourcing de biomatériaux, l’écoconception, la coopération avec les fournisseurs clés, etc. Cette approche relationnelle systémique est certes plus compliquée à mettre en œuvre qu’une approche transactionnelle classique, mais elle peut constituer une clé d’entrée innovante pour les projets RSE.