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2021, année décisive pour la protection et la restauration des forêts mondiales ?

En août 2020, dans l’État de Para au Brésil, coucher de soleil sur fond de fumées provenant d’incendies illégaux. CARL DE SOUZA / AFP

La publication fin mars 2021 du bilan des déforestations pour l’année 2020 par le World Resources Institute est à nouveau alarmante.

Selon ce document, la perte de couvert forestier atteint les 25,8 millions d’hectares, soit plus de 0,6 % de la superficie mondiale des forêts, estimée à plus de 4 milliards d’hectares par la FAO (avec 45 % de forêts tropicales, 27 % de forêts boréales, 16 % de forêts tempérées et 11 % forêts subtropicales). Les forêts représentent environ 31 % de la superficie des terres émergées du globe.

Ce recul concerne tout particulièrement les forêts tropicales, où la perte atteint les 12,2 millions d’ha, dont 4,2 millions de forêts humides primaires – c’est 12 % de plus qu’en 2019 et ceci malgré le ralentissement de l’économie mondiale imposé par la pandémie.

Le Brésil constitue le pays responsable de la majorité des déboisements de forêts humides primaires (1,7 million d’ha), avec une augmentation de 25 % des destructions dans ce pays en 2020 par rapport à 2019.

Répartition des types de forêts dans le monde.

Les forêts, ces précieux « puits de carbone »

Toujours selon les données de la FAO, les forêts de la planète mobilisent environ 662 gigatonnes (Gt) de carbone en 2020 (contre 668 en 1990), avec une densité moyenne de 163,1 tonnes de C/ha en 2020 (contre 158,8 en 1990). La forêt constitue ainsi, avec le milieu marin, un des principaux « puits de carbone ».

La forêt, première solution contre le changement climatique, avec Jean Jouzel. (Reforest’Action/Youtube, 2019).

On le comprend bien, la destruction des forêts contribue à réduire cette fonction de fixation du carbone.

Or cette destruction se poursuit à un rythme accéléré : elle représente selon la FAO, 178 millions d’hectares de forêts (tous types confondus) pour la période entre 1990 et 2020 ; dans les régions tropicales, l’extension de l’agriculture et de l’élevage en constitue la cause principale.

Selon Global Forest Watch, de 2002 à 2020, il y a eu une perte de 64,7 millions d’hectares (M ha) de forêt tropicale humide primaire (soit une perte de 6,3 % de sa superficie) ; cela correspond à 16 % de la perte de forêt dans le monde.

Forêt tropicale protégée de la réserve naturelle nationale de La Trinité, en Guyane. Olivier Tostain/ECOBIOS, CC BY-NC-ND

Les forêts sont également les victimes du changement climatique, en particulier les cyclones et tempêtes, les sécheresses et surtout les incendies.

La FAO avance le chiffre de 98 M ha de forêts touchées par les incendies en 2015. Au cours des dernières années, ce sont 18 M ha qui ont brûlé en Australie pour la période 2019-2020 et 21 M ha qui sont partis en fumée en Sibérie au cours des 6 premiers mois de l’année 2020.

Lutter contre la déforestation importée

Comment inverser ces tendances délétères ?

La première action à mener est évidemment d’agir sur la déforestation volontaire, en particulier celle des forêts primaires dans les zones tropicales, car ce sont ces forêts primaires qui abritent de loin la biodiversité la plus élevée.

Cela concerne tout particulièrement les États qui abritent ces forêts, mais également les pays importateurs des produits issus de la déforestation, dont l’Europe, considérée par le WWF comme responsable en 2017 de 16 % de la déforestation du fait de sa consommation de denrées issues des déboisements ; c’est ce phénomène que l’on appelle la « déforestation importée ».

La France a adopté en 2018 une stratégie nationale ambitieuse contre la déforestation importée, mais celle-ci peine à être mise en œuvre. Dans une récente communication, le WWF a identifié les produits importés par la France qui présentent le plus d’enjeux – et correspondant à une surface potentielle de déforestation annuelle de 5,1 millions d’hectares.

Infographie du WWF sur la déforestation importée. WWF

Avec d’autres ONG, le WWF a aussi proposé fin 2020 dix actions concrètes pour lutter contre la déforestation importée ; et l’UE devrait également proposer une loi cette année.

Débats autour de la « reforestation massive »

Une seconde action concerne la restauration et la reforestation des zones dégradées et déboisées. Dans ce domaine, le « défi de Bonn » adopté en 2011 a retenu l’objectif de restauration de 150 millions d’hectares de terres dégradées et déboisées d’ici à 2020. Objectif rehaussé à 350 millions d’hectares en 2014 lors du Sommet des Nations unies sur le climat… mais aussi reporté à 2030.

Ces mesures ont été approuvées à ce jour par plus de 100 gouvernements, organisations de la société civile et entreprises ; des engagements de restaurations et plantations ont été pris par 43 pays.

Mais des scientifiques se sont alarmés en 2019 des propositions de plantations monospécifiques – ne correspondant en rien à des forêts naturelles et n’en présentant pas les mêmes intérêts pour la biodiversité et le climat – faites par certains pays (le Brésil, par exemple, pour 19 M ha, soit 82 % de ses engagements de restauration).

En juillet 2019, une publication dans la revue Science avait fait grand bruit, estimant qu’il serait possible d’accroître la superficie forestière mondiale de 0,9 milliard d’hectares ; ce qui permettrait de stocker 205 Gt de carbone supplémentaires.

Mais dans un commentaire publié deux semaines plus tard, d’autres spécialistes ont considéré que ces estimations comportaient de nombreuses erreurs. Un erratum a fait suite à ces commentaires.

L’idée de « reforestation massive » a toutefois fait son chemin, reprise par exemple début 2020 par le Forum économique mondial de Davos, avec un projet de plantation de 1000 milliards d’arbres, avec l’objectif de capter l’essentiel des émissions de CO2.

Cette proposition a rapidement été considérée comme irréaliste, du fait d’erreurs d’évaluation et de l’impossibilité de réaliser de telles plantations sans impacter fortement terres agricoles et écosystèmes ouverts (comme les savanes).

Forêt tempérée protégée (frênaie-érablaie) des vallons des plateaux calcaires de Lorraine. Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND
Forêt boréale (sapinière à sapin baumier) à Saint-Pierre et Miquelon. Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Une année de mobilisation mondiale

En janvier 2021, le Sommet mondial sur l’avenir de la planète, le « One Planet Summit », a marqué le début d’une série d’évènements en faveur de la préservation de l’environnement et de la biodiversité en particulier. Cette quatrième édition aura notamment vu la relance du projet de la grande muraille verte du Sahel. L’Alliance pour la préservation des forêts tropicales aura également reçu une forte attention lors de l’événement.

En septembre prochain, se tiendra le Congrès mondial de la nature, organisé par l’UICN à Marseille ; puis en octobre, la conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP 15) prévue à Kunming en Chine.

Un des objectifs de ces conférences est d’inciter les États à renforcer les superficies protégées et restaurées dans le monde, l’ONU ayant déclaré la décennie 2021-2030 comme celle de la « restauration des écosystèmes ».

Espérons que son futur bilan sera plus satisfaisant que celui de la décennie précédente, tant pour le climat que la biodiversité, aucun des 20 « objectifs d’Aichi » n’ayant été pleinement atteint.

Comment restaurer des centaines de millions d’hectares de forêts ?

Sur la thématique plus spécifique de la conservation et de la restauration des forêts, deux conférences internationales ont mobilisé scientifiques et décideurs en ce début d’année : la « Reforestation for biodiversity, carbon capture and livelihoods », à partir de Londres et le « Global Forest Summit », à partir de Paris.

La rencontre londonienne aura permis de présenter les 10 règles d’or devant guider les opérations de restauration des forêts ; elles avaient fait l’objet d’une récente publication.

Les dix règles de la reforestation.

Il s’agit de protéger prioritairement les forêts existantes ; travailler avec les populations locales ; maximiser la restauration de la biodiversité ; sélectionner la surface adéquate pour la reforestation ; privilégier la restauration naturelle ; choisir les espèces d’arbres qui maximisent la biodiversité ; utiliser des espèces d’arbres résilientes qui peuvent s’adapter au climat changeant ; programmer à l’avance ; apprendre en faisant ; rentabiliser les opérations.

Au Global Forest Summit de Paris (dont le mot d’ordre était « Protect faster, Restore stronger »), la priorité a été donnée à la protection des forêts subsistantes, soulignant la nécessité de stopper la déforestation puis de mener des opérations correspondant à de réelles restaurations de « forêts naturelles », différentes de plantations ligneuses monospécifiques à seul objectif de production ; il s’agissait également de développer des partenariats avec les acteurs des territoires concernés.

Co-organisatrice du Global Forest Summit de Paris, Reforest’action a financé depuis sa création en 2010 la plantation ou la régénération de plus de 11 millions d’arbres dans 30 pays dans le monde. De nombreuses autres structures interviennent dans de telles actions, en France en premier lieu l’Office national des forêts qui y gère près de 11 millions d’hectares de forêts publiques, dont plus de la moitié en Outre-mer (Guyane en tête).

Reportage sur une action de reboisement en région parisienne. (Département des Yvelines/Youtube, 2019).

Atteindre la neutralité carbone

Dans sa stratégie en faveur de la biodiversité, l’Union européenne a également affiché un objectif de plantation au cours de la prochaine décennie de 3 milliards d’arbres sur son territoire, en respectant les principes écologiques.

Il est toutefois évident que ce volet de restauration et surtout de plantation de forêts – très prisé actuellement par les entreprises au titre de la « compensation carbone » – ne doit pas se faire au détriment des efforts prioritaires nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, indispensables pour espérer atteindre la neutralité carbone en 2050.

Ces efforts sont plébiscités par des mobilisations d’un nombre de plus en plus important de citoyens, à l’image en France de la Convention citoyenne pour le climat et de « l’Affaire du siècle ». L’enjeu n’est ni plus ni moins que les conditions de vie pour l’espèce humaine au cours de la deuxième moitié du XXIe siècle !

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