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Sur cette photo datant de juillet 2020, l'ancien président Donald Trump se tient devant une image du Mont Rushmore, dans le Dakota du Sud, où ont été sculptés dans la pierre les visages des présidents Theodore Roosevelt, Thomas Jefferson, George Washington et Abraham Lincoln. Photo AP/Alex Brandon

À quoi s’occupent les ex-présidents ? Trump et la vie après la Maison-Blanche

Dans son roman, Le Général dans son labyrinthe, l’auteur Gabriel Garcia Marquez, raconte les derniers jours de Simon Bolivar, premier président de la Colombie, qui a fui Bogota en 1830 après avoir renoncé au pouvoir.

Malade et mourant, le « libertador » sud-américain est décrit dans le livre comme un homme secoué par sa fin imminente et celle de sa course effrénée pour réaliser ses ambitions. « Comment vais-je me sortir de ce labyrinthe ? », soupira-t-il un jour…

Donald Trump est-il le Simon Bolivar des temps modernes ?

L’ex-président est certainement confronté à ses démons depuis son départ. Il a subi de multiples humiliations, dont celle d’avoir connu deux procès en destitution, d’avoir perdu les élections, d’être maintenant la cible de poursuites et de devoir rembourser des millions en prêts. Ces malheurs pourraient bien ébranler les entreprises de Trump et transformer la Trump Tower en tour infernale.

Que fera-t-il de sa vie après la Maison-Blanche ?

Nous le saurons peut-être bientôt lorsque qu’il prendra la parole lors de la Conservative Political Action Conference, connue sous le nom de CPAC, ce week-end. Il y parlera probablement de l’avenir du parti républicain — et de son rôle dans celui-ci.

Des retraites productives

Comment tous les autres anciens présidents ont-ils occupé leur temps ?

Même si les connaissances de Trump en histoire sont limitées (il a parlé de l’abolitionniste Frederick Douglass, décédé en 1895, comme s’il était toujours vivant et a suggéré que l’armée continentale avait envahi des aéroports pendant la révolution américaine), les leçons du passé pourraient néanmoins l’aider à réfléchir de manière productive au prochain chapitre de sa vie.

Les présidents fondateurs — George Washington, John Adams et Thomas Jefferson — ont tous eu une vie active après avoir quitté leurs fonctions en s’occupant de leurs plantations et de la gestion de leur ferme ; Trump pourrait aussi retourner à ses activités commerciales.

Une pancarte sur une remise à claques blanche indique Adams Homestead, Erected 1717
Une pancarte sur une remise commémore la maison de ferme de John Adams, vieux de 304 ans, à Newington, N.H. AP Photo/Robert F. Bukaty

Adams et Jefferson ont également profité de leur nouveau temps libre pour étudier la philosophie, la religion et l’histoire. Jefferson a transposé son intérêt pour la science dans les cultures de sa plantation de Monticello en Virginie — et a fondé l’Université de Virginie.

Adams et Jefferson ont entretenu une vaste correspondance entre eux. Les lettres du second président pouvaient être très critiques vis-à-vis de ses semblables ou encore d’une charmante autodérision.

Le fils du second président, John Quincy Adams, a choisi une autre voie après avoir perdu l’élection de 1828, âprement disputée, contre Andrew Jackson. Refusant de prendre sa retraite au Massachusetts, il a accompli neuf mandats à la Chambre des représentants. Il est même mort dans la salle des orateurs après s’être effondré au cours d’un débat, mettant ainsi fin à une carrière post Maison-Blanche dans laquelle il fut l’une des plus importantes voix abolitionnistes au pays.

Ulysses S. Grant a également suivi son propre chemin… littéralement.

Une statue grandeur nature du Général Ulysses S. Grant
Une statue grandeur nature du Général Ulysses S. Grant, stylisée d’après une photographie, dans la bibliothèque présidentielle Ulysses S. Grant au Mississippi. AP Photo/Rogelio V. Solis

Lui et sa femme, Julia Grant, ont pris deux ans pour faire le tour du monde. Héros de la guerre civile, Grant était célébré partout sur son passage. Le couple a pris le thé au Château de Windsor (où la reine Victoria a trouvé Mme Grant « courtoise et sympathique à sa manière ») et discuté pendant des heures avec Otto von Bismarck après que le Général Grant eut simplement frappé à sa porte.

De retour chez lui, l’ancien président s’est présenté pour la troisième fois à la Maison Blanche — mais il a été devancé à la convention républicaine de 1880 par James A. Garfield. Les dernières années de Grant ont ensuite été consacrées à la lutte contre les difficultés financières et le cancer, avec Samuel Clemens — plus connu sous le nom de Mark Twain — qui l’a incité à écrire ses mémoires considérées comme un chef-d’œuvre.

Anciens présidents modernes

Le XXe siècle offre plus de variété.

La carrière post-présidentielle de Theodore Roosevelt se distingue par son caractère épique. Après l’inauguration de son successeur, William Howard Taft, Roosevelt a dirigé une expédition de chasse au gros gibier en Afrique pour la Smithsonian Institution et le Musée d’histoire naturelle de New York. Les chasseurs ont tué 11 400 bêtes, dont six rhinocéros blancs

Trump se tient devant un tableau de Theodore Roosevelt
Sur cette photo datant de décembre 2018, Trump se tient devant un tableau de l’ancien président américain Theodore Roosevelt dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche. AP Photo/Jacquelyn Martin

Comme Grant avant lui, Roosevelt a continué de voyager, pendant des mois en Europe pour rencontrer les monarques et les chefs de gouvernement. Et comme Grant, l’accueil triomphal par les siens à son retour a ravivé son appétit politique. Mais comme pour Grant, sa tentative a échoué.

Se présentant comme un « orignal mâle » progressiste, Roosevelt a décidé de créer un troisième parti lorsque la convention républicaine de 1912 a plutôt reconduit Taft à la tête du parti et que Woodrow Wilson a gagné la Maison Blanche avec 42 % des votes populaires.

Taft a ensuite eu un avenir semblable à celui de John Quincy Adams. Après avoir été professeur de droit à Yale, il a été nommé président de la Cour suprême en 1921.

Mémoires et bibliothèques

Au milieu du XXe siècle, la vie après la Maison Blanche a eu ses constantes. À commencer par Harry Truman, chaque président — à l’exception tragique de John F. Kennedy — a écrit ses mémoires et contribué à construire les bibliothèques présidentielles, réprimant ainsi sans doute leurs envies de revenir à la politique.

Certains ont profité de cette période d’écriture pour se détendre. Dwight Eisenhower, par exemple, a joué au golf, est allé pêcher et a joué au bridge (ce qu’il faisait déjà régulièrement lorsqu’il était à la Maison-Blanche).

Eisenhower s’est mis au golf après avoir quitté la Maison Blanche. Avec l’aimable autorisation du World Golf Hall of Fame.

Certains ex-présidents ont été limités dans leur projet en raison de leur état de santé (Lyndon Johnson avait des problèmes cardiaques et Ronald Reagan a souffert de la maladie d’Alzheimer). L’un d’entre eux — Richard Nixon — a travaillé d’arrache-pied pour rétablir sa réputation en devant une éminence grise auprès d’autres présidents.

Jimmy Carter sourit
Sur cette photo de novembre 2019, l’ancien président Jimmy Carter enseigne à l’école du dimanche à l’église baptiste Maranatha de Plains, Ga. AP Photo/John Amis

Plusieurs d’entre eux ont consacré leur énergie et leur renommée à la création de nouveaux services publics — par exemple, le programme de résolution des conflits de Jimmy Carter, son travail pour Habitat pour l’humanité et la Fondation Clinton fondée par Bill Clinton.

Donal Trump aura sa propre carrière post-présidentielle — probablement aussi peu conventionnelle et peut-être aussi troublante que ses années à la Maison-Blanche, mais l’ancien président cherchera certainement une échappatoire — ce que Bolivar n’a pas su trouver — dans son propre labyrinthe de Mar-a-Lago.

Il y aura du golf, bien sûr, à la Eisenhower, et probablement une autobiographie, même si l’on imagine le pauvre rédacteur anonyme anéanti par des tête-à-tête avec Trump ponctués de commentaires enflammés de la taille d’un gazouillis.

Plus important encore, Trump tentera sûrement de s’immiscer dans les élections de 2024, à la Roosevelt, en se pavanant lors des rassemblements ou peut-être en créant un nouveau média pour concurrencer Fox News.

Quelle que soit la voie que choisira Trump, on y trouvera des relents du malheur de Simon Bolivar, illustrés par Garcia Marquez : « Une nuit étrange… lourde de pleurs d’orphelins et d’odeur de putréfaction. »

This article was originally published in English

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