Covid-19 : hausse des problèmes de santé mentale chez les femmes enceintes

Berthelot Nicolas, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Plusieurs chercheurs et cliniciens à travers le monde se sont montrés préoccupés d’une possible augmentation des problèmes de santé mentale dans la population en lien avec la pandémie de Covid-19. Certains envisagent même que cette pandémie, et les mesures de confinement et de distanciation sociale qui y sont associées, pourraient être à la source d’une « épidémie de troubles mentaux ».

Des sous-groupes de la population pourraient s’avérer particulièrement vulnérables face au stress engendré par la pandémie de Covid-19. C’est notamment le cas des femmes enceintes, et ce, pour trois raisons.

D’abord, la pandémie de Covid-19 affecterait particulièrement les femmes sur le plan psychosocial puisqu’elles sont plus nombreuses à occuper un emploi dans le réseau de la santé. De plus, davantage de femmes sont mères monoparentales et elles sont les principales concernées par l’augmentation de la violence conjugale, remarquée depuis le début de l’urgence sanitaire.

Ensuite, la grossesse et la période entourant la naissance d’un enfant sont à la source de bouleversements dans un grand nombre de sphères (physique, professionnelle, sociale, identitaire) et représentent en soi une période de vulnérabilité particulière pour la santé mentale.

Finalement, la détresse psychologique en cours de grossesse pourrait avoir d’importantes conséquences pour les mères et leur fœtus. En effet, des symptômes anxieux ou dépressifs chez les femmes enceintes ont été associés à un moins bon fonctionnement chez les mères, à un plus faible poids de l’enfant à sa naissance, à un âge gestationnel moins élevé à la naissance et à un risque accru de problèmes dans le développement de l’enfant, comme des retards du développement cognitif et du développement socioémotionnel.

Notre groupe de recherche interdisciplinaire s’intéresse aux situations qui placent à risque l’enfant dans son développement personnel de même que les parents dans leurs capacités à répondre aux besoins de ce dernier. Nous avons démontré, dans ce qui nous apparaît être la première étude canadienne révisée par les pairs sur la santé mentale dans le contexte de la pandémie de Covid-19, que le contexte d’urgence sanitaire actuel contribue à une augmentation de la détresse psychologique chez les femmes enceintes.

Des symptômes anxieux et dépressifs

Cette recherche a été réalisée auprès de 1754 Québécoises en attente d’un enfant, dont 1258 ont répondu à un questionnaire sur différents types de symptômes en santé mentale, entre le 2 et le 13 avril 2020, peu après la déclaration de l’état d’urgence sanitaire. Les 496 autres participantes avaient, quant à elles, complété le même questionnaire avant la pandémie de Covid-19.

Les résultats confirment une forte augmentation des symptômes dépressifs et anxieux ainsi qu’une légère augmentation des symptômes dissociatifs et post-traumatiques. Les femmes enceintes ayant participé à l’étude dans le contexte de la pandémie étaient près de deux fois plus à risque de rapporter des symptômes d’une sévérité telle qu’un diagnostic de trouble de santé mentale pourrait être posé.

Une telle augmentation de la détresse psychologique n’est pas particulièrement surprenante, considérant l’ampleur du stress engendré par la Covid-19 et que les mesures de distanciation sociale privent souvent les femmes enceintes d’un soutien important, donc celui de leur partenaire lors des rendez-vous médicaux. Or, ces résultats n’en sont pas moins alarmants et l’absence d’une réponse forte et immédiate pour soutenir le bien-être psychologique des femmes enceintes aura d’importantes répercussions.

D’abord, le contexte de la pandémie de Covid-19 contient simultanément les quatre principaux ingrédients de la dépression postpartum : l’expérience d’événements de vie stressants, des symptômes dépressifs ou anxieux, et un support social limité. Ensuite, les recherches antérieures sur des stresseurs sévères affectant la population, comme la crise du verglas de 1998, soutiennent que les enfants nés dans les mois qui ont suivi ces stresseurs sont plus nombreux à avoir présenté d’importants problèmes dans leur développement. Le développement d’une génération d’enfant, à travers le monde, pourrait ainsi être compromis par la pandémie de Covid-19 si des mesures de soutien ne font pas un contrepoids significatif au stress engendré par cette pandémie.

Intervenir rapidement

Or, les femmes enceintes ne sont pas une priorité actuellement, notamment parce qu’elles ne seraient pas un groupe particulièrement vulnérable à une infection par la Covid-19. Les lignes de pratiques en matière de suivi médical auprès des femmes enceintes tardent à inclure des recommandations spécifiques liées à la santé mentale et peu d’interventions psychosociales sont actuellement rendues disponibles aux femmes enceintes.

Un programme d’accompagnement en ligne pour soutenir les femmes enceintes ayant vécu des événements traumatisants a été lancé par l’équipe STEP du Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et de la famille de l’UQTR.

Nous sommes d’avis que des stratégies innovantes doivent être déployées rapidement afin de dépister et limiter la détresse psychologique chez les femmes enceintes. Ceci inclut des mesures simples qui peuvent être mises en place par les professionnels oeuvrant auprès des femmes enceintes. On peut leur demander si elles se sentent plus nerveuses, tristes ou agitées, répondre à leurs questions sur les répercussions de la Covid-19 sur la grossesse et le suivi médical, les rassurer et offrir de l’information sur des stratégies pour diminuer la détresse.

Des mesures plus complexes pourraient également être mises de l’avant rapidement, telles que des interventions en ligne visant à soutenir les femmes enceintes. Par exemple, notre équipe (STEP – Soutenir la Transition et l’Engagement dans la Parentalité) du Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et la famille, offre actuellement un programme d’accompagnement en ligne pour les femmes enceintes qui, en plus d’être confrontées à la Covid-19, auraient vécu des expériences stressantes ou difficiles au cours de leur enfance.

Pour recevoir de l’information sur notre programme d’accompagnement, les femmes enceintes peuvent laisser leurs coordonnées au lien suivant : uqtr.ca/programmeSTEPenligne.

Pour participer à nos recherches, consultez la page Covid-19 du CEIDEF au : uqtr.ca/ceidef

Commentez cet article

Berthelot Nicolas receives funding from Fonds de recherche en Santé du Québec (FRQS) and the Public Health Agency of Canada.

Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) apporte des fonds en tant que membre fondateur de La Conversation CA-FR.