Les MOOC aident les jeunes à mieux s'informer sur les universités avant de s'y inscrire. Shutterstock

Les MOOC, de bons outils de promotion pour les universités

Julien Jacqmin, Université de Liège

Lorsque les MOOC (massive open online courses) ont fait leur apparition au début des années 2010, certains ont pensé qu’ils sonnaient le glas pour une partie des établissements de l’enseignement supérieur. Clayton Christensen a, entre autres, prédit la faillite imminente de beaucoup d’universités. Ce professeur à la Harvard Business School est principalement connu pour avoir développé la théorie de l’innovation de rupture, souvent mieux connue sous le nom de la théorie de l’innovation disruptive.

Selon celle-ci, un nouveau venu peut perturber les institutions présentes de longue date sur un marché en mettant en vente un produit ou un service de moindre qualité, mais à un prix inférieur. Se concentrant en premier lieu sur un segment du marché délaissé par les institutions dûment établies, ce nouvel acteur peut ensuite, en améliorant progressivement sa technologie, perturber plus en profondeur le marché.

Des cours complémentaires

Pour être vérifiée dans le contexte éducatif, cette théorie suppose que les MOOC, et plus généralement les cursus organisés en ligne, sont de bons substituts aux programmes offerts au sein de nos établissements. Une hypothèse récemment mise en doute par plusieurs travaux empiriques, qui ont montré leur moindre qualité en terme d’acquis d’apprentissage (voir entre autres Alpert, Couch et Harmon (2016) et Bettinger, Fox, Loeb et Taylor (2017)).

L’impact de l’enseignement à distance en ligne sur les établissements du supérieur est indéniable, mais il est d’une autre nature : plus que de se substituer à l’offre actuelle, il se pose en complément. L’utilisation des technologies de l’information et de la communication peut être un moyen d’améliorer la qualité de l’enseignement, voire de diminuer le coût de certaines formations. Mais cela peut aussi être une vitrine pour promouvoir les établissements de l’enseignement supérieur.

Dans un récent article scientifique, c’est cette dernière hypothèse que nous avons mise à l’épreuve des faits. Afin de mesurer les répercussions des cours en ligne gratuits sur les inscriptions aux programmes traditionnels organisés par des universités, nous avons mobilisé des données de la plate-forme FUN et du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Hausse des inscriptions

Depuis son lancement par le gouvernement français en coopération avec plusieurs universités françaises en 2013, cette plate-forme MOOC a accueilli plus de 1,5 million d’étudiants différents dans plus de 400 cours, développés par une centaine d’institutions différentes – principalement des universités.

De cette analyse, il ressort que proposer de tels cours en accès libre a tendance à accroître le nombre de nouveaux inscrits aux autres programmes proposés par ces universités. Cette tendance est relativement plus forte pour les universités situées en province et celles qui sont les mieux placées dans le très influent « classement de Shanghai ». Ce premier résultat fait écho à celui de Goodman, Melkers et Pallais (2019)) sur les effets du dédoublement en ligne d’un programme de Mastère en sciences de l’informatique, également proposé en présentiel à la Georgia Institute of Technology.

Alors que ces deux cursus s’avéraient similaires en termes de contenu et de difficulté, celui qui était décliné en ligne était moins sélectif et six fois moins cher que celui enseigné dans les murs de l’établissement basé à Atlanta. Dans ces contextes de recherche différents, il ressort qu’offrir une alternative en ligne aux cours in situ ne fait pas diminuer les inscriptions à ces derniers, bien au contraire.

Informations sur l’orientation

Quelles sont les explications plausibles de ce lien positif entre la mise en ligne de MOOC et la hausse de demande auprès des établissements à l’origine de telles innovations pédagogiques ? L’analyse de données d’inscription à ces MOOC et de leur couverture médiatique en distingue deux :

Les discours alarmistes suite à l’avènement des MOOC semblent dès lors peu fondés empiriquement. D’après la présente analyse, les nouvelles technologies sont un bon moyen d’attirer de nouveaux étudiants dans des filières en adéquation avec leurs attentes. Certains établissements de l’enseignement supérieur l’ont déjà bien compris. Depuis peu, des cours destinés aux lycéens en fin de cycle ont d’ailleurs été mis en ligne sur la plate-forme FUN afin de mieux les guider dans leurs choix d’orientation.

Plus globalement, pour les différents acteurs de l’enseignement supérieur, il semble donc plus judicieux de voir les nouvelles technologies comme un moyen d’améliorer les formations existantes en encourageant les formes hybrides d’enseignement. À terme, une convergence entre formations en ligne et hors ligne semble de plus en plus émerger.

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Julien Jacqmin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

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