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Anne Hidalgo et Valérie Pécresse, victimes aussi d’une falaise de verre ?

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et Anne Hidalgo maire de Paris, toutes deux candidates à la présidentielle pour leurs partis respectifs ici lors d'un diner avec le CRIF le 24 février 2022. Ludovic Marin/ AFP

Pour la première fois de l’histoire, il n’y a jamais eu autant de femmes candidates à l’élection présidentielle et les partis historiques, le Parti socialiste (PS) et Les Républicains (LR) ont placé deux femmes à leurs têtes, pour concourir à l’élection présidentielle.

Valérie Pécresse (LR), battue dans les urnes ce dimanche 10 avril avec un score de 4,79 % ne cache plus sa fatigue et son épuisement. Elle témoigne que « rien » ne lui a été épargné durant cette campagne. Quant à Anne Hidalgo (PS), elle a peiné à fédérer autour de son programme avec une dégringolade dans les estimations de vote jusqu’à un score historiquement bas le soir du premier tour : à 1,74 %, la candidate socialiste est placée juste au-dessus de Philippe Poutou et Nathalie Artaud.

Valérie Pécresse et Anne Hidalgo seraient-elles victimes du phénomène de la « falaise de verre » ? L’analyse du parcours de ces femmes en politique pourrait être observée au regard de ce que les scientifiques en leadership ont théorisé depuis de nombreuses années.

Ainsi deux chercheurs de l’Université d’Exeter, Michelle Ryan et Alexander Haslam en 2005, ont montré à partir d’un échantillon de 100 entreprises cotées à la Bourse de Londres (FTSE) que lors des situations de crise au sein d’une entreprise, les femmes étaient nommées à leur tête. Et non pas l’inverse : ce ne sont pas les femmes qui conduisent à la crise mais bien elles que l’on place quand c’est déjà trop tard.

Un échec quasi inévitable

La falaise de verre, terme emprunté à la métaphore du plafond de verre constitue, aussi une autre forme de discrimination, insidieuse et subtile, plaçant les femmes dirigeantes dans une situation de leadership précaire. Ainsi leur échec en tant que leader est quasiment inévitable, puisque le contexte économique est en crise, ce qui les conduit inexorablement à être stigmatisée en cas d’échec.

Il semble que les candidates du PS et des LR aient été placées au bord du précipice, dans une course électorale difficile à gagner. D’ailleurs, les travaux de Clara Kulich suggèrent que placer les femmes à la tête d’une entreprise en crise est observé comme un symbole de changement, voire même de bouc émissaire pour expliquer un échec, dans certains cas.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, les partis traditionnels ont traversé une crise politique majeure. Positionner deux femmes qui ont pourtant gagné des élections régionales pour Valérie Pécresse et la mairie de Paris pour Anne Hidalgo, les a conduits malgré tout à l’échec.

La falaise de verre s’est illustrée tout au long de leur campagne présidentielle. Au PS, Anne Hidalgo a obtenu le soutien timide d’Olivier Faure. Le premier secrétaire reproche cependant à sa candidate de ne pas en faire assez. Anne Hidalgo, l’accuse de son côté de ne pas assez la défendre.

Le maire de Dijon et socialiste François Rebsamen évoquait d’ailleurs que le Parti socialiste « tire la candidate vers le bas » au vu de la crise qu’il traverse : difficile dans ce contexte pour Anne Hidalgo de faire des miracles et de redresser une situation déjà critique depuis le quinquennat de François Hollande.

Quant à Valérie Pécresse, elle s’est vue reprochée tout au long de la campagne son manque d’authenticité. Bien que très consciencieuse, connaissant son programme sur le bout des doigts, elle a été victime du « syndrome de la bonne élève », ses détracteurs critiquant son manque d’incarnation de la fonction présidentielle, ce qui a contribué à la discréditer.

La campagne présidentielle n’a pas permis aux femmes de se détacher à côté des autres candidats. Bien au contraire, cette campagne a mis en exergue les biais invisibles (comme la falaise de verre) rencontrés par les femmes dirigeantes.

D’ailleurs Michelle Ryan et Alexander Haslam soulignent qu’en cas d’échec, la dissonance entre les attentes stéréotypées de leadership (fermeté, puissance) et les stéréotypes féminins (douceur, bienveillance) est alors renforcées. L’échec conduit alors à discréditer les femmes aux positions de leadership.

Des attentes et injonctions contradictoires

Exercer du leadership lorsque l’on est une femme constitue une difficulté particulière parce que les attentes sociales apposées aux femmes (de douceur et de sympathie) sont en contradiction flagrante avec les attentes de leadership (de pouvoir et de domination). Par conséquent, un article publié dans la revue The Leadership Quarterly en 2018, suggère que les femmes qui parviennent à asseoir leur leadership et à le voir reconnu par les suiveurs savent gérer avec dextérité, des injonctions paradoxales contradictoires. Être à la fois ferme et compétente, tout en faisant preuve de douceur et de sympathie. Le problème est que ces qualités sont souvent vues comme opposées et difficiles à mettre en place, en même temps.

Il semblerait ainsi que seule Marine Le Pen soit parvenue à gérer ces tensions contradictoires. Elle a réussi à lisser son discours, pour paraître « adoucie », « davantage sympathique et chaleureuse » dans les yeux des Français (33 %, +4 points par rapport à mai 2021), considérée comme une attente stéréotypée féminine ; tout en étant perçue comme « capable de prendre des décisions » (52 %) (Le Point, 17/01/2022), attente stéréotypée de leadership.

Le parcours des femmes en politique permet d’illustrer le long et difficile cheminement des femmes pour accéder au pouvoir, des entreprises ou des administrations publiques. Alice Eagly, l’une des premières chercheuses américaines à travailler sur le leadership des femmes évoque la métaphore du « labyrinthe » pour illustrer le cheminement difficile et complexe traversé par les femmes pour parvenir aux positions stratégiques.

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