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Les vaccins contre la Covid-19 devront faire preuve de leur effectivité une fois utilisés en conditions réelles. Shutterstock

AstraZeneca : une bonne nouvelle de plus sur le front des vaccins anti-Covid. Et maintenant ?

AstraZeneca est la dernière entreprise pharmaceutique en date à avoir annoncé, lundi 23 septembre, l’obtention de résultats prometteurs lors d’essais cliniques destinés à tester l’efficacité d’un vaccin anti-Covid-19. Développé conjointement avec l’Université d’Oxford, le candidat vaccin de ce laboratoire est basé sur un vecteur viral dérivé d’un adénovirus de chimpanzé.

Il s’est avéré efficace à 62 % pour prévenir la Covid-19, après administration de deux doses complètes à un groupe de participants. Il est intéressant de noter que, dans un second groupe dont les participants ont reçu une demi-dose de vaccin suivie d’une dose complète, l’efficacité constatée a été de 90 %.

Cette nouvelle survient après d’autres annonces tout aussi prometteuses concernant les vaccins à ARN des laboratoires Pfizer et BioNTech et Moderna. Les communiqués de presse respectifs concernant ces deux candidats-vaccins indiquaient que leur efficacité pour prévenir les formes symptomatiques de la Covid-19 dépassait les 90 %.

Il est important de se souvenir qu’aucun de ces résultats n’a encore été publié dans une revue scientifique à comité de lecture. De même, bien que ces résultats soient encourageants, rien ne garantit qu’ils reflètent l’efficacité qu’auront ces vaccins lorsqu’ils seront utilisés en conditions réelles, à très grande échelle.

Qu’entend-on par « efficacité » ?

Lorsque des laboratoires font état des résultats de leurs essais cliniques — et que leurs annonces sont reprises par les médias — ils privilégient l’emploi du terme efficacité plutôt qu’effectivité.

L’efficacité d’un vaccin correspond à sa capacité à atteindre l’effet recherché, lorsque les circonstances sont idéales, comme durant un essai clinique randomisé.

L’effectivité vaccinale rend quant à elle compte du niveau de protection conféré par le vaccin utilisé sur le terrain, suite à un programme de vaccination. Autrement dit, en conditions réelles.

On ne connaît jamais vraiment l’effectivité d’un vaccin avant qu’il n’ait été administré à un très grand nombre de personnes, au-delà des essais cliniques. C’est en partie dû au fait qu’une sélection des participants s’opère en amont desdits essais cliniques.


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Qui est autorisé à participer aux essais cliniques ?

Des dizaines de milliers de volontaires participent actuellement à divers essais cliniques de phase 3 visant à évaluer les vaccins anti-Covid-19. Pfizer a ainsi recruté plus de 43 000 personnes, Moderna plus de 30 000, et AstraZeneca plus de 11 000.

Il faut néanmoins se souvenir que même si ces volontaires sont nombreux à être inclus dans les essais cliniques, ils ne sont pas nécessairement représentatifs de toute la population.

En effet, tous les essais cliniques disposent de critères d’inclusion et d’exclusion. Ces règles, édictées par les chercheurs lors de la mise en place de l’essai, visent à déterminer qui est autorisé à y participer, et qui ne l’est pas. Il peut notamment s’agir d’exclure certains profils pour lesquels l’essai pourrait poser des problèmes de sécurité.

Généralement, les participants aux essais cliniques n’ont pas d’ennuis de santé graves, ou s’ils en ont, ceux-ci sont particulièrement bien contrôlés.

Les critères d’exclusion des protocoles de phase 3 mis en place pour tester les vaccins de Pfizer, Moderna, et AstraZeneca figurent dans le tableau ci-dessous.

On constate que les personnes qui ont déjà contracté la Covid-19, les femmes enceintes, les individus dont le système immunitaire est affaibli, qui ont un problème médical qui n’est pas considéré comme stable (s’ils ont, par exemple, été récemment hospitalisés en raison de leur maladie) ou qui ont reçu récemment des transfusions sanguines n’ont pas été autorisées à participer à ces essais.

Dans ce dernier cas, il ne s’agit pas à proprement parler d’un problème de sécurité : la raison de cette exclusion est que la transfusion peut inhiber la réponse immunitaire induite par le vaccin.

Prochaine étape : de l’efficacité à l’effectivité

À ce stade, l’Australie a signé des accords pour se procurer les vaccins de Pfizer et d’AstraZeneca, si tant est qu’ils remplissent les standards de sûreté et d’efficacité requis, et qu’ils obtiennent une autorisation réglementaire.

Pfizer a soumis à la Food and Drug Administration (FDA) américaine une requête pour une utilisation d’urgence. De son côté, le laboratoire AstraZeneca a déclaré qu’il allait se préparer immédiatement en vue de la soumission de ses données aux autorités de santé dans le monde entier.

Les demandes qui seront transmises à la FDA et à tout autre organisme de régulation – dont la Therapeutic Goods Administration australienne – seront examinées au cas par cas. Les autorités y répondront en tenant compte des caractéristiques du vaccin, de la population cible à laquelle il est destiné (par exemple les personnes âgées ou le personnel soignant), et de tous les éléments jugés pertinents concernant sa sûreté et son efficacité qu’auront pu procurer les essais précliniques sur l’animal et les essais cliniques sur l’être humain.

Les régulateurs devront également se prononcer sur la pertinence d’autoriser ou non l’administration du vaccin aux groupes qui ont été exclus des essais, telles que les femmes enceintes. Quoi qu’il en soit, l’autorisation d’utilisation d’urgence constitue une autorisation anticipée, ou conditionnelle : elle est délivrée alors que les essais cliniques de phase 3 se poursuivent.

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AstraZeneca est le dernier laboratoire en date à avoir publié les résultats de son candidat vaccin contre la Covid-19. Dan Himbrechts/AAP

À mesure que ces essais de phase 3 se termineront, davantage de données seront collectées concernant la sûreté et l’efficacité de ces trois candidats vaccins. D’autres essais cliniques pourraient également être mis en place, pour inclure divers groupes initialement exclus. Ainsi, des études pourraient être conduites afin d’évaluer la sûreté et l’efficacité du vaccin chez les personnes immunodéprimées ou les femmes enceintes.

Cette surveillance se poursuivra à mesure que les vaccins seront déployés dans la population, au-delà des conditions très contrôlées des essais cliniques.

Les résultats préliminaires d’efficacité obtenus suite aux essais cliniques de Pfizer, Moderna et AstraZeneca semblent prometteurs. Ils pourraient déboucher sur l’obtention d’une autorisation d’utilisation d’urgence pour certaines populations, ce qui signifie que ces vaccins pourraient être mis en circulation dans les mois à venir.

Ce n’est toutefois que le début de l’histoire. À mesure que se fera la transition entre les essais cliniques et les conditions réelles, il faudra continuer à surveiller la sûreté de ces vaccins, ainsi que leur effectivité - et non plus seulement leur efficacité - une fois qu’ils auront été administrés à l’ensemble des populations.

This article was originally published in English

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