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Joe Biden est assermenté comme 46e président des États-Unis par le juge en chef John Roberts alors que Jill Biden tient la Bible, lors de la 59e cérémonie d'investiture au Capitole, à Washington, le 20 janvier 2021. Saul Loeb/Pool Photo via AP

Biden à la Maison-Blanche : un retour à la normale après des années de chaos

La fin du mandat chaotique de Donald Trump à la Maison-Blanche et l’assermentation de Joe Biden marquent le début d’une présidence relativement « normale » aux États-Unis. Mais qu’est-ce que la normalité après quatre ans de règne d’un président qui était tout sauf « normal » ?

Joe Biden a souligné l’importance de l’unité dans son discours inaugural pour faire face à la pandémie de Covid-19, au fléau de la désinformation et aux divisions partisanes.

« Pour surmonter ces défis, restaurer l’âme et assurer l’avenir de l’Amérique, il faut bien plus que des mots et il faut la chose la plus insaisissable dans une démocratie : l’unité. »

Le succès de sa longue carrière politique est attribuable à des réformes progressistes, à la création de coalitions et à la recherche de compromis bipartites plutôt qu’à la conduite d’une révolution.

C’est un contraste frappant avec Trump, un novice de la politique, dont les succès de la courte carrière politique s’expliquent par des gestes impulsifs qui ont provoqué des réactions intempestives de la part de ses partisans et de ses opposants.

Une politique plus discrète

Les loyautés partisanes continueront de sévir à Washington, mais les flammes de la division entre les Républicains et les Démocrates ne seront pas attisées par Biden, qui a répété à plusieurs reprises qu’il agira avec beaucoup plus de civilité que son prédécesseur.

Des décrets seront toujours signés, mais sans tambour ni trompette, et sans une horde de partisans entourant le président dans le bureau ovale. Les premiers mois seront sans doute sous le signe d’une politique plus discrète.

Trump est entouré de fabricants et de caméras dans le Bureau ovale ». source=
Trump s’exprime lors d’une réunion avec des fabricants américains dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche en janvier 2019 après avoir signé un décret poussant ceux qui reçoivent des fonds fédéraux à « acheter américain. (AP Photo/Jacquelyn Martin)

Les tweets présidentiels mettront probablement l’accent sur l’unité plutôt que sur la diffusion de petits griefs présidentiels. M. Biden n’utilisera pas la présidence pour encourager la division, mais comme un outil pour nourrir la cohésion sociale.

La vice-présidente, Kamala Harris, les membres du cabinet et les fonctionnaires de la Maison-Blanche joueront un rôle important dans la communication du programme de Joe Biden, contrairement à Donald Trump, qui attirait l’attention sur lui.

Les orientations politiques seront probablement signalées bien avant que des décisions ne soient prises, ou du moins avant qu’elles ne soient annoncées. En tant que politicien d’expérience, Joe Biden connaît l’importance de préparer le terrain pour réussir l’implantation de nouvelles politiques. Il sait qu’ignorer les parties prenantes est un moyen sûr d’enflammer l’opposition. En pratique, cela suppose un processus décisionnel plus lent et moins centralisé.

Travailler avec le Congrès

Travailler en étroite collaboration avec le Congrès – la branche législative du gouvernement composée du Sénat et de la Chambre des représentants – est un objectif majeur de la nouvelle administration. Joe Biden a invité Mitch McConnell, aujourd’hui leader de la minorité au Sénat, à l’accompagner à l’église le jour de l’inauguration – et le politicien du Kentucky a accepté l’invitation au lieu d’assister au départ de Trump à la base aérienne d’Andrews, à quelques kilomètres de là. Voilà un signe d’espoir de réconciliation entre les deux partis.

Le leader de la minorité au Sénat Mitch McConnell et sa femme Elaine Chao, masqués, se tiennent derrière un banc d’église
Le leader de la minorité au Sénat Mitch McConnell et sa femme Elaine Chao assistent à la messe à la cathédrale de St. Matthew the Apostle lors des cérémonies du jour de l’inauguration à Washington. AP Photo/Evan Vucci

Biden a été élu au Sénat il y a 48 ans, en 1972, lorsque Richard Nixon a remporté son deuxième mandat de président. Moins de la moitié des électeurs américains actuels étaient encore en vie lorsqu’il s’est rendu à Washington pour la première fois.

Aucun président n’a passé plus de temps au Congrès que Joe Biden, qui y a siégé pendant 36 ans, soit trois fois plus longtemps que Lyndon B. Johnson, le sénateur le plus expérimenté à s’être rendu à la Maison-Blanche.

Joe Biden parle en 1972
Joe Biden, vu ici comme le sénateur démocrate nouvellement élu du Delaware, parle à Washington en décembre 1972. AP Photo/Henry Griffin

Le Congrès, où sont votées les lois, est la voix des électeurs et des 50 États à Washington. Il a le pouvoir d’enquêter sur le pouvoir exécutif. Entretenir des relations orageuses avec les législateurs n’est donc pas une bonne chose et n’apporte rien de bon – Trump l’a appris à ses dépens.

Bien que les démocrates soient actuellement majoritaires dans les deux chambres, la majorité au Sénat est mince comme un fil. En raison de la faible discipline de parti, M. Biden devra passer du temps à courtiser les sénateurs individuellement afin d’obtenir leur soutien pour les politiques et les priorités de son administration. En même temps, il doit se préparer à la possibilité que des élections de mi-mandat, en 2022, rétablissent une majorité républicaine au Sénat

Politique étrangère

La politique étrangère des États-Unis sera à l’image de son statut de superpuissance mondiale et de ses responsabilités particulières dans la géopolitique mondiale. Il est peu probable que Biden s’écarte des objectifs de politique étrangère qui ont explicitement ou implicitement guidé les hommes politiques du pays depuis 1776.

En fin de compte, les chefs de gouvernement – que ce soit à Washington, à Pékin ou à Berlin – doivent protéger et promouvoir les intérêts de leur pays et de leurs électeurs. Mais l’application de ces principes sera plus nuancée dorénavant à la Maison-Blanche. L’intérêt national n’occupera plus l’avant-plan sous Biden comme c’était le cas avec Trump.

L’accord de Paris sur le climat est un exemple d’accord largement symbolique qui gagne en légitimité lorsque les États-Unis y participent. Les États-Unis ne perdent rien en rejoignant l’accord, comme l’a fait Biden dès son entrée en fonction.

L’administration Biden devrait accorder plus d’attention aux alliés américains et à ceux qu’elle cherche à influencer, y compris le Canada. Des négociations difficiles sur le commerce, la présence des troupes armées en Corée du Sud et au Moyen-Orient, ainsi que sur le rôle de la Chine, feront partie des discussions quotidiennes de M. Biden.

Mais il est peu probable que le président commente publiquement ou en twitte les détails. Des voyages symboliques comme la visite qu’avait fait Barack Obama à Hiroshima, au Japon, pourraient faire partie de l’itinéraire du président pour démontrer la bonne volonté des États-Unis et consolider les alliances.

Le retour à une présidence « normale » avec des objectifs et des stratégies clairs semble facile dans l’euphorie des premières semaines d’une nouvelle administration. Puis, arrive un imprévu, les événements deviennent incontrôlables et des crises s’en suivent. C’est à ce moment que nous pourrons voir le véritable caractère de Biden et de sa présidence se révéler.

This article was originally published in English

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