Climat des affaires : une dégradation bien amorcée avant le confinement

Début mars, les responsables financiers tablaient encore sur une progression moyenne d’environ 4% de leurs chiffres d'affaires pour l'année 2020. Aujourd'hui, le recul moyen anticipé se situe entre 4% et 6%. KieferPix / Shutterstock

Cet article est tiré de la dernière enquête Duke University–Grenoble École de Management soutenue par la DFCG qui mesure chaque trimestre, depuis plus de 20 ans, le climat des affaires tel qu’il est perçu par les responsables financiers des entreprises à travers le monde. L’enquête recueille plus de 1 200 réponses anonymes d’entreprises de tous secteurs et de toutes tailles. C’est désormais la plus grande enquête de ce type dans le monde. Une analyse détaillée par pays peut être envoyée à chaque participant. Vous pouvez consulter les résultats complets de cette enquête.


En Europe, les entreprises ont signalé une dégradation du climat des affaires dès le début du mois de mars. Notre indicateur de confiance macro avait déjà perdu 10 points avant la période d’adoption des mesures de confinement (10–17 mars).

Il perd 20 points supplémentaires dans la semaine des annonces avant de rebondir légèrement en fin de mois pour s’établir à 37,0 contre 60 au trimestre précédent sur une échelle de zéro à cent.

Par un effet de calendrier favorable, notre enquête trimestrielle a saisi l’impact du confinement, au jour le jour, sur la confiance des responsables financiers en entreprise. Les programmes massifs de soutien financier des États à l’économie devraient pouvoir amortir, dans un premier temps, le choc du confinement. Les participants à l’enquête perçoivent ainsi une dégradation de la santé financière de leur entreprise mais celle-ci reste proche de 50 (47) contre 65 en début de mois. La réanimation de l’économie, actuellement en arrêt artificiel, devrait néanmoins être longue.

Niveau d’optimisme moyen des responsables financiers en Europe pour l’économie en général (macro) et pour leur entreprise. Auteur

Une contraction des investissements attendue

Au cours du mois de mars, les entreprises ont révisé régulièrement leurs prévisions de chiffre d’affaires pour l’année 2020. Alors que les responsables financiers tablaient encore sur une progression d’environ 4 % des revenus début mars, les derniers chiffres disponibles pour début avril indiquent un recul moyen anticipé entre 4 % et 6 % pour l’année 2020.

En conséquence, les entreprises prévoient une contraction des investissements ainsi qu’une baisse de la masse salariale. Les entreprises prévoient également moins d’embauche pour les 12 mois à venir, mais pas encore de licenciement.

Variation du chiffre d’affaire attendue à 12 mois en pourcentage en Europe. Auteur
Variations du chiffre d’affaires (C-A), des investissements (Invest.), du nombre d’employés (Emploi) et de la masse salariale (Salaire) attendues à 12 mois en pourcentage en Europe. Auteur

D’un point de vue historique, le choc de confiance en Europe est supérieur à celui provoqué par la faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008. L’indicateur de confiance avait alors chuté brutalement pour s’établir à 43 contre 54 durant l’été 2008 et 65 un an auparavant.

Lourde dégradation aux États-Unis

Aucun pays européen n’est bien évidemment épargné. Nous relevons par exemple un niveau d’optimisme de 38 pour la France, 39 pour l’Allemagne, 31 pour l’Italie et pour finir 32 pour le Royaume-Uni.

Le constat est d’ailleurs le même aux États-Unis, où le climat des affaires a lourdement chuté pour atteindre 42 début avril contre 66 au trimestre précédent.

Niveau d’optimisme moyen des responsables financiers en Europe et aux États-Unis. Auteur

Ces niveaux suggèrent une récession marquée de l’économie pour les trimestres à venir. En clair, à l’effet immédiat de l’arrêt d’une partie de l’activité économique sur la production devrait venir s’ajouter un effet plus classique de ralentissement de l’investissement lié à la baisse attendue des revenus et à l’incertitude du moment révélée par les indicateurs de confiance. La consommation des ménages devrait aussi ralentir sous l’effet d’une baisse des revenus du travail et de possibles hausses d’impôt.

Lors de la précédente récession, notre indicateur de confiance était resté environ 6 mois en dessous du niveau de 50 pour une récession de 4,0 % en zone euro en 2009 selon Eurostat.

Quelques points positifs…

Principale conséquence de cet effet de cumul : il faudra un nombre important de trimestres pour retrouver le rythme de production d’avant crise. À partir de 2009, il avait fallu attendre une dizaine de trimestres en zone euro pour retrouver ces niveaux mais près de 20 en France (source Insee). La découverte rapide d’un vaccin ou de traitements efficaces semblent les seuls moyens pour rétablir la confiance à court terme et raccourcir les délais d’attente avant la reprise.

Pondéré par le PIB (à prix constants en USD). Auteur à partir de données de la Banque mondiale

Pour finir, au niveau mondial, le choc de confiance est également plus important qu’en 2008-2009. Il a conduit les entreprises à réviser leurs anticipations de manière significative sur la fin du mois de mars. En particulier, aux États-Unis les investissements et les salaires sont désormais attendus en forte baisse. Il est à craindre qu’aucune zone économique ne puisse réellement prendre le relais de la croissance avant plusieurs trimestres.

Variations du chiffre d’affaires (C-A), des investissements (Invest.), du nombre d’employés (Emploi) et de la masse salariale (Salaire) attendues à 12 mois en pourcentage Aux États-Unis et en Asie. Auteur.

Les points positifs sont, à l’heure actuelle, peu nombreux mais ils existent bel et bien. En particulier, une petite majorité d’entreprises à travers le monde anticipait déjà, avant la crise sanitaire, un ralentissement de l’activité, voire une récession en 2020.

Elles s’y étaient dès lors préparées en accumulant des réserves de liquidités comme le soulignait notre enquête précédente.

Aux États-Unis par exemple, 52 % des entreprises de notre panel pariaient sur une récession dès la fin 2020. Elles déclaraient même avoir déjà pris des mesures en termes de désendettement ou de contrôle des coûts afin de traverser au mieux cette période difficile.

En Europe, le ralentissement était attendu pour l’été 2020 et une majorité d’entreprises s’y préparait en particulier en contrôlant les coûts de production. Selon les dernières estimations de la Banque de France, l’économie nationale était d’ailleurs déjà entrée dans une phase de ralentissement dès le quatrième trimestre 2019 sans que l’effet ne soit encore réellement perceptible sur les comptes des entreprises.

Ces mesures d’assainissement des comptes des entreprises, couplées aux plans de soutien des gouvernements devraient permettre d’atténuer le choc initial et les conséquences de la crise sanitaire actuelle. Néanmoins, l’impact cumulé final sera majeur, il est aujourd’hui difficile d’en douter.


Pour voir les résultats complets de cette enquête : cfosurvey.org. Prochaine enquête du 9 juin au 30 juin 2020 : ceocfo.org.

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