Voyager est risqué pendant l'épidémie de coronavirus. Les aéroports, les arrêts de bus et les stations-service sont particulièrement dangereux. AP Photo/Joeal Calupitan

Coronavirus : du danger de voyager en pleine épidémie

La COVID-19 affecte la vie de tous, aux quatre coins du globe. Les responsables de la santé publique comptent beaucoup sur deux interventions communautaires pour freiner la propagation de la pandémie : la distanciation sociale et les restrictions des déplacements. Comme ces mesures freinent les contacts personnels, elles peuvent être efficaces pour prévenir la propagation du coronavirus à l’origine de la COVID-19.

Mais les lignes directrices et les restrictions peuvent prêter à confusion, laisser place à l’interprétation et même sembler contradictoires.

Les collèges et les universités du monde entier ferment leurs portes, ce qui force des milliers d’étudiants à prendre l’avion ou autres moyens de transport afin de rentrer chez eux. Aux États-Unis, de grandes agglomérations comme New York et la Californie ont pris des mesures restrictives demandant aux gens de rester chez eux autant que possible. Malgré cela, plusieurs prennent la route pour rejoindre leur famille, leurs amis, leur résidence secondaire ou même des campings dans des zones plus rurales.

En tant qu’épidémiologiste spécialisé dans les maladies infectieuses, l’idée d’augmenter les déplacements à une époque où la maladie se répand de manière exponentielle me fait peur.

Comment les déplacements, qu’ils soient volontaires ou obligatoires, s’inscrivent-ils dans le cadre des restrictions et des directives mises en place aux États-Unis et au Canada ? Et quel est l’impact de ces déplacements sur cette pandémie ?

Dans de nombreuses universités, les étudiants n’ont eu que quelques jours pour faire leurs bagages et partir. AP Photo/Bebeto Matthews

Fermeture d’écoles et autres déplacements forcés

Les universités – pensons aux résidences étudiantes, aux cafétérias et aux centres sportifs – sont des refuges pour les germes et facilitent la propagation des maladies. Les récentes mesures visant à annuler des cours, fermer des écoles et des résidences étudiantes sont une tentative de promouvoir la distanciation sociale et de réduire la probabilité de propagation des maladies au sein de la communauté.

Si la fermeture des zones à haut risque comme celles-ci pendant une pandémie est une mesure proactive pour ralentir la maladie et protéger la santé des étudiants, elle peut sembler contradictoire avec une autre stratégie de santé publique : la restriction des déplacements. Les résidents déplacés peuvent avoir besoin de trouver un autre logement ou de voyager pour rejoindre leurs proches ou leurs amis. Des étudiants de partout ont parcouru le monde au cours des dernières semaines.

D’un point de vue épidémiologique, il y a deux préoccupations majeures lorsqu’il s’agit de se déplacer. La première est qu’un voyageur exempt de la COVID-19 mais forcé de voyager – vraisemblablement pour échapper à une exposition potentielle – court en fait un risque accru d’être exposé au coronavirus si celui-ci circule à destination.

Deuxièmement, un voyageur infecté est une source de transmission mobile. Il pourrait exposer d’autres personnes pendant le transport, par exemple à l’aéroport ou pendant un arrêt pour de l’essence ou pour prendre un repas. Il pourrait également introduire le virus dans des communautés qui n’ont jamais été exposées. Comme il s’avère difficile de limiter la propagation de ce virus une fois qu’il a atteint un nouveau lieu ou une nouvelle population, comme le montre la pandémie elle-même, il est important de protéger les communautés non exposées.

Prenez Houston, au Texas, par exemple. Les premiers cas ont été importés par des voyageurs rentrant chez eux de l’étranger. Des importations répétées de la COVID-19 en provenance d’autres États des États-Unis ont suivi, et le virus a fini par s’établir dans la ville et a commencé à se propager localement.

La vérité est que n’importe quel degré de déplacement peut faciliter la propagation interpersonnelle et géographique de la maladie, en poussant la COVID-19 dans plus d’endroits et en mettant en danger d’autres personnes.

La ville de New York est étrangement vide. De nombreuses personnes ont fui la ville car la peur du virus s’est accrue. AP Photo/John Minchillo

Se réfugier à la campagne ou s’isoler sur place ?

Pour les étudiants qui doivent quitter leurs universités fermées ou les touristes qui rentrent d’un voyage à l’étranger, le déplacement peut être inévitable. Mais que faire si vous voulez simplement fuir une grande ville et aller dans des endroits moins fréquentés ?

Les mêmes risques décrits ci-dessus s’appliquent aux voyageurs volontaires. Plus vous passez de temps dans les aéroports, les stations-service et les toilettes publiques, plus vous risquez d’être exposé au coronavirus. Il y a également le risque que votre destination ne soit pas plus sûre que celle que vous avez laissée derrière vous.

Seules les personnes qui n’ont pas été exposées au coronavirus devraient envisager de voyager, et il est extrêmement difficile de savoir si vous êtes infecté ou non. En moyenne, cinq à dix jours s’écoulent entre le moment de l’infection et le début des symptômes. Pour compliquer les choses, il semble qu’entre 20 à 50 % des personnes atteintes de la COVID-19 ne présentent jamais de symptômes, tandis que 80 % peuvent ne présenter que des signes bénins, bien que ces chiffres puissent changer à mesure que les épidémiologistes en sauront plus sur les personnes réellement infectées.

Si vous êtes infecté et que vous ne le savez pas, mais que vous voyagez quand même, vous pourriez donner au coronavirus un « free ride » vers votre destination, avec de nombreux arrêts dans les puits en cours de route.

Comment voyager en toute sécurité

La façon la plus sûre de voyager actuellement est de ne pas voyager du tout. Il est actuellement conseillé de se mettre à l’abri là où vous êtes et l’OMS a émis une série de recommandations sur les voyages nationaux et internationaux. Ces restrictions évoluent rapidement, mais ne devraient pas se relâcher de sitôt.

Si vous avez la moindre raison de croire que vous avez été exposé au SRAS-CoV-2, même si vous n’avez pas de symptômes, vous êtes confronté à un dilemme éthique avant de vous déplacer. Votre décision de voyager pourrait créer des risques inutiles pour la santé de vos proches, de votre famille, de vos amis, et d’autres personnes de votre communauté, y compris certaines qui pourraient ne pas se remettre de la maladie.

Mais si vous devez voyager maintenant, faites-le de la manière la plus responsable possible. Suivez tous les conseils de l’Organisation mondiale de la santé, et ceux de vos gouvernements. Respectez scrupuleusement les directives d’hygiène et suivez les conseils médicaux si vous êtes malade.

Si vous faites tout ce qui est en votre pouvoir pour vous protéger contre l’infection, vous protégerez aussi les autres.

This article was originally published in English

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