Le président Donald Trump, à droite, embrasse le pasteur Guillermo Maldonado lors d'un rassemblement évangéliques à le 3 janvier 2020, à Miami. Le 15 mars, Maldonado a dit à sa congrégation de plus de 12 000 personnes de ne pas céder à « l’esprit démoniaque de la peur » et de continuer à assister aux réunions. AP Photo/Lynne Sladky

Covid-19 aux É-U : comment certains prédicateurs ont-ils réagi face à la menace de pandémie ?

Nous sommes tous témoins de la propagation fulgurante du coronavirus à l’échelle planétaire. Un bon nombre de pays ont mis en place d’importantes mesures de confinement et ont interdit les grands rassemblements. Le tiers de l’humanité est en confinement.

La progression de la pandémie aux États-Unis est l’une des plus fortes dans le moment. Le président américain Donald Trump lance des messages contradictoires et chaque État applique ses propres mesures, certains sévères, comme la Californie, d’autres laxistes, comme la Floride.

Au début de la crise aux États-Unis, plusieurs prédicateurs charismatiques et pentecôtistes ont minimisé la gravité de l’épidémie, refusant d’annuler leurs réunions et autres événements religieux. Certains se sont depuis rétractés et ont déplacé leurs réunions en ligne, mais leur réaction initiale met en lumière leur vision du monde.

« Dieu va renverser la vapeur »

Au début de mars 2020, le « prophète » Shawn Bolz a déclaré que le Seigneur lui aurait montré « la fin du coronavirus » et que la sortie de plusieurs vaccins était imminente, ainsi que la mort naturelle du virus. Bolz s’est aussi aventuré à prédire un relancement économique et qu’il n’y aurait pas des millions de décès en raison du virus, et surtout pas en Amérique ; Dieu allait renverser la vapeur.

Toujours au début du mois de mars, une autre figure « prophétique » bien connue, Cindy Jacobs, a convoqué une journée nationale de prière à l’échelle mondiale pour mettre fin à l’épidémie de coronavirus. Lors de la rencontre de prière, Jacobs s’est dit investie d’un pouvoir contre le coronavirus en provenance de la « salle du trône de Dieu », citant comme preuve à l’appui le texte de Luc où Jésus donne à ses disciples tout pouvoir et autorité sur les démons et la maladie. Les chrétiens possèderaient l’autorité du trône divin parce qu’ils « sont assis avec Christ dans les lieux célestes » (Éphésiens 2,6,). À l’instar de certains autres « apôtres et prophètes », elle croit pouvoir tout simplement ordonner au virus de quitter le pays et de disparaitre.

D’autres se sont adonnés à une résistance plus marquée aux consignes d’isolement. À la mi-mars, lors d’une rencontre à son église à Miami le 15 mars, « l’apôtre » Guillermo Maldonado dit à sa congrégation de plus de 12 000 personnes de ne pas céder à « l’esprit démoniaque de la peur » et de continuer à assister aux réunions. Pour Maldonado, les chrétiens ne doivent pas craindre la mort, mais croire ce que Paul a écrit dans son épître aux Romains : « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur ; alors, que nous vivions ou que nous mourions, nous sommes du Seigneur », et puis, il termine en disant : « Qu’avons-nous donc à perdre ? »

Une semaine plus tard, Maldonado change d’avis et signale à ses membres que les réunions de l’église se tiendraient en ligne jusqu’à nouvel ordre. Le même jour, Rodney Howard-Browne, un prédicateur pentecôtiste et pasteur principale de River Church à Tampa en Floride, a invité les membres de sa congrégation à se saluer mutuellement avec une poignée de main, disant que son église ne fermerait pas ses portes avant l’ « enlèvement ».

Un virus « exagéré par les médias »

Kenneth Copeland, prédicateur de l’évangile de la prospérité bien connu aux États-Unis, a aussi commenté disant que la peur du coronavirus était un péché. Pour Copeland, Dieu accorde la guérison par les meurtrissures de Jésus, ajoutant que gens doivent continuer à donner leur dîme à l’Église même s’ils perdaient leur emploi en raison du coronavirus.

Paul White-Cain, conseillère spirituelle de Trump à la Maison Blanche, a demandé la même chose, suggérant des dons de 91 dollars pour soutenir son ministère – en référence au Psaumes 91, un texte biblique prisé dans les milieux charismatiques, cité comme promesse de la protection divine contre la maladie et toute autre forme d’opposition.

Lance Wallnau, « prophète » et célèbre auteur chrétien, avait aussi un message « prophétique » concernant le coronavirus. Le Seigneur lui aurait révélé l’existence d’un « esprit sur les médias qui exagérerait la portée de ce virus ». Les nations seraient en désarroi pendant deux ou trois semaines au plus, et que les chrétiens « ne doivent pas craindre ce qu’ils (les non-croyants) craignent ».

Wallnau traite également de l’origine du virus en termes de « combat spirituel ». Wallnau établit un lien direct entre le coronavirus et les forces démoniaques.

Le 22 mars dernier, Mike Bickle, pasteur et fondateur de International House of Prayer à Kansas City, dira aussi que le coronavirus fait partie « des plans de l’ennemi », c’est-à-dire le diable, pour mettre un frein à ce que Bickle appelle le « christianisme des stades » aux États-Unis et dans le monde entier. Au moyen de cette pandémie, le diable, selon Bickle, aurait eu pour but d’empêcher le déroulement d’une vingtaine d’événements organisés dans des stades en Amérique en 2020, nuisant ainsi à la progression du message de l’Évangile et la conversion des gens au Christ.

Les Églises pleines à Pâques

Ces réactions à la pandémie du coronavirus mettent en lumière la vision du monde de ces dirigeants charismatiques. Cette lutte contre le virus est définie en termes de « combat spirituel », où ils confrontent et prennent autorité sur « l’esprit de la peur » et sur la maladie au nom de Jésus.

En somme, ils perçoivent ce virus comme une entité démoniaque. L’audace de certains de ces dirigeants repose partiellement sur l’idée d’une « eschatologie victorieuse », où certains croient que l’Église s’élèvera en puissance, en unité, en maturité et en gloire avant le retour du Christ. Les chrétiens seront dotés de capacités surnaturelles à faire des miracles et guérir les gens de leurs maladies. On assiste essentiellement à une interprétation anachronique des histoires de la Bible, comme un argument d’autorité, pour légitimer leur enseignement.

Alors que le nombre d’infections au coronavirus augmente de façon exponentielle aux États-Unis, de telles idées auront des conséquences mortelles. Bon nombre de ces dirigeants religieux se réjouiront que le président souhaite remettre l’économie américaine sur pied et que les églises soient de nouveau remplies à Pâques, en vue, ironiquement, d’une « résurrection de l’Amérique ».

This article was originally published in English

Want to write?

Write an article and join a growing community of more than 105,700 academics and researchers from 3,367 institutions.

Register now