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Des personnes allument une chandelle lors d'une veillée
Des personnes allument une chandelle lors d'une veillée dans une église près du site de la garderie où deux enfants ont perdu la vie après qu'un autobus municipal ait percuté le bâtiment à Laval, le 9 février dernier. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes

Deuil parental : nous devons apprendre à accompagner collectivement la souffrance des parents

Le 8 février dernier, deux jeunes enfants ont perdu la vie lors d’une tragédie dans une garderie de Laval.

Par souci de bienveillance envers les familles endeuillées, nous souhaitons répondre à trois questions qui reviennent en boucle dans les médias :

– Un deuil parental, est-ce différent d’un autre type de deuil ?

– Comment les parents peuvent-ils traverser les étapes de ce deuil ?

– Comment les parents qui vivent un tel drame peuvent-ils s’en sortir et poursuivre leur vie comme avant ?

Détenant une expertise dans le deuil, nous éplucherons ces questions pour mieux comprendre l’expérience des parents, mais aussi apporter un éclairage sur le deuil parental dans l’optique d’apprendre collectivement à côtoyer et accompagner leur souffrance.

Un deuil parental, est-ce différent d’un autre type de deuil ?

Pour faire une réponse courte, oui, le deuil parental est différent. Bien simplement, le lien d’attachement entre un parent et son enfant est unique, et se forge dès la conception de ce dernier. La naissance d’un enfant transforme la vie du parent de différentes manières et ce, dans toutes les sphères du quotidien. On peut donc facilement comprendre comment l’absence devient lourde de sens quand survient un décès.

Ainsi, au-delà du sentiment de responsabilité du parent et du deuil de son rôle parental, le parent est confronté au deuil du futur et de la vie imaginée avec cet enfant. Lorsque survient son décès, c’est ce futur qui n’aura jamais lieu qui peut prendre toute la place.

Qui plus est, avec la circulation de l’information par les médias, toute la communauté en est témoin simultanément, ne sachant pas comment réagir tant pour soi-même qu’envers les parents endeuillés.

Entendre la souffrance des parents exige d’accueillir leur discours de ce futur déconstruit et des projets et rêves qui ne se réaliseront pas. Il s’agit de s’enquérir de ces événements manquants dans l’histoire familiale, par des questions centrées sur le parent. Offrir une oreille attentive au partage de souvenirs et savoir que ce simple geste d’écouter, sans donner de réponse, est précieux. Être présent véritablement pour le parent, c’est reconnaître que sa peine est nécessaire et qu’elle peut réapparaître, même plusieurs années après le drame.

D’ailleurs, ce deuil, qui bien souvent se prolonge dans le temps, est maintenant reconnu par l’Organisation mondiale de la santé comme une réalité faisant partie du vécu des personnes endeuillées ; un gain important pour développer notre sensibilité au réel vécu des parents.

Comment les parents peuvent-ils traverser les étapes de ce deuil ?

Les recherches ont démontré que le processus de deuil se vit de façon très différente pour chaque parent. Le deuil est unique à chaque individu. Ainsi, un couple vit le même deuil, mais pas de la même façon. Les émotions et les réactions de chaque personne peuvent varier. Parfois, on peut avoir besoin de parler, de ventiler, de voir des amis ou encore de s’isoler. D’autres personnes peuvent avoir besoin de faire du sport, d’être dans l’action ou de retourner au travail rapidement.

En somme, il n’y a pas « une seule » bonne manière de réagir, « les » bonnes manières étant celles qui conviennent au caractère de chacun. Le défi, pour les parents (et les proches), est d’accepter leurs manières différentes de réagir, de se respecter, et surtout, d’oser se parler. Bien que souvent difficile ; il s’agit d’une conversation nécessaire.

Un mythe à défaire est celui qui dépeint le deuil comme des étapes de 1 à 5 (le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation). Les études ont confirmé que le deuil se vit plutôt comme des vagues dans un mouvement perpétuel de va-et-vient (des hauts et des bas), entre s’investir dans la vie (manger, dormir, s’occuper des autres enfants, faire des projets, etc.) et vivre le deuil (pleurer, être en colère, repasser les événements dans sa tête, se poser des questions, etc.). Les premiers jours, voire semaines, les creux de vague sont fréquents et longs. Ils apparaissent interminables. Éventuellement, des hauts font surface, les émotions de détresse s’apaisent, pour quelques minutes, quelques heures, plusieurs jours ou semaines.

triste fils embrassant sa mère à la maison
Le lien d’attachement entre un parent et son enfant est unique, et se forge dès la conception de ce dernier. (Shutterstock)

Notons qu’on ne parle plus « d’accepter » la mort d’un enfant, puisque ce mot ne dépeint pas la réalité du travail de deuil. Le défi des parents est d’apprendre à vivre avec cette absence, de sorte que leur douleur s’apaise et devienne plus tolérable. Dans ce deuil, il faut aussi savoir qu’un des nombreux défis est que parfois, en une seule journée, ce que les parents croyaient la veille peut être tout l’inverse le lendemain. Et c’est tout à fait normal.

Dans les premiers jours, semaines et mois de leur deuil, plusieurs parents se demandent comment ils pourront traverser cette terrible épreuve et reprendre goût à la vie. Certains parents voudront retrouver le goût du bonheur, afin d’honorer la mémoire de leur enfant. D’autres se culpabiliseront et se demanderont s’ils ont le droit à ce bonheur. Certains douteront, se demandant « si je m’en sors, si je poursuis ma vie et suis heureux, est-ce dire que je n’aimais pas suffisamment mon enfant ? » D’autres encore se diront « mon enfant aurait voulu que je sois heureux ». Cette complexité démontre que les réflexions sont omniprésentes. L’entourage doit alors porter une attention à leurs propres paroles. Dire à un parent qu’on ne sait pas comment il fait pour vivre ce deuil peut ajouter au fardeau déjà lourd.

Comment les parents qui vivent un tel drame peuvent-ils s’en sortir et poursuivre leur vie comme avant ?

Les parents survivent à la mort de leur enfant, mais en poursuivant leur vie différemment. Il y a un avant et un après ce drame. Il ne s’agit pas d’oublier, de passer à autre chose, de « faire » son deuil, utilisant ici un verbe d’action.

Le deuil est souvent décrit par les parents comme un travail, un travail sur soi, dont découleront des découvertes personnelles, sur leur lien avec l’enfant, sur la vie et sur leur rapport aux autres et à leur existence. Le deuil se vit, une seconde, une minute à la fois. Accepter son rythme, respirer, être patient, être indulgent face à ses réactions, accueillir les larmes et l’amour envers l’enfant ; sont des comportements réalistes qui se veulent concrets et invitent à être rappelés par l’entourage.

Les études le démontrent, le deuil est influencé par le contexte social. Ainsi, des parents s’isolent, ne sachant pas comment demander du soutien, devant un entourage qui lui ne sait pas comment réagir. Mais… comment réagir ? Le deuil de chaque parent étant singulier, il n’y a pas une seule bonne manière de les soutenir !

Nous sommes tous, comme société, responsables de répondre présents. Aller au-delà du sentiment d’impuissance, des malaises et de nos propres vulnérabilités, pour écouter. Ainsi, il convient de dire des phrases comme celles-ci : « je me sens impuissant devant ta peine » ; « je suis là » ; « je suis de tout cœur avec toi » ; « si tu trouves ce qui peut t’aider, dis-moi » ; « je suis choqué, je suis peiné, je n’aime pas te voir vivre ce drame ».

Entendre la souffrance, c’est aussi ne pas mettre de pression sur les parents pour qu’ils passent à autre chose dans les semaines, les mois ou années suivant le drame. Les parents sauront décider de la route et la façon dont ils vivront les choses. Ils poursuivront leur vie au rythme qu’eux seuls pourront déterminer.

« Laisser du temps au temps » et simplement être là, sans jugement, et les soutenir pour identifier avec eux les besoins qu’ils auront et les manières d’y répondre.

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