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Des jeunes écrivent au tableau dans une classe en riant
Le format des ateliers peuvent aider les jeunes à se forger un style. Shutterstock

Enseigner l’écriture va au-delà des exercices de rédaction et de dissertation

« Les temps sont mauvais, les enfants ont cessé d’obéir à leurs parents et tout le monde écrit des livres », se lamentait Cicéron dans l’une de ses harangues les plus épiques. Et beaucoup aujourd’hui seraient tentés de reprendre à leur compte cette phrase du célèbre orateur romain.

C’est un phénomène qui se répète au fil de l’histoire : chaque génération tend à négliger ou dénigrer les valeurs que la génération précédente considérait encore comme fondamentales. Cette récurrence, loin de valider la pertinence de cette attitude, la rend d’autant plus suspecte : n’en dit-elle pas plus sur celui qui l’adopte que sur l’époque dont il parle ?

Bien écrire s’enseigne-t-il ?

L’enseignement de l’écriture n’a pas toujours de place claire dans les programmes académiques, malgré l’existence de nombreux manuels et classiques sur le sujet comme les livres de Delmiro Coto, celui de Frugoni, du groupe Grafein, ou encore de Queneau.

De nombreux obstacles restent à surmonter, de la taille des classes au temps de rédaction, en passant par les critères d’évaluation. Mais la question est plus profonde : il s’agit du manque de reconnaissance de l’écriture comme objet d’apprentissage.

L’écriture en tant qu’activité, ou habitude, ne peut être confondue avec la publication d’un livre. De même, écrire n’implique pas nécessairement d’être un écrivain professionnel. L’écriture et la lecture ne sont pas non plus des tâches opposées, l’une volant du temps à l’autre. Elles forment au contraire un cercle vertueux qui fait de l’écrivain un meilleur lecteur et du lecteur un meilleur écrivain. Car, comme le dit Álvaro Enrigue, un écrivain est avant tout un lecteur impénitent.

Dépasser les lieux communs sur l’écriture

Il est communément admis de dire que les jeunes écrivent très mal, de plus en plus mal, et qu’ils ne lisent pas. La tendance est-elle réelle ? C’est plus qu’improbable, mais beaucoup sont convaincus qu’autrefois, quelle que soit l’époque, on lisait beaucoup et on écrivait mieux.

C’est aussi un lieu commun de dire que l’écriture ne s’apprend pas. Dans l’imaginaire collectif, l’idée – sans justification ni fondement – s’est installée que l’on peut enseigner la peinture, la composition musicale, les mathématiques ou la philosophie, mais pas l’écriture. L’écriture ne s’apprend qu’en lisant et en écrivant beaucoup, disent encore ceux qui tentent d’éloigner l’écriture de toute didactique, comme s’il s’agissait de la seule discipline où la pratique est la chose la plus importante.

Jeune femme écrivant sur un cahier
L’activité d’écrire aide à affiner sa pensée. Shutterstock

Mais il est facile de se défaire de ces convictions. Tout indique que les gens lisent et écrivent plus que jamais. En partie grâce aux téléphones portables, qui ont encouragé les utilisateurs à écrire de manière quotidienne et constante. Mais aussi parce que de plus en plus d’enseignants introduisent la pratique de l’écriture dans leurs classes, avec la méthodologie des ateliers littéraires, qui consiste à se retrousser les manches et à travailler avec des textes comme on travaille dans un laboratoire, en expérimentant la langue et ses formes, en lisant de manière exhaustive, en écrivant et en réécrivant de nombreuses fois jusqu’à atteindre, comme l’a dit Juan Ramón Jiménez, le nom exact de la chose.


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Apprendre à écrire, c’est plus que partager un livre de recettes : c’est accompagner l’écrivain en herbe, l’aider à entrevoir son propre projet, lui montrer les ressources dont il dispose, le guider dans ses lectures et le motiver à continuer à écrire, jusqu’à ce que cela devienne une habitude.

Ce que l’écriture nous apporte

Apprendre aux élèves à écrire, à tous les stades de la scolarité, est un moyen privilégié de travailler avec eux leur créativité, leurs capacités d’expression et de compréhension, leur sens critique ; et de leur donner un accès plus vivant et plus pénétrant au langage, de faire de la lecture une expérience vécue plus intensément et de leur permettre réellement d’entrer en dialogue avec les textes.

Car bien écrire, ce n’est pas seulement écrire correctement, rendre compréhensible ce que l’on veut dire, être ordonné et clair. Au-delà de ces minima, bien écrire, c’est montrer son propre style, sa propre façon de voir la réalité et lui donner une structure fiable avec le langage.

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Clarice Lispector disait qu’elle écrivait parce qu’elle était incapable de comprendre quoi que ce soit autrement que par le processus d’écriture. Mieux écrire, c’est aussi mieux penser, avoir une perception plus audacieuse de la réalité, se donner une façon plus ambitieuse d’être au monde et de se connaître.

Qui peut nous apprendre à le faire, et comment ? Lorsque le romancier Vladimir Nabokov s’est vu proposer d’enseigner à Harvard dans les années 1940, le linguiste Roman Jakobson, méfiant, a demandé : Et maintenant, allons-nous faire venir des éléphants pour enseigner la zoologie ?

Aujourd’hui, il n’y a pas lieu de choisir entre écrivains et linguistes : aux précieux témoignages et réflexions de nombreux auteurs sur leur propre pratique s’ajoutent les récentes recherches universitaires qui fournissent une méthode scientifique pour l’enseignement de l’écriture.

This article was originally published in Spanish

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