IA comme bIg dAta

Comment le contrôleur de gestion peut-il échapper à son obsolescence programmée, si bien représentée par la robotisation du raisonnement humain ?


IA + BD = RO. Avant de résoudre cette équation littérale, dont l’invisibilité des inconnues n’a d’égal que l’étrangeté de ses termes, encore faut-il lever le voile sur sa signification. Exit bien chères mathématiques, les termes de cette équation ne sont qu’habiles juxtapositions de sigles :

« IA + BD = RO, pour Intelligence Artificielle + Big Data = Risque ou Opportunité ? »

Cette équation inattendue est un prétexte à questionner une situation qui va se tendre de plus en plus dans les cinq à dix prochaines années. Les nouvelles technologies IS/IT, portées à la fois par l’intelligence artificielle et le big data, vont « pousser » très fortement des innovations dans tous les métiers dits « intellectuels ».

1. L’attractivité de l’Intelligence Artificielle s’est accrue au détriment de celle du big data

Sur la courbe du Gartner Group, l’IA a pris la place médiatique qu’un big data en déclin occupait il y a trois ans, et se propage aussi bien dans la sphère économique que dans le grand public.

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La transversalité de cette problématique, conjuguée à notre expérience personnelle, nous amènent à développer ses impacts probables sur un métier très applicatif de la pensée humaine et artificielle : le contrôle de gestion.

Comment le contrôle de gestion peut-il échapper à son obsolescence programmée par la robotisation du raisonnement humain ?

Si nous tentons de résoudre notre singulière équation initiale, nous devons d’abord définir les conditions de réussite d’une révolution annoncée. L’alternative centrale est extrême :

  • Un risque est la disparition pure et simple, non pas du contrôle de gestion, mais du contrôleur de gestion.

  • Une opportunité réside dans la transformation du contrôleur en co-pilote du CEO, un rôle parfois tangenté ces trente dernières années, et désormais appelé à devenir une condition d’existence.

Cet impact de l’IA sur la fonction finance-gestion est si médiatisé qu’il propage un lot de banalités et d’inepties particulièrement affligeantes. A la question « Quels impacts l’IA va t- elle avoir sur la fonction finance gestion ? », la réponse est systématique : « l’automatisation des tâches répétitives permettra de se consacrer à des activités à plus forte valeur ajoutée ». Une phrase similaire à celle des années 70, quand on expliquait l’apport de l’informatique au contrôle de gestion, et à celle des années 90 quand on argumentait le bénéfice des ERP pour cette même fonction. Consternant !

A quoi s’attendre, alors, et que faire ?

2. Dans « big data », il y a « I » et « A », comme « Intelligence Artificielle » !

En fait le big data va de pair avec l’intelligence artificielle, à un point tel que l’information est en train de changer de paradigme. Si la prévision est indispensable et la prédiction souhaitable, qu’en serait-il de l’existence d’une capacité de prescription ? « Bankable », assurément ; ce serait la certification de l’A.O.C. « co-pilote » accordée à un contrôleur de gestion capable de prescrire l’avenir de son entreprise !

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3. Créer un projet d’entreprise du type : « Le big data, nouvel actif immatériel »

Ce serait la première condition de réussite associée à la promesse d’une capacité prescriptrice, élevant ainsi la donnée au rang d’un nouvel actif producteur d’innovations tous azimuts : maintenance 100 % optimisée des actifs industriels, gestion objectivée des carrières, produits et services concurrentiels.

4. Organiser un rapprochement fonctionnel entre Data scientist et Contrôleur de gestion

L’animation du projet précédent devra se faire avec un rapprochement physique et fonctionnel du Contrôleur de gestion et du Data scientist. En termes de synergies, le contrôleur doit apporter au scientist sa connaissance de l’opérationnalité des métiers, et le scientist doit amener le contrôleur à bien maîtriser le traitement des données massiques.

5. Passer de la « right data » à la « smart data »

Les opérationnels connaissent tous des sueurs froides lorsque leur contrôleur de gestion leur annonce un dépassement budgétaire, alors qu’il leur avait dit le contraire la veille. Le contrôleur est si soucieux de l’exactitude de ses données que cette obsession rend les opérationnels complètement « accro » à une « right data » plutôt qu’à une « smart data ».

Le big data, associé à des outils du type Hadoop ou Cassandra, va permettre de réaliser des classements pertinents de ces données intelligentes. Des idées d’innovation en seront issues, quasi automatiquement, pour peu que les développeurs trouvent le mix idéal entre tous les outils disponibles en open source. Des innovations comme la suppression du sac d’aspirateur, ou l’ajout de roulettes à une valise, ne relèveront bientôt plus de la créativité humaine, mais directement d’un IS/IT refondé.

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6. Créer un deuxième projet d’entreprise : La reconversion du personnel

Portée par la robotisation mécanique, la révolution industrielle des années 80 a généré de longues périodes de palettes et de pneus brûlés, bloquant les entrées des usines de très nombreuses entreprises. D’autres sociétés connurent 0 jour de grève, car elles avaient anticipé le caractère inéluctable de cette révolution de la robotique industrielle. Quarante ans après, tout le monde se félicite encore de cette suppression des métiers pénibles. La robotisation « intellectuelle » va déferler de la même façon, mais sur les métiers des « cols blancs », dont beaucoup seront supprimés, y compris dans des fonctions d’analyse. Le véritable enjeu sera de manager ce projet de reconversion en mode conduite du changement.

La place du Contrôleur de gestion dans le contexte d’une IA maîtrisée

Les conditions de réussite préconisées plus haut, associées à la fertilisation du terrain par une pratique intensive de l’Open Innovation positionneront le Contrôleur de gestion dans un rôle d’aiguilleur du ciel de l’écosystème, connexe à celui du Data scientist, et partie prenante de la chaîne de valeur _Nouvelles technologies/Innovations/Marchés. Préparons-nous-y, sérieusement et sereinement, au service de la sphère des contrôleurs de gestion, au lieu de disserter sur des impacts plus que secondaires, au service des consultants en informatique.

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