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Une route inondée
La route Transcanadienne sous les eaux à Abbotsford en Colombie-Britannique le 16 novembre 2021. La Presse Canadienne/Jonathan Hayward

Inondations et glissements de terrain en C-B : les effets d’une « rivière atmosphérique »

La côte ouest est réputée pour ses automnes pluvieux, mais la tempête qui s’est abattue sur la vallée du Fraser en Colombie-Britannique ce week-end a brisé plusieurs records.

Pendant deux jours, un système météorologique appelé « rivière atmosphérique », accompagné de forts vents et de pluies diluviennes, a traversé la partie sud-ouest de la province, provoquant des dommages importants et la mort d’une personne.

Particulièrement touchées, les villes de Hope, Merritt et Princeton ont reçu jusqu’à 200 millimètres de pluie. Les inondations et les glissements de terrain ont coupé tous les accès routiers reliant Vancouver au reste de la province et du pays, entraînant d’importantes répercussions économiques.

Qu’est-ce qu’une rivière atmosphérique ?

Une « rivière atmosphérique » est une bande d’air chaud et humide longue de quelques milliers de kilomètres, mais large de quelques centaines seulement, qui borde un grand système dépressionnaire au-dessus des océans.

Ce phénomène, qui peut pénétrer très loin à l’intérieur des terres, se manifeste, dans la zone Pacifique, principalement entre l’Alaska et la Californie.

On parle de « rivières » à cause de la très grande quantité de vapeur d’eau qu’elles charrient, mais la ressemblance avec les rivières terrestres s’arrête là. Une rivière atmosphérique n’a ni lit ni cours fixe et elle peut déverser des quantités prodigieuses de pluie sur une zone très vaste.

Une route et un pont coupés en deux
Des dommages causés par les fortes pluies et les glissements de terrain le long de l’autoroute de Coquihalla près de Hope, en Colombie-Britannique, le 18 novembre 2021. La Presse canadienne/Jonathan Hayward

Des précipitations record ?

La tempête du week-end dernier a été remarquable tant par sa durée que par son intensité. Pendant plus de 24 heures, il a plu sans discontinuer sur la plus grande partie de la trajectoire de la tempête, et dans des quantités excédant largement les normales saisonnières.

Les cours d’eau, incapables d’absorber un ruissellement trop rapide, ont vite débordé. Les pluies chaudes ont également fait fondre les neiges en altitude, aggravant les inondations. Le phénomène a été particulièrement intense dans le secteur appelé Sumas Prairie, entre Abbotsford et Chilliwack, un ancien lac asséché au début du siècle dernier, mais saturé par les pluies d’octobre et du début novembre.

Les précipitations du 14 novembre ont établi des records à plusieurs endroits. Abbotsford a enregistré 100 millimètres ce jour-là — le double du précédent record de 1998. Hope a eu 174 millimètres : cinq fois plus que le record de 2018.

Les feux de forêt de l’été ont-ils aggravé la situation ?

L’année 2021 avait été également une dure année sur le front des incendies : 1 600 feux de forêt ont carbonisé 8 700 km², surtout dans le sud de la province. Seule l’année 2017 avait produit un pire bilan.

Or, les feux de forêt provoquent l’hydrophobie des sols — ils repoussent l’eau. Elle découle de l’effet de l’air surchauffé sur les débris végétaux au sol, qui libère alors certains types de composés cireux lesquels se déposent à la surface du sol. Cette couche imperméabilisante est souvent cachée par une mince couche de sol brûlé ou de cendres.

De nombreuses zones brûlées lors des incendies de 2021, notamment aux environs de Merritt, ont été inondées le week-end du 13 novembre. L’hydrophobie des sols pourrait expliquer que le ruissellement y ait été plus important et plus rapide.

L’effet des changements climatiques ?

En général, les scientifiques hésitent à faire un lien direct entre un événement météo extrême particulier et les bouleversements du climat.

Cependant, plusieurs événements récents font basculer l’opinion, notamment les inondations de juillet 2021 dans l’ouest de l’Allemagne, l’est de la Belgique et la province chinoise du Henan ; en Sibérie, la chaleur extrême et les feux de forêt de 2020 et 2021 ; et dans l’ouest du continent nord-américain, le « dôme de chaleur » de juin 2021.

Une rangée de personnes tenant des pelles se tient au bord d’un chemin de terre, entourée de fumée orange
Des pompiers volontaires font une pause à l’ouest de Yakoutsk, en Sibérie, en août 2021. (AP Photo/Ivan Nikiforov)

Ces événements extrêmes sont tellement hors-normes par rapport au passé que bien des scientifiques qui surveillent les modèles climatiques estiment qu’ils n’auraient pas pu se produire ni être aussi graves sans l’effet des changements climatiques.

Ces occurrences cadrent avec les prédictions des spécialistes des sciences de l’atmosphère selon qui les phénomènes de météo extrême deviendront plus fréquents et plus graves à mesure que le climat se réchauffera.

This article was originally published in English

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