Le statut étudiant-entrepreneur, passeport pour la réussite

Le statut d'étudiant-entrepreneur permet d'être accompagné dans les étapes les plus sensibles : l'accès aux financements et les formalités administratives. Unsplash

Dans un précédent article, nous évoquions l’augmentation du nombre d’étudiants accédant au statut d’étudiant-entrepreneur. Officiellement lancé en 2014, ce statut a pour ambition de permettre à des étudiants ou jeunes diplômés d’initier une expérience entrepreneuriale pendant leurs études ou jusqu’à trois années après l’obtention de leur diplôme.

Depuis lors, nous avons assisté à de belles réussites, mais aussi à quelques changements de trajectoires. À travers des échanges avec d’anciens étudiants s’étant lancés dans l’aventure entrepreneuriale, nous proposons de répondre à la question suivante : le statut d’étudiant-entrepreneur permet-il de surmonter les principales difficultés rencontrées par les jeunes entrepreneurs ? Cette publication est aussi une occasion d’évoquer les autres raisons qui ont poussé ces jeunes à entreprendre sous ce statut.

La jeunesse constitue aussi un frein

Nous savons que les écueils sont nombreux dans un parcours de création d’entreprise, surtout lorsque le créateur est au début de sa carrière professionnelle. Le défi principal consiste à faire oublier sa jeunesse aux différents interlocuteurs, cette jeunesse étant souvent associée à un manque de crédibilité.

Le premier domaine dans lequel ce profil peut porter préjudice est l’accès aux financements. Cette difficulté est exacerbée par le fait que les jeunes entrepreneurs adoptent souvent le statut d’entreprise individuelle, statut qui ne fait pas la distinction entre patrimoine personnel et patrimoine professionnel.

Parmi les huit étudiants dont nous avons suivi le parcours, les trois quarts n’ont pas été affectés par cette contrainte. Leurs activités sont pour six d’entre eux des activités de service ne nécessitant pas de financement important. Les deux jeunes qui ont rencontré des difficultés développent et commercialisent des produits : des pailles écologiques pour l’un et des compléments nutritionnels pour la restauration médicale pour le second.

Zacharie Thiery-Weber est l’un des étudiants-entrepreneurs interrogés dans le cadre de l’enquête.

Presque tous les jeunes entrepreneurs que nous avons suivis ont eu des difficultés à réaliser les obligations administratives pourtant indispensables à la création et au fonctionnement d’une entreprise. Nous n’avons cependant pas pu comparer leur expérience à celle d’autres entrepreneurs plus âgés bénéficiant notamment du cadre légal du statut autoentrepreneur. Nous pouvons supposer que les jeunes adultes sont moins à l’aise avec ce type de documents.

Enfin, près des deux tiers des étudiants avec lesquels nous avons échangé ressentent une réticence de leurs clients potentiels en raison de leur jeunesse. Cette difficulté est surtout perceptible dans les premiers mois d’activité. L’aboutissement avec succès du projet nécessite de se créer une réputation assez rapidement et de pouvoir communiquer sur ces réussites.

L’accompagnement, un facteur clé de réussite

Une difficulté majeure citée dans de nombreuses sources bibliographiques est le manque d’accompagnement dont souffrent certains jeunes entrepreneurs.

Or, parmi les entrepreneurs avec lesquels nous avons échangé, ceux ayant adopté le statut d’étudiant-entrepreneur ont reçu un accompagnement administratif et financier ainsi que d’autres avantages comme la possibilité de garder leur statut étudiant, de remplacer un stage obligatoire de leur formation par leur projet de création d’entreprise ou encore de bénéficier d’un accès gratuit à un espace de coworking.

Le coworking est une organisation qui intègre un espace de travail partagé et un réseau de travailleurs disponibles pouvant collaborer ensemble. Josh Edelson/AFP

Pourtant, lorsque nous comparons les parcours des différents étudiants que nous avons interrogés, il semble que le succès de leur entreprise ne soit pas directement lié à l’obtention du statut d’étudiant-entrepreneur mais davantage à la qualité de l’accompagnement dont ils ont bénéficié.

En effet, le profil même et l’environnement personnel de ces entrepreneurs sont de facteurs décisifs dans la réussite du projet de création et de gestion d’entreprise. La majorité des entrepreneurs ayant réussi n’ont pas bénéficié de ce statut mais ont pu soit suivre une formation à l’entrepreneuriat dans le cadre de leur diplôme, soit comptent au moins un entrepreneur dans leur environnement familial. Nous pouvons donc considérer qu’un accompagnement leur était accessible par l’une de ces deux voies.

Une source d’épanouissement

Un seul des projets que nous avons suivis n’a pas abouti. L’aventure s’est arrêtée pour les deux créateurs au bout de quelques mois, le projet ne trouvant pas son marché. Les autres entrepreneurs sont tous en activité et trouvent dans ce challenge les facteurs d’épanouissement qu’ils recherchaient dès le début de l’aventure.

Les principales motivations citées pour se lancer dans l’entrepreneuriat sont la satisfaction de construire une entreprise pérenne, d’être son propre patron et de se donner un challenge à réussir.

Il est intéressant de noter que plusieurs de ces entrepreneurs mènent leur projet en parallèle d’une autre activité : leurs études, un stage ou encore un emploi. Il s’agit ici d’un choix délibéré qui permet à ces entrepreneurs de développer leur entreprise en limitant la prise de risque liée à la rentabilité, problématique qu’ils affrontent au bout de quelques mois.

Nicolas, par exemple, a créé son agence web et continue de la développer en parallèle d’un poste en contrat à durée indéterminé dans une entreprise. Pour lui, cette activité complémentaire lui permet de compléter ses revenus, tout en faisant une activité qu’il aime, un hobby.

Page d’accueil du site de l’entreprise Ostone. Ostone

Chez de nombreux jeunes entrepreneurs, nous constatons la volonté de s’investir dans une activité à visée sociale ou solidaire. David, encore étudiant, a créé l’entreprise Ostone. Celle-ci propose à la vente des pailles écologiques. Après seulement quelques mois d’activité, l’entreprise a vendu près d’un million de pailles.

Nous pouvons également citer l’exemple de Zacharie, créateur d’une entreprise destinée à créer des compléments nutritionnels pour lutter contre la dénutrition des personnes âgées ou malades.

Lorsque nous évoquons la question de son épanouissement dans ce projet, voici sa réponse :

« Oui (70 % du temps) et non (20 % du temps) et de toute façon c’est une occasion unique, je me dis que je dois aller au bout de mon projet (10 % du temps)… La remise en question est permanente (compétence, maturité, choix). La dimension financière est omniprésente mais ne doit pas conduire la prise de décision pour autant. Je grandis avec le projet, j’apprends tous les jours en savoir-faire et savoir-être. »

Ce témoignage reflète bien la mentalité de ces jeunes entrepreneurs, qui font preuve d’un optimisme et d’une énergie considérables. L’entrepreneuriat représente pour eux une opportunité semée d’embûches, mais qui peut être une source d’épanouissement considérable.

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