Les sciences de gestion avant et après mai 68

Executive education en management (ESCP Europe) ESCP Europe/Flickr

Les historiens aiment jalonner l’histoire, dater des périodes, déceler des inflexions dans la complexe histoire des hommes. 1968 est indéniablement l’une de ces dates rares qui font le départ entre un avant et un après. Cela justifie sans doute l’effort de l’interprétation et le goût de la célébration. Trois conditions sont nécessaires pour devenir une date marquante : l’originalité de l’événement, la réalité des changements qui lui sont postérieurs, l’émergence concomitante d’un autre récit sur le monde.

Le 68 des enseignants-chercheurs en gestion

L’enseignement et la recherche en gestion ont ainsi connu leur « 68 » car le 15 mai de cette année-là était publié au Journal officiel le décret de création de la FNEGE (Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entrprises).

Conscients du retard pris par notre pays dans la constitution d’un enseignement supérieur de la gestion de qualité, les pouvoirs publics prenaient avec les milieux professionnels l’initiative d’une organisation de structure originale, chargée de développer l’enseignement de la gestion en France.

Il semble aujourd’hui que ce secteur a pris sa place non seulement en France mais aussi à l’international : imaginons que la FNEGE y a modestement et indirectement contribué.

Une organisation originale

Durant les 50 années de son histoire, et avec agilité, comme le souligne le professeur Bernard Pras, la FNEGE a multiplié les initiatives, adaptées à leur époque, avec le souci constant de développer l’enseignement supérieur et la recherche en gestion : envoi de boursiers aux États-Unis pour créer les corps professoraux des écoles et IAE, services aux établissements pour favoriser leur développement international, sélectionner leurs étudiants ou mesurer leur impact, soutien des enseignants-chercheurs dans l’organisation de leurs activités académiques et valorisation de la diversité de leurs travaux.

Plus profondément encore, la création de la Fnege en 68 apparaîtra comme la naissance d’une sorte d’esprit commun dans le monde de l’enseignement supérieur à la gestion. Ni service ministériel, ni syndicat professionnel cette structure originale et indépendante permet à l’écosystème de l’enseignement supérieur et de la recherche en gestion de se retrouver : établissements publics ou privés, enseignants-chercheurs des différentes disciplines, associations académiques, entreprises.

Un réseau d’acteurs très divers

Une histoire est sans cesse réinterprétée : les maisons d’édition donnent en ce cinquantenaire des événements de 68 la place aux anonymes, aux acteurs de ces événements alors que les intellectuels et les analystes avaient la part belle lors des célébrations décennales précédentes.

Il en va de même pour la Fnege avec l’ouvrage de Bernard Pras qui laisse largement la parole à ceux qui ont fait la fondation. Et au-delà de l’agilité de l’organisation, ces acteurs témoignent de deux convictions qui se sont renforcées au fil du temps. Premièrement, malgré la diversité de ce monde de l’enseignement de la gestion, voire sa fragmentation, nous partageons un minimum de projet, de raison d’être et d’enjeux communs. Deuxièmement, malgré l’intensité des compétitions entre établissements, voire entre enseignants-chercheurs, nous savons les bienfaits de la coopération qui est toujours à travailler et à renforcer.

Une semaine de manifestations… académiques

Trois études seront présentées au-delà de l’ouvrage de Bernard Pras sur l’histoire de la FNEGE, avec le même souci de valoriser le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche en gestion et de contribuer à son développement.

Une première étude présente les thèmes de recherche prisés par les entreprises aujourd’hui, afin de contribuer à renforcer les ponts entre le monde des entreprises et celui de la recherche.

La deuxième étude montre l’impact des établissements d’enseignement supérieur à la gestion sur le territoire français ; elle témoigne ainsi de l’utilité de notre secteur pour les territoires et les parties prenantes des établissements.

La troisième, réalisée avec Headway, fait le point des défis de l’enseignement supérieur à la gestion pour le futur.

Au-delà de ces colloques et de ces études, la Semaine du Management qui s’ouvre le 22 mai est aussi une occasion de rencontres pour les directeurs d’établissements, les enseignants-chercheurs, les entreprises et nos partenaires dans le cadre d’un village des professionnels et des académiques et dans le bar à start-up qui marque le fort investissement de la fondation dans le monde de l’entrepreneuriat.

Certains s’interrogent parfois sur le sens et l’utilité de ces célébrations dont le monde de l’édition et de la presse sont friands. En ce qui concerne le cinquantenaire de la FNEGE, l’idée n’est pas tant de céder avec complaisance au goût de la commémoration que de réaffirmer et renforcer trois principes qui guident l’action de notre communauté de l’enseignement supérieur à la gestion.

Le premier est d’être toujours attentif à notre utilité pour la société dans son ensemble grâce à la qualité de la recherche, la pertinence des contenus d’enseignement et l’efficacité de nos méthodes. Le deuxième est celui du travail de notre communauté, principe de « coopération augmentée » quand les acteurs, malgré leurs différences et leurs concurrences, savent le bénéfice commun à travailler ensemble. Le troisième enfin, est celui que la Fondation partage avec le monde académique, c’est le principe d’engagement, l’engagement de chacun sans lequel aucun bénéfice commun n’est possible.


Tout cela constitue des raisons suffisantes pour célébrer un cinquantenaire et c’est bien l’enjeu de la Semaine du Management du 22 au 25 mai 2018 à Paris. L’événement est avant tout académique avec dix-huit colloques scientifiques proposés par les associations académiques qui ont parfois développé des rencontres sur des sujets d’intérêt commun, comme c’est le cas sur le thème important de la relation client, qui demeure, selon la nouvelle édition de notre baromètre, un thème de recherche majeur qui intéresse les entreprises.