Le mal de dos est la principale cause d’invalidité à travers le monde. Mais avons-nous la bonne approche pour le traiter? Shutterstock

Mal de dos? Il vous faut moins de pilules, et plus de physiothérapie… si vous en avez les moyens

Le mal de dos est un problème de santé courant et coûteux. C’est la principale cause d’invalidité à travers le monde. Un «appel à l’action» récemment publié dans The Lancet souligne les risques de la surmédicalisation du mal de dos mondialement.

Dans notre récente étude de recherche, publiée dans BMC Health Services Research, nous avons noté que plusieurs personnes souffrant de mal de dos chronique n’étaient pas en mesure d’avoir accès à des options non médicales comme la physiothérapie.

Nous avons comparé le recours autodéclaré aux médecins de famille, chiropraticiens et services de physiothérapie parmi 25 545 adultes canadiens souffrant de mal de dos et avons noté un niveau moins élevé de recours aux services chez certains groupes.

Par exemple, les gens à faible revenu et de niveau d’instruction moins élevé étaient moins susceptibles de solliciter les soins d’un physiothérapeute comparativement aux médecins de famille. De même que les résidants des régions rurales et éloignées.

Ce manque d’accès est particulièrement déplorable, puisqu’il est démontré que le mal de dos chronique est plus courant chez les personnes à faible revenu et celles vivant dans des régions rurales et éloignées.

Surmédicalisation du mal de dos

Le mal de dos figure parmi les raisons les plus courantes de voir un médecin de famille dans plusieurs pays. La couverture universelle des soins de santé est habituellement limitée aux médicaments d’ordonnance, à l’imagerie diagnostique ou à la consultation avec un médecin spécialiste.

Cela débouche sur une surmédicalisation du mal de dos, impliquant des examens médicaux excessifs avec l’utilisation de radiographie, tomographie et d’IRM et des approches de soins de santé à faible valeur — comme l’utilisation à long terme d’opioïdes. Tout cela accroît les coûts de soins de santé et le risque d’invalidité à long terme en lien avec le dos.

De nombreux cas de mal de dos sont en fait mieux soignés par l’éducation, l’exercice et un traitement manuel, ou une combinaison de services s’ajoutant à ceux prodigués par le médecin de famille.

Le traitement du mal de dos par les physiothérapeutes peut réduire la consommation de médicaments contre la douleur comme les opioïdes. (Shutterstock)

Au Canada, un adulte sur cinq souffre de mal de dos chronique et les coûts de soins de santé reliés à cette situation sont estimés entre 6 et 12 milliards de dollars par année. On estime que un tiers des Canadiens n’ont pas l’assurance maladie additionnelle qui les aiderait à couvrir les coûts des options non médicales comme les services privés de physiothérapie.

Ironiquement, profiter d’une assurance maladie privée pour les soins de santé non couverts par le régime public est fortement associé au revenu.

La physiothérapie peut réduire l’usage des opioïdes

L’amélioration de l’accès aux soins de santé abordables pour les personnes qui en ont besoin faisait partie des nombreuses recommandations tirées de la série du groupe de travail_The Lancet_sur la douleur dans le bas du dos).

L’amélioration des options de traitements non médicamenteux du mal de dos comme la physiothérapie est une question particulièrement importante de santé publique au Canada à la lumière de la crise actuelle sur les abus d’opioïdes.

Plus de la moitié des consommateurs d’opioïdes disent avoir mal au dos. Le traitement des physiothérapeutes pour le mal de dos peut contribuer à réduire la consommation des médicaments contre le douleur comme les opioïdes.

Les première et dernière recommandations des 2017 Canadian Guideline for Opioids for Chronic Non-Cancer Pain incluent une consultation avec des fournisseurs de soins multidisciplinaires non médicaux.

Malheureusement, les obstacles à l’accès aux services non médicaux à l’extérieur du régime public rendent ces directives difficiles à appliquer.

La télésanté et les robots peuvent venir en aide

L’amélioration de l’accès à la physiothérapie et autres services potentiellement bénéfiques pour les personnes souffrant de mal de dos chronique nécessite un réexamen de la façon dont les soins pour le mal de dos sont prodigués au Canada. Convaincre les assureurs et les décideurs politiques en santé d’améliorer le financement de ces services serait un bon début.

Des modèles de soins qui incluent les physiothérapeutes au sein des équipes de soins de santé du régime public se sont révélés avantageux.

La recherche actuelle au Canada examine la faisabilité et l’incidence des modèles qui intègrent les physiothérapeutes aux pratiques des médecins de famille.

Se servir de la télésanté et autres technologies comme les robots de téléprésence est un autre moyen de surmonter les obstacles à l’accès aux soins pour le mal de dos dans les régions rurales et éloignées.

Les écarts pour l’accès aux soins soulignés dans notre recherche démontrent que l’accès aux soins de physiothérapie n’est pas équitable parmi les Canadiens souffrant de mal de dos. De nouvelles approches innovatrices sont nécessaires pour régler ces problèmes d’accès.

This article was originally published in English