Petite pédagogie du confinement à l’usage des parents

A Marsden (Nord de l'Angleterre), premier jour d'école à la maison pour Leo et Espen, assistés de leur mère Moira. Oli Scarff / AFP

Enseigner, ce n’est pas « faire son cours » mais « faire apprendre » ses élèves. En tant que parents qui, en cette période de confinement forcé, vous retrouvez plus que jamais partie prenante de la scolarisation de vos enfants puisqu’elle s’effectue désormais sous votre toit, votre rôle est donc d’autant moins de faire cours à la place des enseignants.

Le véritable enjeu est de mettre en place, dans la mesure du possible, les conditions qui permettront à vos enfants d’apprendre et de développer de nouvelles compétences. Et peut-être même de conserver quelques nouvelles bonnes habitudes une fois la crise passée.

Principes généraux

Depuis la mise en place des dispositions décidées par les autorités pour restreindre la propagation du Covid-19, de multiples ressources et conseils aux parents fleurissent partout sur le web et les réseaux sociaux, au point qu’on ne sait parfois plus où donner de la tête.

Sur quels critères fonder ses choix ? Comment faire le tri sans y passer ses soirées ? Peut-être simplement en commençant par clarifier le rôle que nous, parents, devons jouer durant cette période atypique et inédite. En essayant de prendre un peu de recul sur ce dont nos enfants auront réellement besoin durant les semaines à venir.

Aussi présentons-nous ici quelques principes pédagogiques généraux destinés à guider les parents dans l’organisation des apprentissages de leurs enfants. Des parents stressés par des inquiétudes professionnelles, face à la suspension brutale de leur activité, des parents qui doivent travailler dans des conditions dégradées, pour certains, à distance, pour d’autres, en première ligne. Des parents qui doivent en même temps assumer des charges domestiques plus lourdes qu’à l’accoutumée.

Répartir les tâches et les rôles

Avant toute chose, pour éviter que la cohabitation ne se transforme en promiscuité et la proximité en agacement permanent, mais aussi que l’intégralité de la charge mentale ne retombe sur une seule personne, commencez par effectuer la liste de l’ensemble des tâches domestiques quotidiennes.

De l’accompagnement des enfants à la gestion des poubelles, des actes administratifs à l’arrosage des plantes, des lessives à la préparation des repas, procédez à un partage rigoureux en attribuant des tâches et des rôles à chacun, sans bien sûr oublier les enfants. N’est-ce pas là l’occasion, quel que soit leur âge, de leur confier quelques responsabilités nouvelles ?

A Mulhouse, le 17 mars, séance de devoirs à la maison. Sébastien Bozon/AFP

Guider plutôt qu’enseigner

Ce qu’il faudra rapidement réaliser ensuite, c’est l’importance de ne pas se transformer en enseignant·e. L’enseignement est un métier à plein temps : si vous décidez de l’endosser, vous ne pourrez simplement plus faire le vôtre. Vous départir de ce paradigme spontané de la transposition de l’école à la maison vous permettra de commencer à vous déculpabiliser du temps que vous passerez à vous occuper de vous.


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Si vos enfants sont suivis par leurs professeurs à distance, laissez ces derniers se charger des contenus. Essayez simplement de soulager leurs difficultés et aidez-les à comprendre ce qui est attendu d’eux, à configurer leur espace d’étude et leurs outils de communication en ligne, à améliorer leurs méthodologies de travail.

S’ils sont jeunes, consacrez plutôt vos efforts à leur bien-être et à leur épanouissement en structurant leurs rythmes et en leur proposant des activités diversifiées, courtes et systématiquement choisies en fonction de leur état de fatigue. N’hésitez pas non plus à leur proposer des activités solitaires de temps à autre en leur expliquant que vous avez besoin de temps pour vous.

Rassurer et responsabiliser

Coronavirus oblige, votre enfant risque de moins apprendre pendant quelques semaines ou quelques mois. Et alors ? Tel sera de toute façon le cas de tous les jeunes de son âge. Que sont ces quelques mois, dans une vie entière faite d’expériences et d’apprentissages ? Il n’y a aucune raison de vous inquiéter tant que votre enfant vit la situation sereinement et positivement.

Peut-être est-ce plutôt cette préoccupation qu’il vous faudra principalement avoir ces prochaines semaines. Avant celle du fameux « temps d’écran », sur lequel il faudra probablement d’autant plus lâcher que leurs cours et leurs interactions sociales ne passeront presque plus que par là.


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Ne serait-ce d’ailleurs pas là l’occasion de tester une nouvelle approche et de les laisser faire ? Non sans contrôle, mais en leur demandant par exemple, le soir venu, s’ils ont réussi à gérer leur temps d’écran et à diversifier les usages qu’ils en ont faits. Et si tel n’est pas le cas, en leur demandant comment ils pourraient faire le lendemain pour mieux y parvenir.

Peut-être à cause du coronavirus passeront-ils moins de temps que prévu à étudier. Mais s’ils apprennent dans le même temps à se responsabiliser et à s’organiser, ce sera assurément autant de gagné lorsqu’ils retourneront à l’école.


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Distinguer école et maison

Pas plus que vous ne devez vous transformer en enseignant·e, vous ne devez transformer votre maison en école. L’école, qu’elle soit primaire ou secondaire, est organisée autour d’une dialectique entre :

  • les apprentissages définis par les programmes

  • les conditions et modalités d’enseignement, sous-tendues par une architecture, des équipements, une organisation spatiale et temporelle, des règlements régissant la vie et le rythme des professeurs et des élèves.

Ces conditions précises n’étant pas réunies à la maison, il est illusoire de chercher à y développer les mêmes apprentissages qu’à l’école. Personne ne chercherait à reproduire des travaux pratiques de chimie organique dans sa salle de bain, n’est-ce pas ?

Il est à cet égard important d’anticiper l’objection qui consisterait à rappeler que pourtant, les enfants au bénéfice de « l’école à la maison » sont soumis aux mêmes programmes et attentes que les enfants scolarisés. Certes. Mais non seulement leurs parents endossent-ils alors, seuls ou à plusieurs, l’équivalent d’une charge d’enseignement complète, mais les enfants ne sont en outre jamais confinés, une multitude d’installations extra-scolaires leur permettant de compenser l’absence d’infrastructures scolaires à leur domicile.

Réactions de parents face au confinement (France 3 Nouvelle-Aquitaine).

Développer de nouvelles compétences

La question n’est dès lors plus « Comment faire apprendre à mon enfant ce qu’il aurait dû apprendre à l’école ? », mais « Quels apprentissages développer chez mon enfant qui soient en accord avec la situation et les circonstances actuelles ? ».

Vous réaliserez alors peut-être que rester à la maison ne signifie pas nécessairement moins d’apprentissages mais « d’autres », voire « plus » d’apprentissages dans certains cas. Car cette crise sanitaire est assurément l’occasion de développer de nouvelles compétences chez nos enfants.


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D’une part, citons ces compétences très pratiques qui correspondent à des tâches que l’on réalise souvent pour eux. Vos enfants savent-ils utiliser un tire-bouchon ou couteau de cuisine ? Dénuder un fil électrique ? Arroser les plantes sans faire déborder le pot ? Sélectionner le bon programme du lave-linge ? Repasser une chemise ? Recharger les piles de la télécommande ?

D’autre part, il faut compter avec les compétences qui vont leur permettre (et vous permettre) de mieux vivre cette même période : compétences numériques pour être capables de suivre leurs enseignements à distance, compétences organisationnelles pour vous assister dans la gestion collective du quotidien. Enfin, il y a les compétences liées à l’autonomie de penser et d’agir.

Accompagner la prise d’autonomie

Certaines recherches le montrent : les résultats scolaires sont partiellement corrélés à l’autonomie des enfants. Or nous pensons résolument qu’être un parent responsable, ce n’est pas faire à la place de ses enfants, c’est leur apprendre à faire seuls !

C’est les préparer au jour où vous ne serez plus à leurs côtés pour leur rappeler leur rendez-vous médical, contrôler leur temps d’écran, planifier leurs repas et, finalement, organiser leur vie à leur place. Ce n’est pas les empêcher de tomber mais éviter qu’ils se fassent mal lorsqu’ils tombent.

Ce n’est surtout pas les empêcher de se tromper (s’ils ne le font pas en sécurité avec vous, dans quelles conditions hasardeuses le feront-ils ?) mais les aider à tirer profit de leurs erreurs pour apprendre, éviter que les conséquences n’en soient sérieuses ou qu’elles ne les démobilisent. Aidez-les donc à s’organiser seuls plutôt que de les enfermer dans un rythme que vous aurez pensé indépendamment d’eux.

Sans faute ! Petite philosophie de l’erreur (en éducation) – Conférence de RE Eastes au Club 44 (La Chaux-de-Fonds, Suisse) le 7 mars 2019.

Renforcer votre résilience familiale

La crise du Covid-19 finira bien par se terminer. Mais ensuite ? De l’effondrement de la biodiversité aux ravages du changement climatique, du déplacement des métiers par l’intelligence artificielle à la montée des nationalismes, quelle sera la prochaine crise ?

Ces circonstances exceptionnelles gravissimes nous invitent à réfléchir non seulement au sens de notre existence mais également à notre capacité à préserver ce qui nous tient à cœur dans nos actuels modes de vie.

Nous vivons un âge d’or technologique, mais le nouveau coronavirus fait vaciller nos certitudes… Et si notre confort et nos acquis n’étaient pas garantis à vie ? Profitons de ce temps long pour y penser : que ferions-nous bien de changer dans l’organisation de nos existences individuelles pour garantir la meilleure résilience possible à nos enfants ? Et comment affronterons-nous collectivement les inégalités sociales que cette crise sanitaire, en renforçant le rôle des parents dans les apprentissages des enfants, risque de creuser plus encore ?

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