Les écrans, atouts ou freins du dialogue familial ?

Au fil des âges , les supports utilisés évoluent et le temps passé devant tel ou tel type d'écran varie. Shutterstock

Dans la plupart des pays, les enfants d’aujourd’hui sont immergés dans un monde numérique. Selon l’Insee, 87 % des familles avaient un accès à Internet en 2018 et 82 % des familles possédaient au moins un appareil numérique permettant un accès en ligne.

Au fil des âges, les supports utilisés évoluent et le temps passé devant tel ou tel type d’écran varie. Les jeunes enfants ont encore un usage majoritaire de la télévision (87 % des enfants de 2 ans la regardent, dont 68 % tous les jours). Les 6-10 ans sont 50 % à passer trois heures ou plus par jour devant un écran, tandis que les 12-17 ans sont 86 % à posséder un smartphone et 70 à 87 % à passer 3 heures ou plus devant un écran.

Quant aux les adultes, environ 80 % d’entre eux passent 3 heures ou plus par jour devant un écran, hors temps dédié au travail. Ces usages nuisent-ils à des échanges de qualité entre parents et enfants ? Ou, au contraire, peuvent-ils constituer un nouveau mode de relation ?

Risques de « technoference »

Pensons à ces scènes, observées dans la rue, les parcs ou les salles d’attente des médecins. D’un côté, un bébé fixe son père depuis sa poussette, un enfant interpelle sa mère pour lui montrer ses progrès en dessin ou à vélo. De l’autre, le parent en question garde les yeux rivés sur son smartphone.

Ces interruptions des échanges liées aux usages numériques ont été nommées technoference par Brandon McDaniel – terme associant « technologie » et « interférence ». Initialement appliqué aux relations de couple, ce concept est aujourd’hui étudié au sein des familles afin d’observer l’impact des technologies de l’information sur les interactions entre parents et enfants.

A la City University of New York – Hunter College, Myruski et ses collègues ont mené une recherche pour observer les effets de l’utilisation du téléphone portable par le parent lorsque celui-ci interagit avec son bébé.

Ils ont noté que les jeunes enfants présentaient moins d’affects positifs et plus d’affects négatifs lorsque les mères arrêtent d’échanger avec eux pour consulter leur téléphone. Les effets de la technoference s’observent aussi chez des enfants un peu plus âgés : en dessous de 5 ans, ils vont manifester plus de comportements difficiles.

Chez les adolescents, on retrouve des résultats similaires : l’interférence des technologies dans les relations est liée à des niveaux d’anxiété et de dépression un peu plus élevés.

L’exposition aux écrans est-elle forcément toxique ? (France Culture).

Partages de références et d’émotions

Il est toutefois important de noter que le recours des parents à leur portable et les comportements difficiles de l’enfant s’influencent mutuellement. Ainsi, avoir un enfant présentant un comportement difficile est une source de stress pour le parent et le téléphone deviendrait alors un moyen de se mettre en retrait et de faire face à ce stress.

Si les parents ont conscience que l’usage des TIC peut générer des tensions familiales et nuire à l’attention qu’ils portent à leurs enfants et à la qualité des échanges avec eux, ils reconnaissent également que l’usage des TIC peut être un moyen de réduire les tensions dans la famille par moment. Cette ambivalence parentale montre la difficulté que représente la gestion des écrans aujourd’hui.

Pourtant, l’usage des technologies de l’information peut aussi être au service des liens entre parents et enfants, permettant de partager des moments privilégiés avec les enfants et se construire une culture familiale commune. Dès le plus jeune âge, les outils numériques peuvent être présentés aux enfants pour des appels vidéo (ex : FaceTime, Skype, WhatsApp…) avec les proches (grands-parents, père ou mère en déplacement…).

En effet, même si les informations sensorielles y sont limitées à la vue et à l’ouïe, le jeune enfant perçoit les échanges en ligne de façon assez similaire aux échanges en face à face et les différencie d’une « simple » vidéo. Cette perception de la synchronie dans les interactions peut permettre de maintenir les liens lors des séparations et notamment une continuité des relations d’attachement.

Les enfants font la différence entre une vidéo et un échange en ligne directe avec un proche. Shutterstock

Jeux vidéo ou applications sur écrans mobiles peuvent aussi être l’occasion de partager des moments de plaisir et d’émotions positives, ainsi qu’un univers commun avec ses enfants, petits ou grands. Ces interactions ludiques via les TIC favoriseraient même la communication.

L’amélioration de la communication que l’on relève dans ce contexte pourrait s’expliquer par le fait que les enfants sont parfois plus compétents et accompagneraient ainsi leurs parents dans la découverte de certains usages numériques. Par ailleurs, il est également intéressant de noter que l’usage des TIC permet aussi à l’enfant de communiquer davantage avec ses amis, et ce, en ligne comme hors ligne.

Réseaux sociaux

Lorsque les enfants deviennent adolescents, de nouvelles tensions et opportunités liées aux TIC peuvent émerger. L’agacement peut se manifester aussi bien chez les parents que les adolescents, chacun trouvant que l’autre y a trop recours. Cela dépendra de la qualité des liens, mais aussi des représentations que les parents ont des technologies numériques, qui guideront leur style de médiation parentale.

La possibilité d’être en contact facilement grâce aux outils numériques peut rassurer parents et adolescent et participer ainsi au processus d’autonomisation, caractéristique de cet âge. Les parents peuvent aussi utiliser ces technologies pour maintenir une certaine proximité avec leur adolescent. En effet, à mesure que l’enfant grandit, les communications par ce biais tend à augmenter.


Read more: Les adolescents face aux écrans : faut-il repenser le discours de prévention ?


Les parents ayant une bonne image des technologies numériques utiliseraient même les réseaux sociaux pour communiquer avec les amis de leur adolescent. Cependant, cela dépend de la relation préexistante entre parents et enfants, c’est-à-dire hors contexte numérique. En effet, une demande d’« amis » envoyée par les parents à leur adolescent peut, par exemple, être perçue par ce dernier comme une intrusion.

Les technologies nous amènent à repenser les liens entre individus, et plus particulièrement au sein de la famille. Avoir un usage conscient, une bonne qualité d’écoute et de communication entre parent et enfant, pourrait permettre de voir l’usage des écrans comme un accès facilité entre générations plus que comme une entrave aux relations.

Want to write?

Write an article and join a growing community of more than 105,500 academics and researchers from 3,361 institutions.

Register now