Durant l’épidémie de Covid-19, à quels médicaments faut-il prêter attention ? Laurynas Mereckas / Unsplash

Quels médicaments peut-on encore prendre pendant l’épidémie de Covid-19 ?

Asthme, diabète, hypertension artérielle, vaccination… Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les patients et les professionnels de santé se posent de nombreuses questions sur l’usage de médicaments pour traiter soit l’infection elle-même et ses symptômes, soit d’autres maladies préexistantes.

La communauté des spécialistes du médicament de la Société française de Pharmacologie et Thérapeutique s’est mobilisée pour proposer aux Français des réponses sur le bon usage des médicaments qui pourraient présenter des interactions sur le Covid-19 et son évolution, sur la pertinence de maintenir certains traitements chroniques et sur la question très débattue de l’usage de l’hydroxychloroquine.

Que faire en cas de fièvre ? L’usage quotidien des gels hydroalcooliques est-il risqué ? Doit-on encore se faire vacciner ? Voici les réponses.

Si j’ai de la fièvre, quel médicament puis-je prendre ?

La fièvre est un mécanisme de défense en cas d’infection. Si la température corporelle n’est pas inconfortable, on peut ne pas prendre de médicament : pour la faire diminuer, il est conseillé de s’aérer, de se découvrir ou de se rafraîchir.

Pendant l’épidémie de COVID-19, si le recours aux médicaments s’avère nécessaire pour faire baisser la fièvre, il est recommandé d’utiliser en première intention le paracétamol (Doliprane, Efferalgan, Dafalgan et leurs génériques). Ce médicament est un antalgique (il combat la douleur) et un antipyrétique (il diminue la fièvre).

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (Ibuprofène, Kétoprofène, Diclofénac et leurs génériques) sont déconseillés car ils pourraient réduire la réaction de l’organisme contre les infections, et potentiellement avoir un effet aggravant dans certaines situations. Ils sont donc déconseillés en cas de fièvre pendant l’épidémie de COVID-19.

Attention toutefois en ce qui concerne le paracétamol : s’il est généralement bien toléré, il peut arriver qu’il entraîne des réactions allergiques. En cas d’allergie avérée au paracétamol la prise ultérieure est bien entendu contre-indiquée. Dans un tel cas, si la fièvre est mal tolérée, il est recommandé de prendre contact avec son médecin traitant ou son pharmacien.

Par ailleurs, l’absence d’effet du paracétamol ne doit pas entraîner une augmentation des doses au-delà de 3 grammes par jour chez un adulte en automédication. En effet, cette molécule est toxique pour le foie en cas de surdosage.

Dernier point important : s’il permet de traiter les symptômes liés au COVID-19, le paracétamol n’a pas de propriétés antivirales. Il ne protège donc en aucun cas d’une infection par le coronavirus SARS-CoV-2.

L’usage régulier de solutions hydroalcooliques est-il dangereux ?

L’utilisation des solutions hydroalcooliques s’est très largement répandue depuis le début de l’épidémie à coronavirus. Certaines personnes ont exprimé leur inquiétude concernant d’éventuels effets délétères qui pourraient résulter de l’emploi répété de ces produits.

Cependant, même après des applications répétées, l’absorption d’alcool par la peau ou par inhalation des vapeurs est extrêmement faible voire indétectable. Actuellement, ces solutions sont considérées comme bien tolérées, y compris chez les enfants. Il faut en revanche éviter que ceux-ci ne portent leurs mains à la bouche après application de la solution. Il est conseillé de leur laver les mains au savon dès que possible.

En ce qui concerne les femmes enceintes, la sécurité d’emploi des gels hydroalcooliques n’a pas été évaluée spécifiquement. Néanmoins, les études disponibles, réalisées sur des populations de professionnels dans des conditions d’utilisation intensive, montrent que la présence d’éthanol est extrêmement faible, voire quasi nulle.

Quoi qu’il en soit, le lavage des mains est préconisé en première intention dès lors qu’un point d’eau potable est disponible, réalisé avec un savon (les savons liquides sont à privilégier). Il faut alors respecter un temps de lavage minimum de trente secondes, bien rincer puis sécher les mains avec des essuie-mains ou serviettes propres.

Doit-on continuer les vaccinations ?

L’épidémie de Covid-19 risque de perdurer plusieurs mois et le retard des vaccinations contre la coqueluche ou les méningites dans la première année de vie, mais aussi de la rougeole, pourrait avoir de graves conséquences plus tard. Il existe donc un consensus pour maintenir chez l’enfant l’ensemble des vaccins obligatoires. Il n’y a pas de risque de vacciner les enfants en cette période par le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole. Il est donc recommandé de poursuivre les vaccinations prévues dans le calendrier vaccinal.

Si vous deviez être vacciné·e contre le pneumocoque, il n’y a pas non plus lieu de reporter l’injection. Il faut cependant garder à l’esprit que les vaccins contre les infections à pneumocoque ne protègent en aucun cas contre le SARS-CoV-2. Ces vaccins sont à réserver pour les patients à risque, tel qu’ils sont définis dans les recommandations officielles : personnes immunodéprimées, atteintes de maladies cardiovasculaires ou broncho-pulmonaires, etc.

Enfin, mieux vaut rappeler que la vaccination contre la grippe ne protège pas du SARS-CoV-2. Il n’existe pas à l’heure actuelle de vaccin contre ce virus, même si des recherches sont en cours.


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Faut-il se traiter avec de l’hydroxychloroquine ?

L’hydroxychloroquine est aujourd’hui indiquée dans certaines maladies auto-immunes telles que le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Son intérêt dans le cadre de la pandémie actuelle fait l’objet de vifs débats depuis plusieurs semaines.

Il s’agit d’un médicament dit « à marge thérapeutique étroite », ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches. Il est donc essentiel de bien respecter les modalités d’utilisation de ce médicament pour éviter l’apparition d’effets indésirables graves, notamment cardiaques.

Selon certaines hypothèses, l’hydroxychloroquine pourrait présenter un intérêt dans la diminution de la charge virale (quantité de virus dans un volume de fluide donné – sang, sperme, salive, etc.). Cependant sa place dans la stratégie thérapeutique du Covid-19 n’est pas encore définie. Il est donc prioritairement déconseillé de prendre de l’hydroxychloroquine sans prescription médicale, ni surveillance spécifique (réalisation préalable d’un électrocardiogramme et d’un dosage de la kaliémie).

Un décret du 25 mars 2020 a autorisé l’instauration de ce traitement dans le cadre de la pandémie de Covid-19, mais uniquement en milieu hospitalier. Plusieurs essais cliniques sont en cours pour évaluer la pertinence de cette molécule.


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Éviter les traitements inutiles

Il est important de ne pas consommer de traitements médicamenteux qui pourraient être associés à une « perte de chance » (disparition d’une éventualité favorable de guérir, d’éviter un risque de complication, ou qui retarderaient la mise en œuvre d’une thérapeutique validée).

Rappelons par exemple qu’aucune donnée ne permet de conclure que les vitamines ou les oligo-éléments protègent de la maladie COVID-19 ou peuvent la traiter.

Par ailleurs, aucune donnée scientifique ne permet de démontrer l’efficacité de l’homéopathie, quelle que soit la spécialité, et qu’elle soit en lien ou non avec l’épidémie du COVID-19.

Enfin, concernant l’utilisation d’huiles essentielles, il n’existe pas à l’heure actuelle de preuve de leur action sur le SARS-CoV-2, notamment lorsque celles-ci sont pulvérisées ou diffusées dans l’atmosphère.


Pour en savoir plus :

La foire aux questions proposée par la société française de pharmacologie et thérapeutique, dont les réponses sont validées, en l’état actuel des connaissances scientifiques, par des experts indépendants du médicament.

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