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femme sur son lit se tient le ventre de douleur
Les nombreux symptômes du syndrome du colon irritable comprennent des douleurs abdominales, des ballonnements, de la constipation, de la diarrhée et des modifications du transit intestinal. (Shutterstock)

Syndrome du côlon irritable : la gravité en cause, selon une nouvelle étude

Je préfère ne pas essayer ce nouveau restaurant, pourquoi ne pas rester à la maison ce week-end ?

Je ressens à nouveau un inconfort, s’agit-il d’une crise ?

Cette situation me perturbe, je n’arrive pas à la contrôler… je préfère rentrer chez moi.

Les personnes souffrant du syndrome du côlon irritable sont souvent confrontées à ce type de réflexion. Que ce soit votre cas ou celui de l’un de vos proches, il s’agit de l’un des problèmes les plus courants poussant les patients à consulter un gastro-entérologue.

Et si la cause exacte demeure inconnue, une nouvelle hypothèse, liée à la force de gravité, pourrait apporter un éclairage sur cette énigme et changer la manière dont nous la traitons.

Un large éventail de symptômes

D’un point de vue clinique, le syndrome du côlon irritable est défini comme un trouble fonctionnel chronique (c’est-à-dire qui ne peut être expliqué par des altérations morphologiques, métaboliques ou neurologiques) du gros intestin. Les nombreux symptômes comprennent des douleurs abdominales, des ballonnements, de la constipation, de la diarrhée et des modifications du transit intestinal.

En outre, ces maux se recoupent souvent avec d’autres affections intestinales et digestives, telles que la constipation fonctionnelle, la dyspepsie et les brûlures d’estomac fonctionnelles.

Sa prévalence semble varier considérablement d’un pays à l’autre, allant de moins de 1 % en Inde à 10 % en Espagne et plus de 20 % aux États-Unis ou en Croatie. Une récente méta-analyse publiée dans la revue The Lancet_Gastroenterology and Hepatology_ a établi la fourchette entre 3,8 % et 9,2 %, selon les critères utilisés.

Cette étude a également montré qu’elle est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes (12 % contre 8,6 %) et qu’elle est l’une des causes les plus importantes d’absentéisme au travail.

Comme il s’agit d’un trouble fonctionnel, de nombreux facteurs peuvent en déclencher l’apparition : des épisodes d’anxiété ou de stress, des événements traumatisants, une légère inflammation ou divers facteurs psychosociaux peuvent être à l’origine de l’inconfort. Le syndrome du côlon irritable a toujours été considéré comme une sorte de « tiroir fourre-tout » des symptômes abdominaux.

Une hypothèse de taille

En d’autres termes, il n’existe pas d’origine unique au syndrome du côlon irritable, et c’est précisément la raison pour laquelle il est si complexe de s’y attaquer. Toutefois, le tableau pourrait s’éclaircir : comme indiqué plus haut, The American Journal of Gastroenterology a avancé une théorie non conventionnelle selon laquelle le syndrome trouverait son origine dans une incapacité d’adaptation de nos systèmes gastro-intestinal, musculo-squelettique, cardiovasculaire et vestibulaire (responsable de l’équilibre et de l’orientation dans l’espace) à la gravité.

Selon Brennan Spiegel, directeur de la recherche sur les services de santé au Cedars-Sinai Medical Center à Los Angeles et auteur de l’étude, lorsque ces systèmes ne peuvent pas contrôler l’attraction de la gravité, cela peut entraîner des douleurs, des crampes, des vertiges, des sueurs, de la tachycardie et des problèmes de dos, qui sont tous des symptômes du syndrome du côlon irritable. Et ce phénomène peut même contribuer à la prolifération bactérienne dans l’intestin, un problème également lié au syndrome du côlon irritable.

L’intérêt de l’hypothèse de Spiegel est qu’elle relie les différentes explications entourant le syndrome du côlon irritable en utilisant la gravité comme fil conducteur. Des anomalies dans les mécanismes de résistance à l’attraction gravitationnelle du tractus gastro-intestinal (telles qu’un mésentère sous-développé ou faible – le pli de membranes qui relie l’intestin à la paroi abdominale) entraîneraient un affaissement des organes abdominaux et les symptômes du syndrome du côlon irritable.

Sensibilité accrue à la douleur

Une autre conséquence serait liée à une prolifération anormale des bactéries dans l’intestin due à un transit intestinal lent, entraînant une augmentation de la perméabilité intestinale, une inflammation et une surproduction de sérotonine. Ce neurotransmetteur joue non seulement un rôle clé dans la santé mentale, mais il est également lié à la motilité intestinale et à la fonction cardiovasculaire, tout en étant un puissant sensibilisateur à la douleur.

La colonne vertébrale, la cage thoracique, le diaphragme et les ligaments agiraient ensemble comme un « châssis » stabilisateur pour tous les viscères de la cavité abdominale. Si cette structure n’était pas en mesure de résister à la force g (l’accélération produite par la gravité terrestre sur un objet), il se produirait un étirement et un gonflement, ce qui activerait les neurones sensoriels de manière soutenue.

Une « sensibilisation périphérique » se produirait alors, amenant le patient à ressentir la douleur à des seuils très bas. Et ce, même en l’absence de tout stimulus apparent.

L’auteur de l’étude affirme que la présence de tous ces facteurs pourrait générer une émission à haute fréquence et à haute intensité de signaux de douleur vers le cerveau, et que ce dernier modifierait le comportement et l’état psychologique de la personne pour compenser l’état altéré.

L’existence d’un axe intestin-cerveau intègre les systèmes nerveux et gastro-intestinal. Son dérèglement entraîne un cercle vicieux de sensations viscérales (douleurs, crampes, gonflements, picotements…) et d’hypervigilance. Cette dernière aggrave à son tour les symptômes gastro-intestinaux et l’anxiété liée à ces désagréments, connue sous le nom d’« anxiété viscérale ». Si l’hypervigilance est maintenue dans le temps, la personne peut atteindre un état d’épuisement vital.

Facteurs de risque

La susceptibilité au syndrome du côlon irritable serait donc déterminée par trois facteurs :

  1. La résistance de nos structures de soutien gastro-intestinales à la force g.

  2. Notre capacité à détecter le stress viscéral causé par la gravité.

  3. Notre niveau de vigilance par rapport à ce stress.

Ainsi, une personne ayant une faible résistance mécanique, dont le système nerveux périphérique est très sensible à ces contraintes et qui, de surcroît, est constamment en alerte pour protéger le corps contre le stress gravitationnel – qu’il existe ou non – aura un risque plus élevé de développer le syndrome du côlon irritable.

Après avoir lu cette étude, on peut se demander si les astronautes souffrent de troubles gastro-intestinaux lors de leurs vols spatiaux dans des conditions de microgravité. La réponse est oui : ils souffrent souvent de reflux gastrique, de dyspepsie, de ballonnements, de diarrhée, de constipation et même de modifications de leur microbiote intestinal.

L’idée que le syndrome du côlon irritable est une conséquence de l’intolérance à la gravité pave la voie à de nouvelles perspectives, tant dans notre perception du syndrome que dans son traitement. Nous serions enfin en mesure d’organiser tous les facteurs ou pièces de ce grand casse-tête que représente le syndrome du côlon irritable, que nous n’avons pas réussi à résoudre jusqu’à présent, malgré de grands efforts. La poursuite des recherches permettra de renforcer ou d’infirmer cette hypothèse fascinante.

This article was originally published in Spanish

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